Publié le 26 octobre 2023. L’immobilisme politique en Bulgarie suscite une profonde défiance de la part de la population, alors que le Parlement est régulièrement pointé du doigt pour son incapacité à répondre aux crises et à assurer une justice équitable.
La désaffection des Bulgares envers leurs représentants est palpable. Selon une étude d’opinion réalisée fin septembre, 76 % des citoyens expriment leur mécontentement face au travail du Parlement. Cette insatisfaction grandissante coïncide avec une succession de crises et une perception d’un exécutif préoccupé par des querelles intestines plutôt que par les préoccupations nationales.
Le mois dernier, l’Assemblée nationale a donné un signal particulièrement négatif en se retrouvant incapable de siéger pendant une semaine entière. Plusieurs députés étaient en déplacement à l’étranger dans le cadre de délégations officielles, empêchant l’atteinte du quorum nécessaire pour les votes. L’opposition, quant à elle, n’a pas réussi à s’unir pour un boycott coordonné des sessions parlementaires, se voyant refuser l’inscription de propositions clés à l’ordre du jour, comme la taxation du gaz naturel russe en transit ou la création d’une commission d’enquête sur le patrimoine du Premier ministre Rosen Jeliazkov. La majorité a ensuite réagi en excluant la proposition de mise en place de cette commission du programme législatif.
Au-delà de ces incidents, c’est l’impression générale d’un manque de sérieux qui prédomine. Les députés, malgré des salaires confortables et divers privilèges, semblent incapables d’assumer leurs responsabilités professionnelles. Cette situation, bien que passée inaperçue pour beaucoup, soulève une question fondamentale : qui, dans ce pays, peut se permettre de ne pas se rendre régulièrement au travail ?
L’inaction parlementaire est d’autant plus préoccupante qu’elle se déroule dans un contexte de crise institutionnelle. Le bureau du procureur est actuellement dirigé par Borislav Sarafov, dont la légitimité a été remise en question par la Cour suprême de cassation, qui a estimé qu’il ne devrait pas occuper ce poste. Pourtant, il reste en fonction, car les partis politiques tardent à pourvoir les quotas parlementaires au sein du Conseil judiciaire suprême (SJC), bloquant ainsi toute procédure de remplacement. Le SJC actuel, dont le mandat est expiré, semble s’installer durablement, compromettant la possibilité de nommer un nouveau procureur général dans le respect des règles.
Les avertissements d’une crise constitutionnelle se multiplient, mais le pouvoir semble ignorer ces signaux, affichant une fausse normalité et accusant l’opposition de déstabiliser l’État. Cette dernière, affaiblie et divisée, se contente de proposer des solutions sans pouvoir les imposer politiquement. Le résultat est un glissement vers l’anarchie et l’arbitraire.
Cette situation serait moins grave si les autorités s’attaquaient aux problèmes concrets qui affectent la vie quotidienne des Bulgares. Mais les crises s’enchaînent, comme le démontre la pénurie d’eau qui frappe plusieurs régions, ou les inondations dévastatrices causées par l’incompétence et la corruption dans le secteur de la construction. Face à ces catastrophes, le Parlement a créé une commission temporaire chargée d’enquêter sur la crise de l’eau, qui a pris six mois pour mener ses travaux avant de publier un rapport resté lettre morte. Plus récemment, un Office National de l’Eau a été mis en place, sans que son rôle précis ne soit clairement défini.
Tout cela n’est qu’un reflet des dysfonctionnements qui minent le système politique bulgare. L’attention se détournera probablement vers le scandale impliquant Boïko Borissov, leader du GERB, suite à des révélations du Wall Street Journal, et le débat parlementaire sera à nouveau monopolisé par des polémiques personnelles. Les citoyens, quant à eux, observeront de loin, partagés entre amusement et colère, se demandant à quoi sert un Parlement incapable de répondre à leurs besoins fondamentaux.
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