Une décoration de Noël paradoxale orne la baie de Mount Hope, dans le Massachusetts : l’USS Joseph P. Kennedy, un destroyer désarmé, est illuminé de guirlandes lumineuses. Cette image, à première vue festive, interroge sur la banalisation de la guerre et la dissonance entre la célébration de la paix et la glorification des machines de mort.
Fall River, ville industrielle en déclin, est surtout connue pour deux événements sombres : les meurtres à la hache commis en 1892 par Lizzie Borden et l’histoire tragique de Chris Herren, un talentueux joueur de basket-ball dont la vie a été brisée par la drogue. La ville tente depuis des décennies de se revitaliser, mais reste marquée par son passé et ses difficultés économiques. Au milieu de ce paysage, Battleship Cove, un mémorial maritime abritant une impressionnante collection de navires de guerre de la Seconde Guerre mondiale, constitue un point de repère.
L’auteur de l’article se souvient de son enfance, passée à observer le « Joey P. » depuis la voiture familiale. Ce n’est que plus tard, grâce aux souvenirs de son grand-père, un ancien artilleur de bombardier pendant la Seconde Guerre mondiale, qu’il a commencé à comprendre la signification profonde de décorer un navire de guerre pour Noël. Son grand-père, qui vivait à proximité du destroyer, exprimait son dégoût face à cette pratique : « Comment a-t-on pu mettre des décorations de Noël sur une machine conçue pour tuer des gens ? »
L’article explore la déconnexion entre la réalité de la guerre et la perception qu’en ont les Américains, qui n’ont pas connu de conflit majeur sur leur sol depuis la Seconde Guerre mondiale. Bien que les États-Unis soient impliqués dans des opérations militaires à l’étranger, ces interventions sont souvent présentées comme des « opérations » ou des « frappes », minimisant ainsi leur impact réel. Moins d’un pour cent de la population américaine sert dans l’armée, et encore moins participe activement aux combats.
Le regard du grand-père de l’auteur a ouvert ses yeux sur la véritable nature du Joey P. : une machine à tuer. Cette prise de conscience s’étend à d’autres monuments militaires à travers les États-Unis, décorés pour les fêtes de fin d’année. Un char M-1 Abrams illuminé dans le Michigan, un bombardier B-52 couvert de guirlandes à Denver, l’USS Wisconsin transformé en attraction hivernale à Norfolk, et un missile balistique décoré comme un sapin de Noël au Nouveau-Mexique sont autant d’exemples de cette tendance troublante.
L’USS New Jersey, un navire de guerre ayant participé à de nombreux conflits, dont la guerre de Corée et la guerre du Vietnam, arbore désormais un sapin de Noël sur sa proue. Son histoire, marquée par des bombardements imprécis et des victimes civiles potentielles, contraste fortement avec l’atmosphère festive actuelle. L’auteur souligne que cette militarisation de Noël s’étend à la culture populaire, avec des films et des émissions de télévision qui présentent le pôle Nord comme une base militaire fortifiée.
En conclusion, l’article met en évidence le paradoxe de célébrer la paix tout en glorifiant les instruments de la guerre. L’auteur plaide pour une prise de conscience des conséquences réelles des conflits, et pour un regard plus honnête sur la violence exercée au nom des États-Unis. Il évoque les récentes frappes américaines contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes et le Pacifique, ainsi que la mobilisation de navires de guerre au large du Venezuela, soulignant que la guerre, loin d’être un lointain souvenir, est une réalité persistante.
« Si Noël est une célébration de la vie, ainsi qu’un moment de recherche de la paix et de la compréhension humaine, alors la guerre, bien entendu, est son contraire. Dans nos tentatives grotesques de combiner les deux, nous émoussons le sens des deux. »
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