Des manifestants récurrents ont bloqué dimanche la route de Garvaghy Road à Portadown, en Irlande du Nord, pour empêcher un défilé de l’Ordre d’Orange autorisé par la justice pour la première fois depuis 1998, entraînant un week-end de vives tensions politiques et d’appels au calme de dirigeants britanniques et irlandais.
La tenue d’une marche controversée de l’Orange Order a provoqué une intense confrontation matinale sur la Garvaghy Road, un secteur nationaliste de Portadown.
Un verdict judiciaire nocturne et un itinéraire interdit depuis 1998
Cette mobilisation fait suite à une décision de la Commission des défilés autorisant l’Orange Order à emprunter cette voie historiquement sensible. Depuis la fin des années 1990 et la crise de Drumcree, ce tronçon traversant une enclave catholique majoritaire était strictement interdit aux marches de l’ordre loyaliste en raison des graves violences et émeutes qu’elles avaient suscitées.
Un parcours réduit à 35 participants seulement, sans musiciens ni partisans, avait été validé pour démarrer au plus tard à 8h00. Cependant, un imbroglio juridique a tenu les tribunaux en haleine tout le week-end, culminant à 2h15 dans la nuit de samedi à dimanche par une décision de la Cour d’appel et du juge Humphreys confirmant le droit des Orangistes à marcher.
« This court cannot substitute its own view or anyone else’s view for that of the commission. »
Justice Humphreys, Cour d’appel
Tensions politiques et divisions au sein du gouvernement de Belfast
La présence de figures politiques majeures sur les lieux du blocus a exacerbé les tensions entre les partis de l’exécutif nord-irlandais. Michelle O’Neill, la Première ministre et vice-présidente de Sinn Féin, a qualifié cette autorisation de décision absurde qui ravive les traumatismes de la communauté, tandis que le président de son parti, Mary Lou McDonald, a dénoncé un traitement primitif intolérable. En réaction, la députée unioniste Carla Lockhart a accusé la Première ministre d’enflammer les esprits, et le dirigeant du DUP, Gavin Robinson, a reproché aux législateurs nationalistes d’agir hors la loi.

Face à l’escalade, le secrétaire d’État britannique pour l’Irlande du Nord, Chris Bryant, a écourté son séjour à Liverpool pour regagner Belfast, qualifiant la manifestation de protestation d’illégale tout en exhortant l’ensemble de la classe politique à apaiser les esprits. De son côté, le Premier ministre britannique Andy Burnham a également lancé un appel pressant au calme.
La dispersion du rassemblement et les pourparlers prévus à Belfast
Le face-à-face s’est prolongé toute la journée de dimanche alors que les membres de l’ordre loyaliste patientaient à l’église de Drumcree, espérant l’intervention des forces de l’ordre pour dégager la route. La situation a finalement connu une accalmie dans les premières heures de lundi, lorsque Breandán Mac Cionnaith, représentant de la coalition des résidents de Garvaghy Road, a annoncé avoir obtenu des garanties sur le fait que le défilé ne passerait pas de nuit.

Les manifestants ont alors majoritairement quitté les lieux, ouvrant la voie à des réunions de conciliation prévues ce lundi entre les représentants des résidents, le chef de la police de l’Ulster Jon Boutcher et le ministre Chris Bryant.