Publié le 5 octobre 2025 à 06h05. Une étude archéologique récente révèle une pratique funéraire singulière dans la civilisation néolithique de Liangzhu, en Chine : la modification systématique des os humains, une découverte inédite qui interroge nos connaissances sur les rites et les perceptions de la mort à cette époque.
- Des archéologues ont découvert que plus de la moitié des os humains examinés provenant de sites Liangzhu ont été intentionnellement modifiés.
- Ces modifications incluent la création de coupes-crânes, de crânes façonnés en masques, et d’os transformés en outils potentiels.
- L’absence de traces de violence suggère que ces os provenaient de défunts dont les restes étaient traités de manière non-violente, possiblement comme des “morts anonymes” dans une société urbaine en plein essor.
La culture Liangzhu, florissante entre 5 300 et 4 500 ans avant notre ère dans le delta du fleuve Yangtze, est déjà reconnue pour son urbanisation avancée, ses systèmes complexes de gestion de l’eau, ses tombes monumentales et son artisanat raffiné en jade. Cette nouvelle découverte, publiée dans la revue Scientific Reports, ajoute une dimension inattendue à notre compréhension de cette civilisation.
L’étude, menée sur un ensemble de 183 os humains, a révélé que 52 d’entre eux présentaient des altérations délibérées. Ces modifications prenaient diverses formes. Les plus frappantes sont les crânes transformés en coupes, obtenus en sectionnant horizontalement le calvarium pour créer une cavité en forme de bol. D’autres os ont été sculptés pour former des masques faciaux, tandis que des mandibules ont été aplaties et des os des membres ont été façonnés pour une utilisation potentielle comme outils. Un crâne d’enfant, portant deux perforations polies et des abrasions, constitue une découverte particulièrement rare et sans équivalent dans l’archéologie chinoise.
Ce qui surprend les chercheurs, c’est le nombre élevé d’os inachevés – près de 80 %. Cela suggère que le processus de modification était souvent interrompu, peut-être parce que le matériau osseux n’était pas considéré comme particulièrement précieux ou sacré. La majorité des découvertes proviennent de Zhongjiagang, un site d’atelier majeur au sein du complexe urbain de Liangzhu, ce qui indique une production standardisée plutôt qu’un comportement isolé ou symbolique.
L’analyse au radiocarbone situe la majorité de ces activités entre 4 800 et 4 600 ans, coïncidant avec l’apogée de la puissance culturelle de Liangzhu. Contrairement à d’autres exemples de traitements des restes humains observés dans d’autres régions du monde, il n’y a aucune trace de violence, de meurtre rituel ou de démembrement. Les os ne présentent pas de marques de coupe, ce qui suggère qu’ils ont été collectés après une décomposition naturelle, et non à la suite d’un conflit ou d’un sacrifice.
Cette absence de violence conduit les chercheurs à proposer une interprétation novatrice. Dans les communautés néolithiques plus petites et plus traditionnelles, les morts étaient généralement enterrés avec des rituels élaborés, reflétant l’importance des liens de parenté. Cependant, dans les centres urbains massifs de Liangzhu, caractérisés par une population plus importante et une stratification sociale plus marquée, une nouvelle approche semble avoir émergé. Les os modifiés pourraient représenter ce que les scientifiques appellent les « morts anonymes » – des individus en dehors des réseaux familiaux traditionnels et sans droit à des rituels ancestraux. Leurs restes, dépersonnalisés, devenaient alors une matière première dans une société où la mémoire individuelle et l’identité personnelle étaient progressivement effacées par la vie urbaine.
Cette pratique, qui a perduré pendant plus de deux siècles, témoigne de son enracinement dans la culture Liangzhu. Son apparition soudaine, absente dans la préhistoire chinoise antérieure, pourrait signaler la manière dont la vie urbaine a remodelé les liens sociaux et les perceptions de la mortalité. En déposant ces objets osseux inachevés dans les cours d’eau, le peuple Liangzhu pourrait avoir participé à des routines symboliques ou pratiques liées à leurs nouvelles réalités sociales.
Cette découverte remet en question les conceptions établies des traditions funéraires chinoises les plus anciennes. Les os travaillés de Liangzhu illustrent comment la croissance rapide de la population et la sophistication urbaine ont transformé la façon dont les individus percevaient à la fois les vivants et les morts.
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