Le PDG de Music Canada, Patrick Rogers, a dressé un bilan de l’industrie musicale canadienne lors de la conférence Canadian Music Week, mettant en lumière les défis posés par l’intelligence artificielle et la mise en œuvre de la Loi sur la radiodiffusion en ligne. L’avenir de la création musicale dépendra de la capacité de l’industrie à s’adapter et à protéger les droits d’auteur, a-t-il souligné.
Lors de son discours inaugural, Patrick Rogers a souligné l’importance de la collaboration entre les gouvernements, les organismes de réglementation, l’industrie, les artistes et les plateformes de diffusion en ligne pour naviguer dans un paysage en constante évolution. Il a notamment évoqué les enjeux liés à l’intelligence artificielle et à l’application de la Loi sur la radiodiffusion en ligne.
« Nous avons constaté que l’ingestion de chansons pour entraîner les IA constitue une utilisation du droit d’auteur – le droit d’auteur de chacun dans une chanson », a-t-il affirmé. Il a insisté sur le fait que l’IA est un outil technologique et que le droit d’auteur est essentiel pour protéger la valeur de l’art. Il a également noté une ironie : ceux qui se sont opposés au droit d’auteur pendant des décennies se positionnent désormais comme des défenseurs de l’utilisation gratuite de la musique par l’IA.
Rogers a illustré son propos en citant des exemples concrets, comme la voix de Johnny Cash interprétant une chanson de Barbie, preuve que l’IA a été entraînée sur son œuvre. Il a souligné que l’IA ne crée pas réellement de nouveauté, mais se base sur des créations existantes. Il a plaidé pour une reconnaissance, une compensation et un consentement des créateurs pour l’utilisation de leurs œuvres par l’IA.
Un autre sujet de préoccupation majeur soulevé par Rogers est celui des deepfakes, ou fausses vidéos et enregistrements audio. Il a mis en garde contre le danger croissant de ces manipulations, qui ne concernent pas seulement les artistes célèbres ou les personnalités publiques, mais aussi les citoyens ordinaires, y compris les enfants. Music Canada a déjà entamé des discussions avec les politiciens pour adapter la législation et interdire les usurpations d’identité numériques, comme elles le sont dans le monde réel.
Par ailleurs, Rogers a abordé la mise en œuvre de la Loi sur la radiodiffusion en ligne par le CRTC. Il a insisté sur le fait qu’il s’agit d’un processus réglementaire unique et qu’il est crucial de ne pas simplement transposer les règles de la radio traditionnelle à l’économie numérique mondiale. Il a souligné l’importance de tenir compte de la présence, des investissements et de la contribution des plateformes de diffusion en ligne à l’industrie musicale canadienne.
« Nous devons comprendre comment les Canadiens écoutent de la musique, comment les artistes en bénéficient et comment nous pouvons créer davantage de succès », a-t-il déclaré. Il a mis en garde contre une approche trop restrictive qui pourrait inciter les utilisateurs à revenir vers des services illégaux. Il a souligné que les artistes canadiens ont besoin d’un accès au marché mondial, et non d’un « plafond à la canadienne » qui les limiterait.
Rogers a conclu en soulignant que le streaming est fondamentalement différent de la radio traditionnelle, et que le nouveau système réglementaire doit en tenir compte. Il a appelé à une analyse approfondie du marché du streaming et à une adaptation des réglementations pour soutenir le succès des artistes canadiens sur la scène internationale.