Publié le 2024-05-23 10:32:00. Des licenciements au sein du Théâtre national slovaque (SND) suscitent une vive controverse, alimentée par des accusations de priorisation de dépenses jugées superflues par l’opposition, alors que la direction invoque une nécessité de consolidation.
- Des acteurs slovaques et tchèques de renom dénoncent les licenciements au SND.
- L’opposition critique l’achat de matériel agricole par le ministère de la Culture, estimant que ces fonds auraient dû être alloués au maintien des emplois artistiques.
- Les artistes licenciés ont réalisé une vidéo commune pour contester la justification officielle de la direction.
La décision de licencier plusieurs artistes au SND a provoqué une onde de choc dans le milieu culturel slovaque et tchèque. Parmi les personnalités qui se sont élevées contre ces mesures figurent Martin Huba et Diana Mórová, figures emblématiques du théâtre slovaque, ainsi que Jiří Mádl et Eva Holubová, créateurs reconnus en République tchèque.
Officiellement, ces départs s’inscrivent dans une démarche de consolidation. Cependant, les artistes concernés dénoncent une volonté de la direction de se débarrasser d’une équipe jugée trop critique. Ils ont d’ailleurs réalisé une vidéo commune dans laquelle ils remettent en question la pertinence de cette consolidation, la qualifiant de non rentable.
L’opposition slovaque a saisi cette occasion pour critiquer la politique culturelle du gouvernement. La députée Martina Bajo Holečková, du parti Liberté et Solidarité (SaS), a déclaré :
« Voilà à quoi ressemble la culture selon (la ministre de la Culture Martina) Šimkovičová. Elle se débarrasse des artistes qui la gênent au prétexte de la nécessité d’économiser, tout en dépensant des sommes considérables dans des achats inutiles. »
Elle fait référence à l’acquisition, par le ministère de la Culture, de tracteurs et de tondeuses pour un montant avoisinant les 650 000 euros (plus de 15,7 millions de couronnes slovaques), selon le quotidien Denník N.
Outre Tana Pauhofová, les acteurs Roman Poláčik, Martin Šalacha, Daniel Žulčák et Anna Magdaléna Hroboňová ont également été informés de leur licenciement, prenant effet au début de l’année. Denník N précise qu’ils continueront à intervenir en tant qu’artistes indépendants.
Jiří Mádl, acteur et réalisateur tchèque ayant collaboré avec Tana Pauhofová sur son film Vagues, a exprimé son indignation sur Instagram :
« Bien sûr, détruisez la dernière qualité qui n’a pas fui. »
Eva Holubová, star du film Pelíšky, a également réagi avec ironie, évoquant la possibilité de créer une compagnie itinérante :
« Nous ferons une tournée en anglais. Vous (les Anglais) savez comment faire, j’apprends et nous voyagerons. J’ai des contacts à New York et à Nitra. Nous serons déjà millionnaires. Et ensuite, je vous construirai le Théâtre national Táni Pauhofová. »
Tana Pauhofová a elle-même publié un message sur Instagram expliquant qu’elle avait proposé de céder sa place à une jeune collègue afin d’éviter une crise dans la programmation. Elle a souligné que plusieurs de ses collègues avaient fait de même, soucieux de ne pas compromettre le bon déroulement des représentations.
Selon Denník N, qui s’appuie sur un contrat publié au registre central des contrats, le ministère slovaque de la Culture a commandé à Agrokov-Servis des tracteurs, des tondeuses et d’autres équipements de jardinage destinés à divers établissements relevant du Musée national slovaque ou de la Bibliothèque nationale slovaque. La députée Bajo Holečková dénonce un gaspillage, estimant qu’un tracteur acheté pour plus de 85 000 euros aurait pu être acquis auprès d’un autre fournisseur pour environ 48 000 euros.