Publié le 19 novembre 2025. Face à une recrudescence alarmante, l’Université du Chili lance une campagne de sensibilisation à la violence numérique, un fléau qui touche particulièrement les jeunes femmes et qui s’étend avec l’essor des technologies numériques.
- Plus de 73 % des femmes ont été victimes d’une forme de violence en ligne à l’échelle mondiale.
- Au Chili, près de 74 % des femmes déclarent avoir subi une forme de violence numérique.
- L’université rejoint la campagne UNITE des Nations Unies pour promouvoir des environnements numériques plus sûrs.
La violence numérique, loin d’être un phénomène virtuel, a des conséquences bien réelles sur la vie des victimes. C’est dans ce contexte que l’Université du Chili a présenté une initiative visant à mettre en lumière l’ampleur de la violence sexuelle en ligne et à souligner qu’il s’agit d’une extension de la violence de genre, exacerbée par les caractéristiques propres au monde numérique : anonymat des agresseurs, viralité des contenus et leur permanence dans le temps.
Contrairement aux formes traditionnelles de violence, le cyberharcèlement amplifie les dégâts et approfondit les impacts émotionnels, sociaux et physiques. Le manque de régulation des plateformes numériques, les lacunes juridiques, la complexité des enquêtes et le manque de clarté sur les procédures de signalement contribuent à l’impunité et découragent les victimes de se faire connaître.
« Ce type de violence prend des formes variées, mais malgré son caractère virtuel, les dommages qu’elle cause sont bien réels », explique Carmen Andrade, directrice de l’égalité des sexes à l’Université du Chili. « Les jeunes femmes sont particulièrement vulnérables, car elles sont la génération la plus présente en ligne, notamment parmi les étudiantes. Nous ne pouvons pas considérer cette situation comme un cas isolé et sans conséquence. »
Les statistiques confirment cette tendance inquiétante. À l’échelle mondiale, plus de 73 % des femmes ont été victimes d’une forme de violence en ligne. Dans le cas spécifique de la diffusion non consensuelle d’images intimes, 90 % des victimes sont des jeunes femmes, tandis que les hommes représentent environ 66 % des auteurs de ces actes (Violence de genre en ligne contre les femmes et les filles, Guide des concepts de base. OEA, CIM, MESECVI, 2023). De plus, 28,5 % des femmes ont déclaré avoir subi des pressions ou des menaces pour envoyer du contenu à caractère sexuel, contre 18,4 % des hommes (Exploitation sexuelle des enfants et des adolescents dans les environnements numériques ; Save the Children, Espagne juillet 2025).
L’UNESCO met en garde contre l’aggravation de ce phénomène avec l’essor des images sexuelles et des deepfakes générées par l’intelligence artificielle (Rapport sur l’égalité des sexes : la technologie selon ses conditions, UNESCO, 2024).
Une réalité croissante au Chili
Au Chili, les chiffres sont également préoccupants. Selon l’ONG Amaranta, 73,8 % des femmes ont subi une forme de violence numérique (Rapport préliminaire « Le Chili et la violence de genre sur Internet : expériences des femmes cis, trans et non binaires » Projet Aurora, ONG Amaranta, 2020). Un écart significatif existe toutefois entre la reconnaissance de la cyberintimidation sexuelle et sa réalité : 52,3 % des femmes âgées de 18 à 26 ans se disent victimes de harcèlement sexuel en ligne, mais ce chiffre grimpe à 77,2 % lorsqu’elles détaillent des situations spécifiques (Radiographie du harcèlement sexuel au Chili, préparée par l’Observatoire contre le harcèlement de rue (OCAC), 2020).
Cette banalisation et cette méconnaissance de la gravité des conséquences contribuent à l’invisibilisation et à la normalisation de ce phénomène, favorisant ainsi l’impunité. Les victimes signalent une détresse émotionnelle dans 39 % des cas, un sentiment de surveillance ou d’insécurité dans 38 % des cas, et une faible estime d’elles-mêmes dans 20 % des cas (Consultation citoyenne virtuelle sur la violence numérique, Police d’investigation et Sous-secrétariat de l’Intérieur, 2023). Par ailleurs, 16 % déclarent avoir subi une atteinte à leur réputation et 15 % craignent pour leur intégrité physique (Violence de genre en ligne contre les femmes et les filles, Guide des concepts de base. OEA, CIM, MESECVI, 2023).
Bien que les données sur la prévalence de ce phénomène dans l’enseignement supérieur soient limitées, la forte présence des femmes de 18 à 26 ans, groupe d’âge particulièrement touché, suggère que le problème est également répandu dans les universités et les établissements d’enseignement.
« Nous souhaitons que cette campagne atteigne les jeunes de notre université et de tous les établissements d’enseignement supérieur », souligne Carmen Andrade, « mais aussi les autorités et les institutions, car ce problème est enraciné dans une culture qui reproduit les inégalités et la violence. Il faut des politiques publiques efficaces, une législation solide et des réformes structurelles pour s’attaquer aux causes profondes. »
La campagne, qui s’appuie sur des supports audiovisuels, du contenu sur les réseaux sociaux et des activités de formation, vise à établir un dialogue nécessaire et urgent : sur Internet comme hors ligne, les femmes ont le droit de vivre sans violence.
L’Université du Chili se joint à la campagne UNITE d’ONU Femmes
L’Université du Chili se rallie à la campagne UNITE 2025 des Nations Unies, une initiative mondiale qui se concentre cette année sur la violence numérique contre les femmes et les filles. Du 25 novembre au 10 décembre, l’ensemble de la communauté est invité à s’informer, à se mobiliser et à agir pour promouvoir des environnements numériques plus sûrs, en rappelant que la sécurité numérique est un pilier essentiel pour parvenir à l’égalité des genres.
L’institution adhère ainsi à un appel mondial qui considère la prévention comme une responsabilité collective, en accord avec les sept objectifs de l’Agenda Pékin+30 sur la révolution numérique et l’absence de violence.
La communauté est invitée à participer à la conversation en utilisant les hashtags #NoThereExcusa et #ActúaContraLaViolencia.
Pour en savoir plus sur la campagne de l’Université du Chili, cliquez ici.
Pour plus d’informations sur la campagne d’ONU Femmes, cliquez ici.