La reconstitution minutieuse de l’atmosphère new-yorkaise des années 1950 dans le film « Marty Supreme » repose sur une recherche stylistique pointue, allant jusqu’à l’étude de documents d’époque et de figures emblématiques du ping-pong. L’authenticité des costumes et du décor, véritable reflet de l’ambition démesurée du personnage principal, est au cœur de cette production A24.
Pour Miyako Bellizzi, la costumière, et Josh Safdie, le réalisateur, l’authenticité et la précision historique étaient primordiales. Ils ont puisé leur inspiration dans un court-métrage expérimental de Ken Jacobs, datant de 1955, qui documente la vie des immigrants juifs dans le Lower East Side de Manhattan. Safdie aurait découvert ce film au Museum of Modern Art et l’aurait immédiatement montré à Bellizzi.
« J’observais évidemment les jeunes gens branchés de l’époque », explique Bellizzi. Le court-métrage met en scène des garçons portant des pantalons plissés, des débardeurs blancs, des cravates fines et des gilets tricotés sans manches, tandis que les filles arborent des culottes et des t-shirts vintage. « Ils semblent presque contemporains », note-t-elle, soulignant que le centre-ville de New York était déjà un véritable épicentre de la mode. À une époque où les femmes ne portaient généralement pas de pantalons, « les filles du Lower East Side, elles, les portaient ».
Les taudis du Lower East Side, avec leur esthétique particulière, sont presque un personnage à part entière dans le film, au même titre que Marty Mauser, le joueur de ping-pong interprété par Timothée Chalamet. Ce dernier incarne un personnage à la fois timide, arrogant et animé d’une ambition démesurée, prêt à tout pour prouver sa valeur dans un sport que personne ne prend au sérieux.
La recherche de l’authenticité s’est traduite par des choix précis, comme l’utilisation de la bonne police de caractères sur les devantures de magasins de Delancey Street. En matière de costumes, aucune marque contemporaine n’a été autorisée. « Même pour les sous-vêtements ! », s’amuse Bellizzi. Les collants portés par les femmes ont ainsi été sourcés au Hasidic Jewish Center de Williamsburg.
Une fois ces bases posées, l’objectif était de se plonger dans l’état d’esprit de Marty Mauser. « À quoi regardait-il ? Quelles étaient ses références ? Qui admirait-il ? Quels types de personnes croisait-il régulièrement ? » Ce sont ces questions qui ont guidé Bellizzi dans la conception de sa garde-robe.
L’univers des escrocs et des gangsters du XXe siècle a particulièrement inspiré Bellizzi, qui souhaitait évoquer le côté brut et charismatique de Marty. Cela s’est traduit par des costumes plus amples, des ensembles deux pièces taillés avec des épaules marquées, dans des tons sombres comme le charbon de bois et le bleu marine. « C’est un peu comme s’habiller pour le poste que l’on convoite », explique-t-elle. « Ce n’est même pas du ‘fake it till you make it’, c’est simplement une façon pour lui de montrer qu’il est dans le coup ».
Marty Reisman, le véritable joueur de ping-pong qui a servi de source d’inspiration à Chalamet, a également figuré sur le tableau d’inspiration de Bellizzi. « Le vrai Marty était excentrique, alors je voulais lui donner un peu de panache et de style, sans tomber dans la stylisation excessive », précise-t-elle. « Il est plutôt classique, l’originalité réside dans les formes et les petits détails ». Un moment fort en matière de style est notamment la scène où il engloutit un hot-dog dans une rue encombrée, portant une paire de gants en cuir rouge.
Il serait toutefois impardonnable de ne pas mentionner Kay Stone (Gwyneth Paltrow), l’ancienne star de cinéma que Marty cherche à séduire. Le style raffiné de Kay – composé de manteaux en laine ivoire, de chapeaux pillbox et de voiles délicats – est l’antithèse de l’aspiration de Marty. Sa tenue la plus remarquable est un manteau de soirée en satin rouge, qu’elle porte lors de l’ouverture de sa pièce de théâtre, puis lors d’une rencontre secrète avec Marty.
« Cette robe symbolisait son éveil, sa renaissance », explique Bellizzi. « C’est pourquoi nous avons choisi le rouge. C’est son moment de gloire, elle est pleine d’enthousiasme – c’est la soirée de lancement de sa nouvelle pièce de théâtre, mais nous découvrons ensuite qu’elle ne rencontre pas le succès escompté, qu’elle ne reçoit pas de bonnes critiques ».
« Ce sentiment d’euphorie est ensuite brisé », poursuit-elle. Pour Bellizzi, cette scène résume l’essence même du film : « Parfois, nous avons de grands rêves pour nous-mêmes, mais ils ne se réalisent pas toujours comme nous l’espérons ».
