Home MondeLoin d’avoir dépassé leur durée de vie, les bibliothèques sont essentielles…

Loin d’avoir dépassé leur durée de vie, les bibliothèques sont essentielles…

by Clara Dubois

Publié le 28 décembre 2025 à 05:07. Face au déclin des bibliothèques publiques en Grande-Bretagne, une question se pose : ces institutions sont-elles vouées à disparaître ou peuvent-elles se réinventer pour répondre aux défis du XXIe siècle, notamment en matière de désinformation et d’inclusion numérique ?

  • Plus de 180 bibliothèques ont fermé ou ont été confiées à des bénévoles depuis 2016, avec un impact disproportionné sur les quartiers défavorisés.
  • Les bibliothèques pourraient jouer un rôle crucial dans la lutte contre la désinformation en offrant un accès fiable à l’information et en formant le public aux compétences médiatiques.
  • Elles se révèlent également être des incubateurs d’entreprises, avec un taux de réussite supérieur à la moyenne pour les entreprises qui y sont lancées.

Les bibliothèques publiques britanniques sont confrontées à une crise persistante. Les coupes budgétaires ont entraîné la fermeture de nombreuses institutions et la réduction des horaires d’ouverture pour celles qui restent. Entre 2009-10 et 2022-23, le financement alloué aux bibliothèques a diminué de près de 50 % en termes réels. Les communautés les plus vulnérables sont les plus touchées : les quartiers défavorisés ont quatre fois plus de risques de perdre leur bibliothèque que les zones aisées.

Cette situation soulève des interrogations sur l’avenir de ces lieux autrefois centraux dans la vie culturelle et éducative du pays. Certains estiment que les bibliothèques sont devenues obsolètes à l’ère numérique, où l’accès à l’information est instantané et illimité. D’autres, en revanche, plaident pour leur importance continue, voire croissante, dans une société confrontée à des défis tels que la désinformation et l’exclusion numérique.

Richard Ovenden, bibliothécaire de la Bodleian Library à l’Université d’Oxford, souligne l’ambiguïté de la responsabilité des bibliothèques. Bien que le ministère de la Culture, des Médias et du Sport (DCMS) soit théoriquement chargé de leur développement, la décentralisation place la charge financière et opérationnelle principalement sur les conseils locaux, déjà confrontés à des contraintes budgétaires importantes. Il est donc difficile pour les bibliothèques de rivaliser avec d’autres priorités, telles que les besoins des enfants handicapés, le soutien aux personnes âgées ou la réparation des infrastructures routières.

Cependant, Nick Poole, ancien PDG du Chartered Institute of Library and Information Professionals, insiste sur le rôle essentiel que les bibliothèques peuvent jouer dans le monde actuel. Il explique que, si autrefois elles étaient indispensables pour diffuser l’information, elles sont aujourd’hui nécessaires pour aider les citoyens à s’y retrouver dans le flux constant de données.

« Ce que je vois, c’est une société qui est passée au numérique sans savoir ce que cela signifie. »

Nick Poole, ancien PDG du Chartered Institute of Library and Information Professionals

Selon Poole, les bibliothèques pourraient agir comme des « réseaux de lieux sûrs et fiables », dotés d’une connexion Internet sécurisée et d’un personnel qualifié pour aider les citoyens à naviguer dans l’environnement numérique et à distinguer les informations crédibles des fausses nouvelles. Il suggère également que les bibliothèques pourraient organiser des corpus de connaissances fiables et proposer des formations à l’éducation aux médias.

Au-delà de la lutte contre la désinformation, les bibliothèques continuent de fournir des services essentiels aux populations locales. Elles aident les personnes ayant des compétences numériques limitées à utiliser les nouvelles technologies, comme les smartphones ou les tablettes, et offrent un soutien précieux pour l’accès aux services en ligne, tels que la prise de rendez-vous médicaux ou la demande de prestations sociales. De nombreuses bibliothèques ont également constaté un regain d’activité après la levée des restrictions liées à la pandémie de Covid-19, avec des personnes se rendant sur place pour postuler à des emplois ou accéder à des services dont elles étaient privées.

Isobel Hunter, PDG de Libraries Connected, souligne l’importance de mettre en avant l’impact positif des bibliothèques sur les personnes vulnérables et de démontrer leur complémentarité avec d’autres formes de soutien social. Elle explique que les bibliothèques peuvent aider les personnes âgées à rester autonomes en leur permettant de gérer leurs rendez-vous médicaux en ligne et de réduire ainsi leur besoin de soins à domicile. De plus, des études montrent que les interventions précoces en matière d’alphabétisation peuvent générer des économies considérables à long terme en améliorant les résultats scolaires et en réduisant les coûts sociaux.

Les bibliothèques se révèlent également être des catalyseurs de développement économique local. Un nombre surprenant d’entreprises ont été créées dans les bibliothèques, grâce à la disponibilité de salles de réunion gratuites et d’une connexion Internet fiable. Ces entreprises ont un taux de survie plus élevé que celles lancées ailleurs, et elles ont tendance à être plus diversifiées, avec une proportion plus élevée de femmes et de personnes issues de minorités ethniques.

Certaines régions prennent déjà des mesures pour soutenir leurs bibliothèques. Manchester et Doncaster ont investi dans leurs réseaux de bibliothèques, ce qui s’est traduit par une augmentation du nombre de prêts de livres. En Angleterre, 30 % des adultes ont utilisé une bibliothèque au moins une fois au cours des 12 derniers mois.

Cependant, la situation reste précaire, en particulier dans les zones défavorisées où les coupes budgétaires sont les plus sévères. Des personnalités telles que Philip Pullman, Kate Mosse et Richard Osman ont lancé une campagne pour la création d’une carte de bibliothèque nationale, qui donnerait à chaque citoyen britannique l’accès aux bibliothèques et intégrerait ces institutions dans la vie quotidienne de chacun. En savoir plus sur la campagne pour une carte de bibliothèque nationale.

Ce projet, estimé à 22 millions de livres sterling, pourrait être difficile à mettre en œuvre dans le contexte actuel. Une solution pourrait être de confier au gouvernement central une plus grande responsabilité en matière de financement des bibliothèques. Richard Ovenden estime que le Conseil des arts pourrait allouer une part plus importante de ses ressources aux bibliothèques, ce qui permettrait de développer des initiatives à l’échelle nationale et de garantir un accès équitable à l’information et à la culture pour tous les citoyens.

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