Au tribunal de Mochudi, le témoignage poignant de Junior Malibela révèle les détails de l’agression sexuelle d’une mineure par le pasteur Goitsekgosi Mojadigo. Alors que Netflix dramatise la figure du témoin dans sa nouvelle série, la réalité judiciaire de ce procès au Botswana souligne la violence brute de l’acte de témoigner.
Les révélations de Junior Malibela devant le tribunal de Mochudi
L’atmosphère était pesante lors de la comparution devant la magistrate principale Queen Moanga. Junior Malibela, âgé de 18 ans, a livré un récit qui a profondément marqué l’audience. Selon les détails rapportés par Mmegi Online, le témoin a décrit comment le pasteur Goitsekgosi Mojadigo, de la Divine Anointing International Church, utilisait sa position d’autorité pour abuser d’une jeune fille de 13 ans.
Malibela, qui résidait dans la même maison que la victime à Donga, a affirmé avoir vu ces actes de ses propres yeux. Le témoin a décrit des gestes inappropriés, précisant que l’accusé caressait les seins, les cuisses et le ventre de l’enfant. Il a même révélé que le pasteur utilisait un surnom, Spoonokie, pour s’adresser à elle.
« J’ai été surpris qu’un pasteur puisse toucher une enfant de 13 ans de la sorte. »
Junior Malibela, via Mmegi Online
Le témoignage est devenu particulièrement explicite lorsque Malibela a décrit un incident où l’accusé aurait envoyé la mère de la victime faire des courses pour se retrouver seul avec l’enfant. Il a notamment mentionné l’usage de vaseline pour contraindre la jeune fille à lui pratiquer un massage dans une pièce fermée.
Un bras de fer juridique sur la multiplication des charges
Le dossier judiciaire est d’une complexité croissante. Goitsekgosi Mojadigo, qui purge déjà une peine de 20 ans pour un autre viol, fait face à des accusations de viol et de défilé, ainsi qu’à des soupçons d’avoir mis enceinte une adolescente de 16 ans. Comme l’indique DailyNews, les crimes auraient été commis entre le 1er janvier et le 5 mai de l’année dernière, à Morwa et à Donga.

La défense, représentée par Me Olehile Manchwe, conteste la stratégie de l’accusation. L’avocat soutient que la multiplication des chefs d’accusation est une tentative de la part de l’État de créer de multiples opportunités de condamnation, ce qui porterait préjudice à son client. Cette stratégie de la Direction des poursuites publiques (DPP), dirigée par Mme Seeletso Ookeditse, prévoit d’appeler un total de 17 témoins.
- Dates de procès fixées : 7 et 8 juillet, ainsi que le 12 août de cette année.
- Lieu : Tribunal de magistrat de Mochudi.
- Statut de l’accusé : En détention, après la révocation de sa caution pour communication avec des témoins.
La figure du témoin : entre traumatisme réel et mise en scène médiatique
Cette affaire judiciaire rappelle, par sa charge émotionnelle, la manière dont la figure du témoin est utilisée dans la culture populaire pour explorer la tragédie humaine. Sur Netflix, la nouvelle série en trois épisodes intitulée The Witness explore ce thème à travers le prisme d’une histoire vraie survenue au Royaume-Uni.
La série retrace l’impact du meurtre de Rachel Nickell en 1992 sur son fils Alex, alors âgé de trois ans, l’unique témoin de l’attaque sur Wimbledon Common. Contrairement au témoignage de Malibela, qui est une confrontation directe avec la réalité criminelle actuelle, la série se concentre sur les conséquences psychologiques et la pression médiatique subie par une famille brisée.

« Notre vie a été un combat. »
Alex et André Hanscombe, via Netflix
L’analyse de The Guardian souligne que ce type de récit met en lumière la difficulté de protéger un enfant dont le cerveau est le seul dépositaire de la vérité. Que ce soit dans le cadre d’une dramatisation télévisuelle ou dans l’enceinte d’un tribunal de Mochudi, le rôle du témoin reste une expérience de vulnérabilité extrême.
Alors que le procès de Mojadigo reprendra en juillet, l’opinion publique restera attentive à la manière dont la justice traitera ces témoignages de mineurs, là où la fiction et la réalité se rejoignent sur un point essentiel : la quête de vérité est souvent un chemin de souffrance.
