Publié le 16 décembre 2025 à 04h32. L’intelligence artificielle promet de révolutionner la gestion des courriels pour les professionnels du droit, mais un avocat américain met en garde contre un enthousiasme aveugle et souligne la nécessité d’évaluer rigoureusement le retour sur investissement de ces outils.
- Les plateformes d’IA pour la gestion des courriels peuvent être efficaces pour résumer les offres commerciales et filtrer le spam.
- L’avocat Stephen Embry remet en question l’efficacité de ces outils pour les courriels complexes nécessitant une compréhension nuancée du contexte.
- Il met en garde contre le risque de se fier aveuglément à l’IA et de perdre du temps en vérifiant les informations qu’elle fournit.
L’histoire des « Habits neufs de l’empereur » de Hans Christian Andersen résonne étrangement avec l’engouement actuel pour l’intelligence artificielle, selon l’avocat Stephen Embry. Dans cet ouvrage, un empereur est dupé par des vendeurs qui lui font croire qu’ils lui confectionnent des vêtements magnifiques, alors qu’en réalité, il est nu. Embry s’interroge sur le fait que certains outils d’IA ne soient pas plus qu’une illusion, promettant des miracles sans réellement apporter de valeur ajoutée.
Lors du récent AI Summit, Kyle Miller, directeur général de Yahoo Email, a présenté une plateforme basée sur l’IA conçue pour gérer, résumer et traiter les courriels. Pour les avocats, submergés par un flux quotidien de centaines de messages, l’idée d’un outil capable de trier et de synthétiser l’information est séduisante. Cependant, Embry s’est demandé si cette solution était réellement efficace ou si elle ne représentait pas une perte de temps supplémentaire.
La plateforme Yahoo vise à créer une expérience de boîte de réception plus personnalisée, en se concentrant sur quatre aspects clés : identifier les informations importantes, agir en conséquence, s’adapter aux besoins de l’utilisateur et évoluer avec le temps. Miller a déclaré que l’objectif était de créer un véritable « compagnon » numérique.
Après avoir testé la plateforme, Embry a constaté qu’elle excellait dans le résumé des courriels contenant des offres commerciales. En revanche, elle était moins performante pour synthétiser des courriels plus complexes et nécessitant une analyse approfondie.
L’avocat souligne un paradoxe crucial : si le temps nécessaire pour formuler une requête précise à l’IA est supérieur au temps nécessaire pour effectuer la tâche manuellement, quel est l’intérêt d’utiliser l’outil ? Il rappelle que Mélissa Rogozinski sur LinkedIn a soulevé une problématique similaire concernant la vérification des citations générées par l’IA : le temps gagné grâce à l’automatisation est souvent compensé par le temps nécessaire pour vérifier l’exactitude des résultats.
« Si cela ne fait pas gagner du temps, pourquoi l’utiliser ? Pourquoi l’acheter ? »
Stephen Embry, avocat et blogueur
Dans le domaine juridique, où la précision et la fiabilité sont primordiales, Embry estime que le retour sur investissement de ces outils d’IA est incertain. Tout courriel substantiel, ou potentiellement substantiel, devra être examiné attentivement dans son intégralité, quel que soit le résumé fourni par l’IA. Un simple résumé pourrait omettre des informations cruciales ou ne pas saisir les nuances d’une communication.
Les courriels complexes nécessitent souvent une compréhension du contexte, de l’auteur, de son entreprise et de ses antécédents. Bien que l’IA puisse un jour être capable de prendre en compte ces facteurs, Embry ne lui accorde pas encore suffisamment de confiance pour déléguer cette analyse.
Il prend l’exemple d’un courriel de l’avocat adverse qui semble être une simple mise à jour de dossier, mais qui contient en réalité un changement subtil dans sa position en matière de règlement. Un résumé généré par l’IA pourrait qualifier ce courriel de « mise à jour standard » et passer à côté d’une information stratégique importante.
De plus, si l’avocat doit lire le courriel original pour vérifier l’exactitude du résumé, il n’a pas gagné de temps, et a même pu en perdre. Sur une centaine de courriels, cela peut représenter une perte de temps considérable, et potentiellement facturable au client, ce qui pourrait soulever des questions éthiques.
Embry ne rejette pas l’IA, mais appelle à un scepticisme sain face au battage médiatique. Il souligne qu’il est essentiel de remettre en question les promesses des fournisseurs et de vérifier si l’IA apporte réellement les gains de temps annoncés. Il compare cela à l’histoire de l’empereur nu : il ne suffit pas que le vendeur affirme que les vêtements sont beaux pour qu’ils le soient réellement.
« Parfois, l’empereur n’a effectivement aucun vêtement. »
Stephen Embry, avocat et blogueur
L’avocat reconnaît que l’IA peut être utile pour filtrer le spam, résumer les offres commerciales et identifier les courriels promotionnels déguisés en newsletters. Cependant, il met en garde contre la complaisance et la confiance excessive. Plus on utilise un outil d’IA, plus on a tendance à lui faire confiance et à oublier que des erreurs peuvent se produire.
Il prend l’exemple de la communication : certains individus adoptent un style direct et transactionnel, tandis que d’autres préfèrent une approche plus douce et expressive. Un outil d’IA pourrait ne pas être en mesure de faire cette distinction et interpréter à tort un courriel, ce qui pourrait entraîner des malentendus et des conflits.
En conclusion, Embry appelle les professionnels du droit à aborder l’IA avec prudence et à évaluer rigoureusement son retour sur investissement avant de l’adopter. Avant de mettre en œuvre un outil de gestion des courriels basé sur l’IA, il est essentiel de définir clairement le problème qu’il doit résoudre, de mesurer les gains de temps et de prévoir une solution de secours en cas d’erreur.
Stephen Embry est avocat, conférencier, blogueur et écrivain. Il publie TechLaw Crossroads, un blog consacré à l’examen de la tension entre la technologie, le droit et la pratique du droit.
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