La série d’anthologie horrifique Monster s’attaque cette fois à l’histoire glaçante d’Ed Gein, le « Boucher de Plainfield », dont les macabres agissements ont inspiré des figures emblématiques du cinéma d’horreur. Au-delà du simple récit des crimes, la nouvelle saison soulève des questions troublantes sur la fascination pour le mal et le manque de réflexion morale dans la représentation de l’horreur.
Après avoir exploré les crimes de Jeffrey Dahmer et les tribulations de la famille Menendez, la série produite par Ryan Murphy se penche sur le cas d’Ed Gein, un homme qui n’a directement causé que deux décès, mais dont l’obsession pour la mort et la profanation de tombes ont laissé une empreinte indélébile sur la culture populaire. Gein est notamment connu pour avoir fabriqué des objets à partir de restes humains, une pratique qui a profondément influencé des œuvres telles que Psychose, Le Silence des agneaux et Massacre à la tronçonneuse.
La série explore la vie de Gein (interprété par Charlie Hunnam) à travers un va-et-vient entre le passé, où il commet ses crimes et rassemble sa collection macabre, et le présent, où les détails de ses actes sont disséqués par des figures comme Alfred Hitchcock, Robert Bloch et Anthony Perkins, alors qu’ils créent Psychose à partir du roman de Bloch inspiré par Gein. L’influence de sa mère, fervente religieuse qui a dominé son existence, et ses obsessions grandissantes pour les femmes, vivantes ou mortes, sont également au cœur du récit.
La production ne se limite pas à l’histoire de Gein. Elle inclut des scènes saisissantes, bien que controversées, évoquant les atrocités nazies, notamment à travers le personnage d’Ilse Koch, surnommée la « Boucher de Buchenwald », accusée d’avoir fait fabriquer des abat-jours en peau humaine. Des scènes particulièrement troublantes montrent des officiers SS et leurs enfants se livrant à des actes de cruauté envers des prisonniers.
Cependant, la série est critiquée pour son manque de recul moral et son traitement complaisant des actes de Gein. Au lieu d’analyser les facteurs qui ont pu conduire à ses crimes et de chercher à prévenir l’émergence de profils similaires, la série semble se contenter de susciter la fascination morbide du spectateur. Comme le souligne un échange entre Hitchcock (interprété par Tom Hollander) et Bloch, l’un des deux hommes suggère que « s’il n’avait jamais vu ces photographies [de victimes des camps de concentration], il serait resté un simplet de petite ville ».
Certains observateurs estiment que cette approche est d’autant plus problématique que la série est diffusée dans un contexte marqué par des actes antisémites, comme ceux perpétrés à la synagogue de Heaton Park. Bien que la production de Ryan Murphy ait déjà abordé des thèmes complexes dans des séries précédentes, comme The People v. O.J. Simpson, L’Assassinat de Gianni Versace et Impeachment, The Ed Gein Story semble se concentrer uniquement sur l’exploitation d’un sujet sensible et la recherche d’une certaine forme de sympathie pour le criminel.