Home DivertissementN’appelez pas ça des paris, les marchés de prédiction jouent le jeu

N’appelez pas ça des paris, les marchés de prédiction jouent le jeu

by Antoine Girard

Publié le 13 décembre 2024 18:47:00. Les marchés de prédiction, initialement connus pour anticiper les résultats électoraux, connaissent un essor fulgurant grâce aux paris sportifs, attirant des investissements massifs et soulevant des questions quant à leur réglementation.

  • La probabilité d’une fermeture du gouvernement américain pour plus de 30 jours est estimée à près de 50 % selon les prévisions de ces plateformes.
  • Kalshi et Polymarket, deux acteurs majeurs, ont récemment levé des fonds considérables : 300 millions de dollars pour Kalshi et 2 milliards de dollars pour Polymarket.
  • La frontière entre les marchés de prédiction et les paris sportifs traditionnels s’estompe, suscitant des inquiétudes quant à la légalité de ces nouvelles formes de paris.

Les plateformes de prédiction, où les utilisateurs misent de l’argent sur l’issue de divers événements, ont gagné en notoriété lors de l’élection présidentielle américaine de l’année dernière, se distinguant par leur capacité à prédire correctement le vainqueur alors que les sondages traditionnels étaient moins précis.

Cette semaine, Kalshi et Polymarket ont annoncé des levées de fonds significatives. Kalshi a obtenu un financement de 300 millions de dollars, tandis que Polymarket, filiale d’Intercontinental Exchange (la société mère de la Bourse de New York), a levé 2 milliards de dollars. Cette croissance est largement due à l’engouement pour les paris sportifs. Le week-end dernier, Kalshi a enregistré un volume de transactions record de 538 millions de dollars, dont 98 % concernaient le sport, selon des données de Marketplace.

Depuis la décision de la Cour suprême de 2018 autorisant les États à légaliser les paris sportifs, ce marché a connu une expansion considérable. L’année dernière, les Américains ont dépensé environ 150 milliards de dollars en jeux d’argent, selon Victor Matheson, économiste au College of the Holy Cross.

« Toute opportunité pour une entreprise d’accéder à ce marché, surtout si elle peut le faire par des voies détournées, représente un potentiel énorme. »

Victor Matheson, économiste au College of the Holy Cross

Matheson qualifie ces plateformes de « voie détournée » car les marchés de prédiction ne sont pas soumis aux mêmes réglementations que les plateformes de paris sportifs. Ils sont considérés comme des contrats entre deux parties, sans l’intervention d’une maison de paris traditionnelle.

Cette particularité leur permet d’opérer dans des États où les paris sportifs sont interdits, comme le Texas et la Californie. Selon Matheson :

« Ils ne parlent pas de paris, mais pour un sport typique, il est pratiquement impossible de distinguer ces marchés de prédiction des paris sportifs classiques. »

Victor Matheson, économiste au College of the Holy Cross

Jusqu’à récemment, les plateformes de paris traditionnelles avaient l’avantage sur les marchés de prédiction en proposant des paris combinés, où l’on mise sur plusieurs résultats simultanément (par exemple, la victoire des Dodgers aux World Series et un score d’au moins cinq points lors du dernier match). Cependant, Kalshi a comblé son retard en développant des outils conviviaux pour faciliter les paris combinés, comme l’explique Brandt Montour, analyste chez Barclays.

« Ils ont essentiellement créé une interface utilisateur qui imite celle d’un site de paris sportifs en ligne traditionnel. »

Brandt Montour, analyste chez Barclays

Cette similitude n’échappe pas aux observateurs. Daniel Wallach, avocat spécialisé dans les jeux sportifs, résume la situation ainsi :

« On dit toujours : si ça ressemble à un canard, si ça nage comme un canard et si ça cancane comme un canard, alors c’est un canard. »

Daniel Wallach, avocat spécialisé dans les jeux sportifs

Wallach souligne qu’un nombre croissant de poursuites judiciaires contestent la légalité des contrats sportifs sur les marchés de prédiction, et que l’affaire pourrait être portée devant la Cour suprême. Des litiges sont en cours, comme le rapporte Marketplace.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.