Les agriculteurs européens ont exprimé leur vive inquiétude face à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, lors d’une nouvelle manifestation à Bruxelles le 18 décembre. Ils craignent une concurrence déloyale due à des normes agricoles divergentes et à une remise en question de la Politique agricole commune (PAC).
La secrétaire générale du COPA-COGECA, Elli Tsiforou, a souligné que le problème ne se limite pas à des gains et des pertes commerciaux. « Dans tout accord commercial, il y a des opportunités et des pertes », a-t-elle déclaré. « Notre question lorsqu’il s’agit de Mercosur est plus stratégique. L’écart entre les normes européennes et celles, souvent peu appliquées, dans les pays du Mercosur est immense, et nous ne pouvons pas l’accepter. »
Selon Tsiforou, cette problématique pourrait se reproduire dans de futurs accords commerciaux si la Commission européenne ne prend pas en compte les spécificités du secteur agricole. Elle a relativisé l’efficacité des garanties votées par les députés européens pour renforcer la protection des agriculteurs. « Malgré les efforts sincères des membres du Parlement pour améliorer ces garanties, elles ne nous fournissent pas suffisamment d’assurances », a-t-elle affirmé. « On ne peut pas aborder la question des normes par un mécanisme défensif. Les pays du Mercosur doivent s’engager à adopter des normes équivalentes aux nôtres, et ce n’est pas le cas à ce stade. »
Les agriculteurs sont également préoccupés par les perspectives budgétaires de la PAC. Tsiforou a critiqué les propositions de la Commission européenne pour la future politique agricole après 2028, qui prévoient une réduction budgétaire de 20 %, sans tenir compte de l’inflation. « Nous constatons un danger évident de renationalisation de la PAC, la seule politique commune véritable de l’UE », a-t-elle expliqué. « Une telle renationalisation pourrait conduire à 27 politiques agricoles différentes, avec de graves conséquences sur le marché intérieur, la chaîne alimentaire et les zones rurales. »
Enfin, Tsiforou s’est montrée sceptique quant aux efforts de simplification administrative promis par l’UE. « Actuellement, la charge administrative imposée aux agriculteurs atteint des sommets », a-t-elle déploré. « Une grande partie de la législation européenne pèse sur les exploitations agricoles, avec des règles souvent contradictoires ou impraticables qui entravent la production et la transition vers une agriculture durable. La Commission s’est engagée à une simplification profonde, mais nous y voyons un manque d’ambition. Les récentes propositions de simplification de l’Environment Omnibus ne répondent pas pleinement à nos préoccupations. »
À lire aussi
