Le vol spectaculaire de bijoux de la couronne d’une valeur estimée à 88 millions d’euros (77 millions de livres sterling) au Louvre le mois dernier révèle de graves lacunes dans la sécurité du musée parisien, selon un rapport accablant de la Cour des comptes. L’audit, réalisé avant le braquage, met en évidence un manque d’investissement chronique dans la protection des œuvres d’art, malgré des fonds disponibles.
Présentant ce rapport, Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes, a qualifié le vol de « véritable électrochoc », soulignant « le rythme totalement insuffisant » des améliorations de sécurité au Louvre. Il a insisté sur la nécessité pour le musée de mettre en œuvre les améliorations prévues « sans délai ».
Selon le rapport, les investissements dans la maintenance et la sécurité sont « indispensables au fonctionnement à long terme de l’institution », mais le Louvre a systématiquement privilégié des projets « visibles et attractifs » au détriment de la protection de ses collections. Entre 2018 et 2024, les décisions de gestion ont été prises « au détriment de la maintenance et de la rénovation des bâtiments et des installations techniques, en particulier celles liées à la sûreté et à la sécurité ».
L’enquête révèle également un retard persistant dans le déploiement d’équipements de sécurité pour la protection des œuvres d’art. Le Louvre, qui a accueilli plus de 8,7 millions de visiteurs l’année dernière, n’a pas résolu ce problème durant la période examinée. Un audit de sécurité réalisé il y a dix ans, qui avait déjà pointé un manque de surveillance et de préparation aux crises, n’a débouché sur un appel d’offres pour des travaux de sécurité qu’en 2023, et les améliorations recommandées ne devraient être achevées qu’en 2032.
À ce jour, seulement 39 % des salles du musée sont équipées de caméras de vidéosurveillance. Le rapport souligne également des dépenses excessives en acquisitions d’œuvres d’art, dont seulement un quart est exposé au public, ainsi que des inefficacités de gestion et des fraudes aux billets, contribuant à l’incapacité du musée à améliorer sa sécurité.
Quatre suspects sont actuellement en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur le vol du 19 octobre. Trois d’entre eux seraient membres du groupe de quatre individus qui ont utilisé un camion volé équipé d’une échelle télescopique et d’un monte-charge pour accéder à une fenêtre du premier étage de la galerie d’Apollon. Deux membres du commando ont brisé une fenêtre non sécurisée et deux vitrines avant de descendre à l’aide du monte-charge et de s’enfuir à moto, menés par les deux autres complices. L’opération, menée en plein jour, a duré moins de sept minutes.
Les voleurs ont dérobé huit pièces, dont un collier d’émeraudes et de diamants offert par Napoléon Ier à sa seconde épouse, Marie-Louise, et un diadème orné de 212 perles et de près de 2 000 diamants ayant appartenu à l’épouse de Napoléon III. Aucun des bijoux n’a été retrouvé à ce stade.
La direction du Louvre a déclaré jeudi accepter « la plupart » des recommandations de la Cour des comptes. Une enquête administrative interne, achevée la semaine dernière, est arrivée à des conclusions similaires, soulignant une « sous-estimation chronique et structurelle du risque d’intrusion et de vol » et « un niveau de mesures de sécurité inadéquat ». Suite à des plaintes concernant le dysfonctionnement du musée, le Louvre a lancé en janvier un ambitieux projet de développement à long terme, comprenant un nouvel espace dédié à la Joconde et de nouvelles mesures de sécurité.
Le rapport formule dix recommandations pour la direction du musée, notamment la réduction du nombre d’acquisitions et l’augmentation du prix des billets.