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Paix du plus fort – Piotr Smolar

by Clara Dubois

Publié le 16 octobre 2025 22:26:00. L’administration Trump s’attribue le mérite de la libération des derniers otages israéliens détenus par le Hamas, une avancée diplomatique obtenue par une approche singulière, axée sur les relations personnelles et les intérêts économiques, qui laisse subsister de nombreuses questions sur l’avenir de Gaza.

  • La libération des vingt derniers otages israéliens détenus par le Hamas marque un succès diplomatique pour les États-Unis.
  • Donald Trump met en avant une approche non conventionnelle, privilégiant les relations directes et les considérations économiques au détriment des processus diplomatiques traditionnels.
  • L’avenir de Gaza reste incertain, notamment en ce qui concerne sa gestion et sa sécurité après le retrait israélien.

La libération des derniers otages israéliens, obtenue grâce à une médiation américaine, a été saluée par Donald Trump comme un triomphe personnel. Le président américain, qui se présentait déjà comme l’artisan de cette avancée le 13 octobre, a mis en avant une approche diplomatique résolument atypique, rompant avec les méthodes conventionnelles et privilégiant les relations directes avec les acteurs clés du conflit.

Cette approche, selon laquelle tout se résume à une question de rapports de pouvoir et de relations personnelles, a permis, aux yeux de Trump, de débloquer une situation qui semblait inextricable. Il a choisi d’ignorer les droits politiques des Palestiniens, comme il l’avait déjà fait avec son plan de paix de 2020, et de se concentrer sur un objectif immédiat : la libération des otages. Il considère les pays du Golfe comme une source inépuisable de financement, leur promettant, avec le soutien américain, une « nouvelle aube » pour le Moyen-Orient et une « paix éternelle ».

L’administration Trump estime que l’accord conclu avec le Hamas constitue une solution définitive au conflit, bien que cette affirmation ne soit pas partagée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Selon Trump, « la reconstruction sera probablement la partie la plus facile », une déclaration optimiste qui contraste avec les difficultés passées pour rapprocher les factions palestiniennes, notamment par l’Égypte. La question de la gestion de Gaza après le retrait israélien reste en suspens, Netanyahu excluant tout retour de l’Autorité palestinienne.

Un geste controversé de l’administration américaine a été l’autorisation donnée au Hamas, « pour une période limitée », de lutter contre le crime organisé dans les décombres de Gaza. Cette décision, qui ouvre la voie à des exécutions sommaires et à une traque des collaborateurs israéliens, témoigne d’une volonté de prendre des risques calculés. La Maison Blanche avait déjà négocié directement avec le Hamas en mai pour la libération de l’otage américain Edan Alexander. Selon le site d’information Axios, un entretien décisif entre l’envoyé spécial Steve Witkoff, le gendre du président Jared Kushner et le chef de la délégation du Hamas, Khalil al Hayya, s’est tenu en Égypte le 8 octobre.

Phil Gordon, ancien conseiller diplomatique de la vice-présidente Kamala Harris et expert à l’institution Brookings, reconnaît qu’il y a « des avantages à la volonté de Trump de faire les choses différemment, comme parler directement au Hamas et contourner Netanyahu pour considérer un consensus partiel du mouvement islamiste comme un « oui », même si le groupe n’a pas accepté le plan dans son intégralité ». Il souligne que Trump bénéficie d’un contrôle important sur son parti et sur l’opinion publique américaine, ce qui lui permet de prendre des initiatives que d’autres dirigeants, comme l’ancien président Joe Biden, n’auraient pas pu envisager. Gordon met toutefois en garde contre une surestimation de « la volonté du Hamas de désarmer et celle des pays arabes de fournir des forces de sécurité ».

Ce succès américain ne doit pas faire oublier les huit premiers mois du second mandat de Trump, durant lesquels il avait affiché un soutien sans réserve aux actions militaires israéliennes à Gaza. Il avait alors esquissé un scénario politique radical, envisageant une transformation de Gaza en une sorte de Riviera et une expulsion de la population palestinienne vers les pays arabes voisins, une perspective rejetée par ces derniers. Washington a mis plusieurs mois à revoir son approche.

Le bombardement américain de trois sites nucléaires iraniens en juin a modifié la donne en faveur d’Israël, affaiblissant le régime de Téhéran et mettant fin aux menaces existentielles qui pesaient sur l’État hébreu. Il restait alors à mettre un terme à la guerre à Gaza. La Maison Blanche a su tirer parti de deux circonstances favorables : une initiative diplomatique menée par l’Arabie saoudite et la France en faveur de la reconnaissance de la Palestine, que l’administration Trump a rejetée sans l’empêcher, et un échec, celui de l’attaque israélienne du 9 septembre contre les dirigeants du Hamas à Doha, perçue comme une démonstration d’arrogance et une source de déstabilisation régionale.

Les États-Unis ont alors reçu un message clair : les accords d’Abraham – le processus de normalisation entre les pays arabes et Israël – seraient en danger si Washington ne ramenait pas son allié à la raison. Netanyahu a été contraint de s’excuser auprès du Qatar lors de sa visite à la Maison Blanche, mais a été récompensé par un échange de faveurs typique de Trump, qui a salué son courage devant le knesset, le parlement israélien, et a demandé une grâce présidentielle pour le protéger de ses problèmes juridiques. C’est ainsi que s’est achevé, selon le milliardaire, un « sprint final » lancé trois semaines plus tôt en marge de l’assemblée générale des Nations Unies. L’adjectif « final » témoigne de l’impatience de Trump, alors que tous les acteurs prévoient un effort de longue haleine.

fdl

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