Un groupe d’entrepreneurs et d’anciens juristes de Twitter tente de ressusciter le réseau social emblématique sous son nom d’origine, malgré une bataille juridique avec X, la société d’Elon Musk. L’opération Bluebird, lancée en juillet 2023, espère relancer une plateforme de microblogging axée sur la liberté d’expression et une modération du contenu plus stricte.
L’initiative prend racine dans l’abandon apparent de la marque Twitter par X. Selon la loi américaine sur les marques, une marque non utilisée pendant trois années consécutives peut être considérée comme abandonnée et réclamée par une nouvelle entité, sous réserve de l’approbation de l’Office des brevets.
« L’opération Bluebird a commencé à prendre forme lorsque Elon Musk a cessé d’utiliser le nom de Twitter », explique Michael Peroff, membre de l’équipe et avocat spécialisé dans le dépôt de marques. « Au début, nous nous demandions si nous pouvions prouver légalement l’abandon de la marque. Puis, si nous y parvenions et disposions d’une plateforme de type Twitter, nous nous sommes demandé ce que nous en ferions et comment nous pourrions l’améliorer. »
Plus de 150 000 personnes ont déjà manifesté leur intérêt pour un compte sur la nouvelle application, qui pourrait voir le jour dès 2026. Cependant, X ne compte pas laisser faire. Le 16 décembre dernier, la société a intenté une action en justice contre Opération Bluebird, l’accusant de « tenter de manière flagrante de s’approprier la marque Twitter de renommée mondiale ».
Steve Coates, ancien juriste de Twitter entre 2013 et 2016, fait partie de l’équipe fondatrice. Il se souvient d’une période où le réseau social, bien que confronté à des pertes annuelles dépassant les 600 millions de dollars (US), était un lieu d’effervescence et d’optimisme. « Twitter était un endroit amusant où travailler, tout était très excitant. Nous avions le sentiment de contribuer à faire fonctionner une plateforme offrant une véritable liberté d’expression, une sorte de place publique virtuelle », témoigne-t-il.
Après avoir quitté Twitter pour rejoindre Amazon, Coates a observé la transformation du site, jusqu’à son acquisition par Elon Musk et son changement de nom en X en 2023. Il souligne que l’objectif d’Opération Bluebird est de recréer l’atmosphère du Twitter original, tout en corrigeant ses défauts.
« Le réseau social aura des éléments familiers, mais il y aura aussi de meilleurs outils », précise Peroff. « Nous avons étudié en détail ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas sur l’ancien Twitter. Nous utiliserons également l’intelligence artificielle, non pas pour interagir directement avec les utilisateurs comme Grok ou ChatGPT, mais pour leur fournir un contexte sur le contenu publié par les autres. »
L’équipe d’Opération Bluebird se veut également plus ferme sur la modération du contenu et la lutte contre les discours de haine. « Notre approche du contenu sera très différente de celle de X et d’autres réseaux sociaux », affirme Coates. « Ils sont devenus un environnement dangereux avec des risques réels. » Il évoque une expérience personnelle qui l’a marqué : « Il y a dix ans, Twitter avait décidé d’autoriser les vidéos violentes de l’organisation terroriste ISIS tant que celles-ci n’étaient pas publiées directement par ISIS. C’était très difficile à accepter pour moi, car cela signifiait que mes enfants ne pouvaient pas utiliser Twitter. »
Coates se montre optimiste quant à l’issue de la bataille juridique avec X, tout en reconnaissant que l’équipe a déjà des « plans alternatifs » au cas où l’autorisation d’utiliser le nom Twitter ne serait pas obtenue. « Nous continuerons d’avancer, quoi qu’il arrive », conclut-il.
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