Publié le 29 décembre 2025 10:22:00. Une ville entière est en train de se déplacer au nord de la Suède, brique par brique, pour permettre l’expansion d’une mine de fer géante et éviter un effondrement potentiel du sol. Ce projet de relocalisation, d’une ampleur sans précédent, soulève des questions économiques, environnementales et sociales.
- La ville de Kiruna est déplacée sur 3 kilomètres à l’est de son emplacement actuel.
- Le coût estimé du déménagement s’élève à 22,5 milliards de couronnes suédoises (environ 105 milliards de livres turques).
- La découverte de gisements d’éléments de terres rares renforce l’importance stratégique de la région pour l’Union européenne.
Kiruna, fondée il y a 125 ans pour l’exploitation minière par la société d’État LKAB, est aujourd’hui un centre spatial important pour l’Europe et abrite la plus grande mine souterraine de minerai de fer au monde. L’expansion continue de cette mine, qui assure 80 % de la production de minerai de fer de l’Union européenne, menace l’intégrité de la ville. Les tunnels creusés sous Kiruna ne peuvent plus supporter le poids des constructions, et un effondrement est désormais une possibilité réelle.
Le projet de relocalisation, qui devrait s’achever en 2035, est l’une des transformations urbaines les plus radicales jamais entreprises. Une nouvelle colonie, conçue comme une réplique de l’ancienne Kiruna, est en construction. L’entreprise minière LKAB prend en charge une part importante des coûts, mais demande un soutien financier accru du gouvernement suédois et de l’Union européenne.
Le déménagement ne se limite pas aux habitations. L’église en bois historique de Kiruna, âgée de 113 ans, a été démontée et transportée dans le nouveau quartier en août 2025, une opération spectaculaire qui a attiré l’attention internationale. LKAB prévoit de devoir relocaliser 6 000 personnes supplémentaires et 2 700 maisons au cours des dix prochaines années.
Les habitants qui doivent quitter leur domicile se voient proposer une indemnisation, soit un paiement supplémentaire de 25 % sur la valeur marchande de leur maison, soit la construction d’un nouveau logement. Selon Niklas Johansson, directeur de LKAB, environ 90 % des personnes ont opté pour la construction d’une nouvelle maison.
Ce projet soulève également des préoccupations environnementales et culturelles. Les effets potentiels sur l’élevage de rennes et la culture du peuple sami sont au cœur des débats. De plus, une étude de l’Université de Göteborg a révélé que la nouvelle ville pourrait être jusqu’à 10 degrés Celsius plus froide en hiver en raison de sa configuration et de son emplacement dans une zone où l’air froid s’accumule.
Mats Taaveniku, le président du conseil municipal, souligne l’importance de ce projet pour l’Europe, estimant qu’il pourrait générer des opportunités d’emploi pendant de nombreuses années. Il insiste toutefois sur la nécessité d’un soutien politique et financier plus important de la part du gouvernement suédois et de l’Union européenne. Il décrit également une situation de tensions entre la municipalité, LKAB et le gouvernement central.
« L’Union européenne ne devrait pas se contenter de prendre des décisions stratégiques en matière minière. Elle doit également apporter un soutien politique et financier. »
Mats Taaveniku, président du conseil municipal
L’Union européenne a reconnu l’importance stratégique des gisements de terres rares découverts par LKAB, considérés comme essentiels pour la transition verte. L’UE vise à répondre à 40 % de la demande annuelle en terres rares au niveau national d’ici 2030.
Au-delà des aspects matériels, le déménagement de Kiruna représente une perte émotionnelle pour de nombreux habitants, dont certains vivent dans les mêmes maisons depuis plusieurs générations. Malgré la tristesse, la plupart reconnaissent que le déménagement est inévitable, Kiruna étant intrinsèquement liée à l’activité minière.