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Moshiro pour la COP30 au Suriname

Publié le 2 novembre 2023. À la veille de la 30e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30) à Belém, au cœur de l'Amazonie, le Brésil prend l'initiative de mobiliser une action collective face à la…

Moshiro pour la COP30 au Suriname

Publié le 2 novembre 2023. À la veille de la 30e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30) à Belém, au cœur de l’Amazonie, le Brésil prend l’initiative de mobiliser une action collective face à la crise climatique, tout en proposant des mécanismes financiers innovants pour la préservation de la forêt tropicale.

  • Le Brésil propose un objectif de zéro déforestation en Amazonie d’ici 2030, une proposition qui n’a pas encore trouvé un consensus régional.
  • Le pays plaide pour la création d’un Fonds pour la forêt tropicale pour toujours (TFFF) qui indemniserait les nations préservant leurs forêts, avec une part significative allouée aux communautés autochtones.
  • Le Suriname se prépare à participer à la COP30 avec un objectif de protection de 30 % de sa superficie terrestre d’ici 2035, ce qui pourrait lui valoir des revenus potentiels grâce au TFFF.

La COP30, qui se tiendra du 10 au 21 novembre à Belém, se distingue des précédentes par un sommet préliminaire des chefs d’État les 6 et 7 novembre. Cette réunion, bien que non décisionnelle, permettra aux pays membres de présenter leurs positions et d’affiner leurs stratégies de négociation. Le Brésil, en tant que pays hôte, a déjà défini sa stratégie et ses objectifs, plaçant l’Amazonie et ses populations au centre des discussions.

Le choix de Belém comme lieu de la COP30 est loin d’être anodin. Le gouvernement brésilien souhaite mettre en lumière la région amazonienne, son écosystème unique et les communautés qui en dépendent. Il s’agit de valoriser le savoir-faire ancestral et les pratiques de conservation des peuples autochtones et tribaux, qui jouent un rôle crucial dans la protection de la forêt tropicale pour l’humanité. Leur participation à la conférence sera donc particulièrement mise en avant.

Au-delà de la logistique, le Brésil entend donner un nouvel élan à la lutte contre le changement climatique en lançant un appel mondial au « mutirão ». Ce terme, issu des langues Tupi-Guarani d’Amérique du Sud, désigne une mobilisation collective et volontaire au service de la communauté. Le président Lula a souligné l’importance de cette approche collaborative, regrettant l’absence d’équivalents dans de nombreuses langues occidentales. Au Suriname, ce concept est connu sous le nom de « Moshiro », qui se traduit par « travail de groupe ».

Parmi les propositions concrètes portées par le Brésil, l’objectif de zéro déforestation en Amazonie d’ici 2030 est au cœur des débats. Ce projet ambitieux, présenté lors du sommet des pays amazoniens en 2023, implique une compensation totale de toute déforestation : chaque hectare de forêt perdu devrait être replanté ou restauré ailleurs. Si aucun accord n’a été trouvé l’année dernière, le Suriname, la Guyane et la Bolivie avaient exprimé des réserves à l’époque.

Le Brésil propose également la création d’un Fonds pour la forêt tropicale pour toujours (TFFF), un mécanisme de financement destiné à récompenser les pays qui préservent leurs forêts tropicales humides. Selon cette proposition, les pays dotés de forêts recevraient 4 dollars par hectare pour une gestion durable de leur couvert forestier, dont au moins 20 % seraient directement versés aux communautés autochtones, tribales ou traditionnelles vivant dans la forêt.

Le Suriname, qui présentera sa Contribution déterminée au niveau national (NDC) 3 à la COP30, s’est engagé à protéger 30 % de sa superficie terrestre d’ici 2035. Si cet objectif est atteint, le pays pourrait potentiellement bénéficier d’environ 20 millions de dollars par an grâce au TFFF.

Cependant, la position du Suriname concernant le TFFF reste floue. Le pays semble privilégier, pour l’instant, les mécanismes de marché tels que les crédits carbone, qui visent principalement à compenser les émissions industrielles des pays développés plutôt qu’à soutenir durablement la conservation des forêts. La question se pose donc : le Suriname s’engagera-t-il dans une démarche régionale et saisira-t-il cette opportunité pour affirmer son identité amazonienne ?

La société civile surinamienne se mobilise déjà. Au moins quarante représentants d’organisations autochtones, tribales, sociales, environnementales et scientifiques sont attendus à Belém pour faire entendre leur voix. Il est temps, selon les acteurs locaux, de mettre en œuvre un « Moshiro » – un travail collectif – pour un climat meilleur.

Rudi van Els

Professeur agrégé Génie Énergétique – Université de Brasilia
Doctorat en Développement Durable, Université de Brasilia

Vous pouvez télécharger l’intégralité de l’article ici.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.