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« Mettez vos valeurs ici » : la triste fin du cycle des 15M.

Le Royaume-Uni, souvent considéré comme un laboratoire politique pour l'Europe, a vu émerger et s'effondrer des mouvements qui préfiguraient les bouleversements observés ailleurs. De la montée du populisme à l'émergence de la gauche radicale, l'histoire britannique des deux…

« Mettez vos valeurs ici » : la triste fin du cycle des 15M.

Le Royaume-Uni, souvent considéré comme un laboratoire politique pour l’Europe, a vu émerger et s’effondrer des mouvements qui préfiguraient les bouleversements observés ailleurs. De la montée du populisme à l’émergence de la gauche radicale, l’histoire britannique des deux dernières décennies offre des leçons cruciales sur les limites de la démocratie participative et la nécessité d’une vision politique claire.

Tout a commencé en 1999, une époque où l’euro n’était pas encore une réalité et où Internet peinait à s’implanter dans les foyers. L’Espagne célébrait son « miracle économique » sous la direction d’Aznar, tandis que le scandale Clinton faisait la une des journaux. C’est également cette année-là que Nigel Farage a fait son entrée au Parlement européen, marquant le début d’une ascension fulgurante pour le futur père du populisme contemporain.

Le Royaume-Uni a ainsi été le premier à ressentir les secousses de mutations profondes : l’essor du capitalisme financier, la désindustrialisation, l’épidémie de drogue et le déclin des villes ouvrières. Dès 2013, les responsables du système de santé britannique s’inquiétaient déjà de la situation des jeunes hommes, dépossédés de leur rôle traditionnel de chef de famille.

L’émergence du « Trumpisme » a trouvé un terrain fertile au Royaume-Uni, mais c’est Boris Johnson qui en a popularisé le spectacle, bien avant d’accéder à la notoriété grâce à une émission de télévision. Il s’était déjà fait connaître par ses chroniques dans The Telegraph et son mandat de maire de Londres.

Un mouvement similaire au 15-M espagnol a également vu le jour en Angleterre. Cependant, le système électoral britannique, impitoyable envers les options minoritaires, a canalisé cette mobilisation vers le parti travailliste plutôt que de lui permettre de conquérir des sièges.

Dans les années qui ont suivi la crise de 2008, une demande pour un retour « au peuple » s’est élevée au sein de la gauche britannique. En 2014, le Parti travailliste a modifié ses statuts pour permettre l’élection de son futur chef par le biais de primaires ouvertes. Un mouvement « de base » s’est alors mobilisé pour soutenir Jeremy Corbyn, figure de l’extrême gauche, face aux structures traditionnelles du parti.

Ce mouvement, baptisé « Momentum », combinait organisation sociale et courant interne, et a marqué la politique britannique, à l’instar de Podemos en Espagne et de Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez aux États-Unis.

Corbyn a essuyé des défaites électorales, a été impliqué dans plusieurs controverses et a finalement été contraint de quitter le parti travailliste, sans pour autant renoncer à la scène politique. Récemment, il a annoncé la création d’un nouveau parti avec Zarah Sultana, une jeune députée travailliste issue de la diversité, avec pour ambition de créer une alliance entre les anciennes classes populaires du nord du pays et les nouvelles générations de migrants précaires.

Le nouveau parti, fidèle aux principes de la « démocratie de base », s’est présenté comme une page blanche. Un manifeste succinct en quatre paragraphes affirmait que « le système était truqué » et que les statuts, le programme et la gouvernance seraient décidés ultérieurement « par le peuple ». Ironiquement, le parti n’avait même pas de nom, se faisant appeler provisoirement « Votre événement ». En réalité, malgré ces incertitudes, Corbyn et Sultana semblaient déterminés à diriger ce parti, et ont rapidement commencé à se disputer le contrôle d’une entité qui n’existait pas encore.

Ainsi, au Royaume-Uni comme en Espagne, l’espoir de voir émerger une « démocratie actuelle » s’est peu à peu transformé en tragédie. Les assemblées et les structures horizontales, efficaces pour dénoncer les dysfonctionnements du système, se sont révélées incapables de proposer des solutions concrètes.

Comme l’a souligné Henry Ford, le célèbre industriel américain, il n’a jamais mené d’enquêtes auprès de ses clients, car il craignait que, s’il leur avait demandé ce qu’ils voulaient avant d’inventer la voiture, ils n’aient répondu qu’ils souhaitaient « un cheval plus rapide ». Une situation similaire s’est produite avec une partie de la gauche : en cherchant à tout prix à connaître les attentes de leurs électeurs, ils ont abdiqué leur rôle de leadership et de visionnaires. Des partis sans programme clair, sans feuille de route, se contentant d’unir leurs électeurs autour d’une idée générique de démocratie participative et de candidats qui finissent par être les seuls éléments incontestables.

Ces partis, tels des panneaux publicitaires vides sur des routes secondaires, sont à la recherche d’un message. Au lieu de vous inviter à afficher votre propre publicité, ils vous demandent de projeter vos propres valeurs, quelles qu’elles soient.

Or, ce n’est pas de cela dont le monde a besoin aujourd’hui. Il est temps de demander aux partis et à leurs dirigeants de proposer un programme politique et une vision du monde qu’ils souhaitent construire, même s’ils ne rencontrent pas un consensus immédiat ou ne bénéficient pas d’une majorité confortable.

Nous pourrons laisser la démocratie trancher lors des prochaines élections. Nous avons besoin d’un choix plus large d’idées.

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.