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Offense au chef de l’État : à Pikine-Guédiawaye, le militant Mouhamed Sonko placé sous mandat de dépôt

by Nicolas Lefèvre
Le placement en détention de Mouhamed Ndiaye à Pikine-Guédiawaye
Le militant de Pastef Mouhamed Ndiaye, surnommé « Mouhamed Sonko », a été placé sous mandat de dépôt vendredi dernier au tribunal de Pikine-Guédiawaye. Inculpé pour offense au chef de l’État et appel à l’insurrection, son arrestation s’inscrit dans une série de mesures judiciaires ciblant plusieurs figures publiques et activistes au Sénégal.

Le placement en détention de Mouhamed Ndiaye à Pikine-Guédiawaye

Le placement en détention de Mouhamed Ndiaye à Pikine-Guédiawaye
cluster (priority): DAKARACTU.COM

L’engrenage judiciaire s’est accéléré pour Mouhamed Ndiaye, un militant de Pastef connu sous le pseudonyme de « Mouhamed Sonko ». Après avoir été traqué pendant plusieurs jours par la Brigade de recherches de Keur Massar, le tailleur de profession a finalement été interpellé à Malika.

Ce dernier avait pourtant manifesté son intention de se rendre volontairement aux autorités via les réseaux sociaux peu avant son arrestation.

La situation a basculé vendredi lors de sa comparution devant le juge d’instruction du deuxième cabinet du tribunal de Pikine-Guédiawaye. Le procureur Saliou Dicko a requis l’ouverture d’une information judiciaire, menant à son inculpation pour trois chefs d’accusation distincts : l’appel à l’insurrection, l’incitation à un attroupement susceptible de troubler l’ordre public et l’offense au chef de l’État.

Face aux enquêteurs, Ndiaye a reconnu être l’auteur des propos incriminés, tout en plaidant l’ignorance quant à leur interprétation comme une offense au président Bassirou Diomaye Faye. Pour tenter d’atténuer sa responsabilité pénale, le militant a invoqué des troubles mentaux, appuyant ses déclarations par la production d’ordonnances médicales.

Le dossier Azoura Fall et la surveillance de la DSC

Le dossier Azoura Fall et la surveillance de la DSC
cluster (priority): pressafrik.com

Le climat de tension judiciaire s’étend également à l’activiste Assane Guèye, plus connu sous le pseudonyme d’Azoura Fall. Son arrestation, intervenue le 28 mai 2026, illustre l’utilisation accrue de la Division spéciale de cybersécurité (DSC) pour surveiller et interpeller les voix critiques.

Le déclencheur a été une interview accordée devant l’hémicycle lors de l’installation d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale. Azoura Fall s’y est attaqué frontalement au chef de l’État avec des propos jugés offensants.

Je n’aime pas les traîtres… Les serères sont des gens bien, mais lui non.
Assane Guèye (Azoura Fall), activiste

L’interpellation s’est produite dans une station-service à Médine, alors que l’activiste s’apprêtait à rejoindre le Saloum pour la Tabaski. Le procureur de la République près le tribunal de grande instance hors classe de Dakar s’est autosaisi de l’affaire.

Le parcours judiciaire d’Azoura Fall n’est pas sans précédent. En 2025, il avait déjà été condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis pour injures publiques et propos contraires aux bonnes mœurs. Il avait également fait l’objet d’un internement temporaire au centre psychiatrique de Thiaroye après une expertise médicale.

Actuellement placé sous mandat de dépôt, son sort reste incertain. Bien que son procès en flagrant délit ait été initialement fixé au mardi suivant son arrestation, Senego rapporte que le tribunal a rendu un jugement de forme sans entrer dans le fond du dossier. Le délibéré a été renvoyé au 9 juin, et la demande de liberté provisoire introduite par la défense a été rejetée.

Libération d’Aïssatou Diop Fall et maintien du bracelet électronique pour Ismaïla Madior Fall

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Toutes les procédures ne se soldent pas par un placement en détention. Le lundi 1er juin 2026, la journaliste et directrice de la chaîne Public Sn, Aïssatou Diop Fall, a recouvré la liberté après son audition par la DSC.

Sa convocation résultait d’une auto-saisine du procureur de la République concernant des propos tenus à l’encontre du leader de PASTEF-Les Patriotes, Ousmane Sonko. Contrairement aux dossiers de Ndiaye et Guèye, l’objet du litige ici ne concernait pas le chef de l’État, mais une figure politique majeure.

En parallèle, la justice maintient une pression constante sur d’anciens membres du gouvernement. La commission d’instruction de la Haute Cour de Justice a rejeté la demande de mainlevée du bracelet électronique d’ Ismaïla Madior Fall.

L’ancien ministre de la Justice demeure ainsi sous assignation à résidence avec surveillance électronique, confirmant que le pouvoir judiciaire actuel ne semble pas disposé à alléger les mesures de contrainte pour les figures de l’ancien régime.

Analyse : Une justice numérique et politique

Analyse : Une justice numérique et politique
cluster (priority): Senego.com

L’observation croisée de ces quatre dossiers révèle une stratégie judiciaire précise. La Division spéciale de cybersécurité (DSC) s’est imposée comme le bras armé de l’État pour identifier et neutraliser les discours dissidents sur le web. Qu’il s’agisse de militants comme Mouhamed Ndiaye ou d’activistes comme Azoura Fall, le passage par la DSC semble être la norme avant toute action pénale pour offense au chef de l’État.

On note une distinction nette dans le traitement des affaires :

  • Offense au Président : Sanctionnée sévèrement par des mandats de dépôt et des refus de liberté provisoire (cas de Ndiaye et Guèye).
  • Critique de leaders politiques : Auditions suivies de libérations, comme pour Aïssatou Diop Fall.
  • Anciens dignitaires : Maintien de mesures de surveillance strictes (bracelet électronique pour Madior Fall).
  • Le recours récurrent à l’argument de la santé mentale, tant pour Mouhamed Ndiaye que pour Azoura Fall, suggère une ligne de défense commune face à des accusations d’offense au chef de l’État, charges souvent perçues comme disproportionnées par les organisations de défense des droits humains.

    L’échéance du 9 juin pour le délibéré d’Azoura Fall sera un indicateur clé de la sévérité que compte appliquer le tribunal de Dakar. Entre la volonté de maintenir l’ordre public et la protection de la dignité présidentielle, la frontière devient poreuse, transformant les réseaux sociaux en un terrain judiciaire à haut risque pour les citoyens sénégalais.

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