Le nouveau film de James Vanderbilt, Nuremberg, plonge au cœur des événements qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, explorant les tensions et les dilemmes moraux entourant le procès historique des hauts dignitaires nazis. Porté par une performance remarquable de Russell Crowe, le film offre une plongée psychologique intense dans les esprits des bourreaux et de leurs juges.
Rami Malek incarne le Dr Douglas Kelley, un psychiatre de l’armée américaine chargé d’évaluer l’état mental des dirigeants nazis survivants, dont Hermann Göring (Russell Crowe), figure emblématique du parti après la mort d’Hitler. À ce stade, les nations alliées se demandent si un procès aussi public et potentiellement explosif doit avoir lieu, et quelles en seraient les conséquences.
L’hésitation initiale du juge Robert Jackson (Michael Shannon), futur procureur américain au tribunal, souligne le poids de la décision. « Il s’agissait d’un moment charnière de l’histoire, où il fallait définir les limites de la justice et de la responsabilité », explique le film à travers son personnage principal.
L’interprétation de Russell Crowe, saluée par la critique, marque un tournant dans sa carrière. Loin des rôles récents dans des productions comme Kraven the Hunter, La Momie (2017) ou Thor: Love and Thunder, l’acteur livre une performance nuancée, capturant à la fois la froideur et la terreur de Göring, mais aussi son attachement à sa famille et son obsession pour son propre prestige. Il dépeint un personnage à la fois fascinant et répugnant, un sujet d’étude captivant pour le Dr Kelley, dont l’intérêt pour le nazi pourrait virer à l’obsession.
Le film explore également les motivations de Kelley, qui voit dans l’analyse de ces criminels de guerre une opportunité de se faire un nom. Cette ambition personnelle, ce narcissisme, contraste avec l’étude qu’il mène sur des personnalités profondément narcissiques. Malek, quant à lui, offre une interprétation théâtrale, peut-être excessive, mais qui convient au personnage qu’il incarne. Michael Shannon, fidèle à lui-même, apporte sa stoïcité habituelle au rôle du juge Jackson.
Avec une durée de 2 heures et 20 minutes, Nuremberg souffre de quelques longueurs, notamment au milieu du récit. Le film s’attarde parfois trop sur la relation entre Göring et Kelley, au détriment du développement du procès lui-même. Bien que le titre évoque le procès, le film se concentre davantage sur l’aspect psychologique et dramatique de l’histoire. La représentation du procès, qui a duré près d’un an, semble en réalité réduite à quelques semaines à l’écran.
Une partie de l’intrigue est consacrée à Emma Göring, l’épouse du maréchal, et le film tente de susciter une certaine empathie envers elle. Une démarche délicate, voire contestable, compte tenu du rôle de son mari dans la mise en place des « camps de travail » à travers l’Europe. Emma Göring était surnommée la « Première dame du Troisième Reich » en raison de son rôle d’hôtesse lors des événements importants organisés par Hitler.
Nuremberg est un film qui rappelle les productions d’une autre époque, privilégiant la complexité psychologique des personnages et les thèmes universels de la justice et du mal. Il séduira probablement les amateurs de films comme Imitation Game, des œuvres accessibles et centrées sur les personnages, qui parviennent à créer une atmosphère épique malgré leur portée plus intime. Malgré ses imperfections, le film vaut le coup d’œil, ne serait-ce que pour la performance exceptionnelle de Russell Crowe.
