Publié le 26 décembre 2023 à 05h30. Quarante ans après sa disparition, l’affaire Emanuela Orlandi connaît un nouveau rebondissement avec l’ouverture d’une enquête formelle contre Laura Casagrande, une femme qui pourrait avoir été la dernière à voir la jeune fille avant qu’elle ne disparaisse en 1983.
- Laura Casagrande, témoin clé dans l’affaire Orlandi, est désormais formellement mise en examen.
- Son témoignage, jugé contradictoire par les enquêteurs, a relancé l’affaire après des décennies d’impasse.
- La disparition d’Emanuela Orlandi, survenue alors qu’elle se rendait à un cours de musique, reste l’une des énigmes les plus persistantes de l’Italie.
L’enquête sur la disparition d’Emanuela Orlandi, survenue le 22 juin 1983, a connu un nouveau tournant avec la mise en examen de Laura Casagrande, aujourd’hui âgée de 57 ans. Mme Casagrande, ancienne élève de l’école de musique Tommaso Ludovico da Victoria, avait été parmi les premières à se manifester lors de la réouverture de l’enquête en 2023.
Selon les premiers éléments de l’enquête, Mme Casagrande se souvient avoir reçu quelques jours après la disparition d’Emanuela Orlandi un appel téléphonique émanant de personnes exigeant la libération de Mehmet Ali Agca, l’homme qui avait tenté d’assassiner le pape Jean-Paul II en 1981. Cette connexion a alimenté les nombreuses théories qui ont entouré cette affaire, notamment celle d’une prise d’otage en échange de la libération du terroriste turc.
Cependant, les investigations menées au fil des ans n’ont jamais permis d’établir de lien concret entre ces hypothèses et la disparition de la jeune fille. Les témoignages se sont avérés peu fiables et les pistes explorées n’ont pas abouti. Récemment, les procureurs ont jugé le dernier témoignage de Mme Casagrande « très contradictoire », justifiant ainsi sa mise en examen.
Andrea De Priamo, président de la commission bicamérale chargée de suivre l’affaire, a déclaré que le comportement de la témoin laissait penser qu’elle cherchait à se disculper.
« C’est comme si la personne entendue voulait se retirer de la scène. »
Andrea De Priamo, président de la commission bicamérale
Mme Casagrande a d’ailleurs présenté ses excuses pour les lacunes de sa mémoire concernant les événements de 1983 lors de son audition. Cette attitude a suscité des interrogations chez les proches de la famille Orlandi.
« Vous pouvez voir qu’elle est réticente. Est-ce qu’elle couvre quelqu’un ? Pourquoi y a-t-il tant de peur tant d’années plus tard ? »
Laura Sgrò, avocate de la famille Orlandi
Pietro Orlandi, le frère d’Emanuela, s’est dit encouragé par cette nouvelle étape de l’enquête.
« C’est une nouvelle importante, et je suis heureux que le parquet enquête de manière confidentielle, cela signifie qu’il le fait avec le plus grand sérieux. »
Pietro Orlandi, frère d’Emanuela Orlandi
La disparition d’Emanuela Orlandi est l’un des plus grands mystères de l’histoire récente de l’Italie. L’affaire a récemment refait surface grâce à un documentaire à succès diffusé sur Netflix, ce qui a incité les autorités à rouvrir l’enquête. Les carabiniers de Rome examinent actuellement d’anciens documents et reconstituent les derniers jours de la jeune fille, en collaboration avec les magistrats du Vatican.
Un premier examen des preuves, effectué en 2023, avait révélé des éléments « méritant une enquête plus approfondie », selon le procureur en chef du Vatican, Alessandro Diddi. Les théories sur les raisons de la disparition d’Emanuela Orlandi sont nombreuses et variées, allant d’un complot impliquant le KGB à une opération orchestrée par des membres influents du Vatican. Il est également établi que le père d’Emanuela, Ercole Orlandi, travaillait comme messager pour le Vatican et que la famille résidait au sein de l’État de la Cité du Vatican.
Une autre hypothèse, régulièrement évoquée, suggère qu’Emanuela Orlandi aurait été emmenée à Londres et aurait vécu dans une auberge de jeunesse gérée par une congrégation catholique financée par le Vatican.
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