Au Maroc, les demandes d’autorisation de mariage de mineures ont reculé de 17 % en 2024 pour s’établir à 16 755 dossiers, selon les données du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire. Malgré cette baisse, les tribunaux ont accordé plus de 10 600 autorisations au cours de la même année, maintenant l’exception judiciaire au centre des débats.
Le recul des unions précoces est bien réel, mais il n’efface pas la persistance du phénomène. D’après le bilan d’activité du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) publié pour l’année 2024, le nombre de dossiers soumis aux tribunaux est passé de 20 192 en 2023 à 16 755, soit une diminution de 17,02 %. Sur l’ensemble des demandes examinées, 10 691 autorisations ont été prononcées, contre 12 629 un an auparavant, selon les chiffres communiqués par l’institution.
Ces statistiques judiciaires renseignent en premier lieu sur les affaires portées devant la justice. Toutefois, elles ne permettent pas de mesurer l’ampleur des unions informelles qui échappent totalement à l’enregistrement officiel, rappellent les institutions de protection de l’enfance.
Le cadre légal de l’article 20 du Code de la famille et les disparités d’âge
Le Code de la famille fixe à 18 ans révolus l’âge légal du mariage pour les filles comme pour les garçons. L’article 20 de ce même code permet toutefois au juge de la famille d’autoriser, à titre exceptionnel, le mariage d’un mineur au moyen d’une décision motivée qui précise l’intérêt et les motifs justifiant cette dérogation.

En pratique, environ 63 % des demandes recensées en 2024 ont reçu une approbation judiciaire. L'analyse détaillée des décisions par tranche d'âge révèle de fortes disparités. Le taux d’autorisation atteint 13,60 % pour les demandes concernant les adolescents de 15 à 16 ans, mais chute à 1,67 % pour les moins de 15 ans, une catégorie pour laquelle 59 demandes ont été enregistrées sur la période.
La dépendance matérielle et les facteurs de vulnérabilité sociale
Les conséquences de ces mariages touchent directement la poursuite de la scolarité, l’autonomie économique, la santé ainsi que la capacité des jeunes concernés à décider de leur propre avenir. Sur ce plan, le CSPJ indique que plus de 96 % des mineurs impliqués dans ces demandes n’exerçaient aucune activité professionnelle au moment des faits. Bien que cette absence d’emploi ne reflète pas à elle seule la situation financière exacte de chaque foyer, elle met en évidence le poids de la dépendance matérielle dans ces trajectoires.
De son côté, l’UNICEF insiste sur le fait que le mariage des enfants reste étroitement lié aux inégalités entre les sexes ainsi qu’aux vulnérabilités économiques et sociales. L’organisation internationale souligne qu’une réforme globale doit nécessairement associer des modifications juridiques, un accès garanti à l’éducation, un renforcement de la protection sociale et une mobilisation active des communautés locales.
L’attente d’une réforme de la Moudawana et les défis de terrain
Alors que la réforme de la Moudawana demeure très attendue au Maroc, les défenseurs de la protection de l’enfance estiment que la fréquence des autorisations judiciaires interroge sur la manière dont le caractère exceptionnel de la mesure est évalué par les magistrats. Une évolution législative pourrait notamment clarifier les critères d’attribution, renforcer les exigences de motivation des décisions et préciser les garanties procédurales.
Les modifications de la loi ne suffiront pas à elles seules à enrayer le phénomène. Les difficultés économiques, l’éloignement géographique des établissements scolaires, les inégalités d’accès aux services publics et le poids des normes sociales continuent d’alimenter les mariages précoces, exigeant des réponses pluridisciplinaires où le maintien des filles sur les bancs de l’école joue un rôle primordial.