Publié le 7 novembre 2024 à 08h47. Bruxelles intensifie la pression sur le Royaume-Uni pour qu’il contribue financièrement au budget de l’Union européenne, six mois après une promesse de « réinitialisation » des relations post-Brexit, ravivant les tensions sur plusieurs fronts de coopération.
- L’UE exige une contribution financière de Londres en échange d’un accès continu au marché intérieur, notamment pour les produits agricoles et l’énergie.
- Les négociations achoppent également sur les programmes d’échange de jeunes et la participation britannique au programme de défense européen SAFE (150 milliards d’euros).
- Des doutes persistent quant à la bonne foi du Royaume-Uni à honorer ses engagements pris lors du sommet de Windsor en mai dernier.
Bruxelles réclame désormais au Royaume-Uni une participation financière au budget de l’Union européenne, une première depuis son retrait du bloc en 2020. Cette exigence, qui prend la forme d’une contribution aux fonds régionaux européens, intervient alors que l’UE souhaite faciliter l’accès au marché unique pour les produits britanniques, notamment en assouplissant les contrôles sur les produits animaux et végétaux et en favorisant les échanges énergétiques à moindre coût. Selon les autorités européennes, le Royaume-Uni devrait assumer les mêmes obligations financières que les pays tiers bénéficiant de ces avantages, à l’instar de la Norvège et de la Suisse.
« Les pays tiers qui souhaitent accéder au marché intérieur de l’UE doivent y contribuer », a déclaré un diplomate européen. « On ne peut pas bénéficier des avantages de l’adhésion sans être membre. »
Cette demande s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre Londres et Bruxelles, malgré les promesses d’une « réinitialisation historique » des relations formulées en mai dernier par le Premier ministre britannique, Sir Keir Starmer, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’un sommet à Windsor.
Les discussions sont également bloquées sur d’autres dossiers clés. Les diplomates européens s’interrogent sur la sincérité du Royaume-Uni, notamment concernant le programme d’échange de jeunes, qui vise à faciliter la mobilité des étudiants et des jeunes travailleurs. Londres est accusé de freiner les négociations, invoquant des préoccupations liées à la réduction de l’immigration nette.
Le Royaume-Uni s’était engagé à « travailler » à son retour dans le programme Erasmus+, mais aurait exigé une réduction de 50 % de sa contribution financière. « Cela a vraiment irrité beaucoup de monde et soulevé des questions sur la bonne foi du Royaume-Uni à participer à l’ensemble du processus », a confié un diplomate.
Londres propose également que ce programme d’échange de jeunes prenne la forme d’un simple « protocole d’accord », similaire à d’autres accords de mobilité des jeunes, plutôt qu’un texte juridique contraignant annexé à l’accord de commerce et de coopération existant entre l’UE et le Royaume-Uni. Cette approche contredit le mandat de négociation de l’UE, qui exclut explicitement ce type d’accord non contraignant et exige un accord international formel.
Naomi Smith, directrice générale de Best for Britain, un groupe de pression pro-européen, a souligné l’importance de respecter les engagements pris lors du sommet de mai.
« Il est grand temps que les deux parties tiennent les promesses faites lors du sommet de mai, de la défense à l’agroalimentaire, mais surtout en offrant aux jeunes de tout le continent des opportunités sans précédent de vivre, d’étudier et de travailler au-delà des frontières. »
Naomi Smith, directrice générale de Best for Britain
D’autres points de friction persistent, notamment l’accord visant à interconnecter les marchés énergétiques de l’UE et du Royaume-Uni, et la participation britannique au programme de prêts de défense SAFE de l’UE (150 milliards d’euros). La Commission européenne réclame à Londres une contribution allant jusqu’à 6,5 milliards d’euros pour permettre aux entreprises britanniques de bénéficier de l’Action de sécurité pour l’Europe (SAFE) dans le cadre de projets de défense communs.
Selon les règles actuelles, les pays de l’UE peuvent dépenser jusqu’à 35 % des fonds auprès d’entreprises britanniques. Si le Royaume-Uni adhère au programme SAFE, cette part pourrait augmenter à 50 ou 65 %, mais en contrepartie, Londres devrait verser respectivement 4 ou 6,5 milliards d’euros, selon une proposition de la Commission européenne.
Des frais administratifs supplémentaires de plus de 150 millions d’euros sont également prévus. « La contribution financière doit refléter les avantages que le Royaume-Uni retire de sa participation », a insisté la Commission.
La France plaide pour limiter la participation britannique à 50 %, tandis que l’Allemagne soutient un niveau plus élevé, selon des sources diplomatiques.
Avec une date limite fixée au 30 novembre pour le dépôt des offres pour les projets éligibles au financement, le Royaume-Uni risque de manquer cette opportunité de dépenses en matière de défense.
Le Royaume-Uni cherche également à renouer avec le marché énergétique européen, mais Bruxelles insiste pour que Londres s’aligne sur les règles européennes en matière d’aides d’État et de protection de l’environnement. Cette exigence pourrait constituer un nouveau point de blocage.
L’UE exige également que le Royaume-Uni accepte les règles européennes sur l’échange de quotas d’émission, « y compris les règles pertinentes du secteur financier », selon un projet de mandat de négociation, ce qui pourrait poser problème à Londres.
Les ambassadeurs des États membres discuteront vendredi de la possibilité de lier les contributions budgétaires à l’accord vétérinaire ou à un accord énergétique.
Selon un diplomate européen, ces négociations difficiles rappellent les précédentes séries de discussions avec Londres.
« Les Britanniques exercent une forte pression sur les petits États membres. Mais cela fait partie de leur tactique de négociation. Ils poussent fort à l’approche de l’échéance, se battent dos au mur, puis reculent. »
Diplomate européen
Un porte-parole du gouvernement britannique a déclaré : « Nous travaillons avec l’UE pour mettre en œuvre le paquet convenu lors du sommet Royaume-Uni-UE. Nous n’accepterons que des accords qui apportent de la valeur au Royaume-Uni et à l’industrie britannique. » Il a ajouté : « Rien n’a été convenu et nous ne ferons aucun commentaire sur les négociations en cours. »
La Commission européenne a affirmé : « Lors du sommet, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont marqué le début d’un nouveau chapitre dans leurs relations en concluant un certain nombre d’accords ambitieux qui favoriseront la prospérité des deux côtés de la Manche et renforceront la coopération sur des priorités communes. »
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