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Performance économique de l’Asie du Sud-Est en 2024 et perspectives pour 2025 : faire face aux risques croissants

Publié le 6 janvier 2025. Après une période de reprise post-pandémie, l'Asie du Sud-Est se trouve à la croisée des chemins, confrontée à des vents contraires économiques et géopolitiques qui pourraient freiner sa croissance future. La région devrait…

Performance économique de l’Asie du Sud-Est en 2024 et perspectives pour 2025 : faire face aux risques croissants

Publié le 6 janvier 2025. Après une période de reprise post-pandémie, l’Asie du Sud-Est se trouve à la croisée des chemins, confrontée à des vents contraires économiques et géopolitiques qui pourraient freiner sa croissance future.

  • La région devrait connaître une croissance de 4,5 % en 2024 et de 4,7 % en 2025, avec des disparités notables entre les pays.
  • La reprise économique est soutenue par une forte demande intérieure et extérieure, ainsi que par le rebond du tourisme.
  • Les tensions géopolitiques croissantes, notamment entre les États-Unis et la Chine, représentent un risque majeur pour la prospérité de la région.

L’Asie du Sud-Est montre des signes encourageants de redressement économique après les années difficiles de la pandémie de COVID-19. Selon le rapport Perspectives de septembre 2024 de la Banque asiatique de développement (BAD), la croissance régionale devrait atteindre 4,5 % en 2024 et 4,7 % en 2025. Les Philippines, le Vietnam et le Cambodge affichent les taux de croissance les plus dynamiques. L’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande et les Philippines ont retrouvé leurs niveaux de croissance d’avant 2019, tandis que les pays les plus pauvres de l’ASEAN – le Cambodge, le Laos et le Myanmar (CLM) – semblent évoluer vers une croissance plus modérée.

Cette performance positive est principalement due à la résilience de la demande intérieure et extérieure, qui stimule la consommation, les investissements et les exportations. La BAD prévoit une expansion continue de la consommation privée dans les principaux marchés d’Asie du Sud-Est, notamment en Indonésie, aux Philippines, au Vietnam et en Malaisie, grâce à une reprise des dépenses de détail en biens durables. La stabilité des prix et le retour du tourisme contribuent également à renforcer la confiance des consommateurs.

Les exportations de marchandises ont également rebondi en 2024, portées par une nouvelle demande des grandes économies, en particulier des États-Unis, pour les produits électroniques et autres biens manufacturés. Le secteur de l’électronique et des semi-conducteurs, stimulé par la demande mondiale croissante de puces d’intelligence artificielle (IA), a connu un regain d’activité, dopant ainsi les performances globales de la fabrication. Cette tendance devrait profiter aux exportateurs de haute technologie de la région.

Le tourisme est en plein essor, avec certains pays comme le Vietnam qui dépassent déjà leurs niveaux d’avant la pandémie. Le secteur devrait retrouver sa pleine vigueur dans la plupart des pays avec le retour des touristes chinois sur des marchés clés tels que la Malaisie, Singapour et la Thaïlande.

Cependant, malgré ces perspectives encourageantes, les risques et les incertitudes qui pèsent sur les économies régionales et mondiales sont en augmentation. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que la montée des tensions entre les États-Unis et la Chine, constituent des sources d’instabilité majeures. Plus que les conflits armés, c’est la guerre commerciale et technologique sino-américaine qui a le plus grand impact indirect sur l’Asie du Sud-Est (voir Figures 1 et 2). Jusqu’à présent, le Vietnam, la Thaïlande et la Malaisie ont réussi à attirer des investissements directs étrangers (IDE) liés à la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement dans les secteurs de moyenne et haute technologie, tels que l’électronique et les machines électriques.

Une nouvelle escalade des tensions géopolitiques pourrait compromettre ces acquis en affectant les politiques commerciales, les alliances sécuritaires et la stabilité régionale. Les menaces du nouveau président américain, Donald J. Trump, d’imposer de nouveaux droits de douane sur la Chine et d’autres partenaires commerciaux pourraient aggraver la situation et entraîner une bifurcation des chaînes d’approvisionnement, avec des pertes d’efficacité, une augmentation des coûts pour les consommateurs et les producteurs, et un ralentissement de la croissance (Figure 1). Une guerre commerciale totale (Figure 2) pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le commerce et la croissance mondiaux, mettant en péril les perspectives positives à court terme de la région.

« Bien que les pays d’Asie du Sud-Est puissent faire beaucoup pour atténuer les impacts projetés des changements climatiques, technologiques et démographiques, cela n’est pas vrai pour les retombées de l’escalade du conflit entre les États-Unis et la Chine. »

D’autres risques à court et à long terme se sont intensifiés en 2024 et pourraient affecter les perspectives économiques en 2025 et au-delà. Si les niveaux de dette publique régionale se sont généralement stabilisés (à l’exception du Laos) après l’augmentation des dépenses liées à la pandémie, la dette privée, en particulier celle des ménages, a considérablement augmenté. Par exemple, la dette des ménages en pourcentage du PIB dépasse 80 % en Malaisie et en Thaïlande (voir document).

De plus, l’Asie du Sud-Est est confrontée à des risques croissants liés aux catastrophes naturelles et aux phénomènes météorologiques extrêmes, qui pourraient réduire le PIB jusqu’à un tiers d’ici 2050 (voir document). Les pays CLM, les plus pauvres, seront particulièrement touchés en raison de leur manque de préparation et de leur forte dépendance aux activités sensibles au climat, telles que l’agriculture et la pêche.

La transformation technologique rapide, notamment la numérisation et l’IA, entraînera des gains de productivité et créera des emplois bien rémunérés à long terme, mais elle aura également des coûts d’ajustement à court terme, notamment en raison du déplacement de travailleurs peu qualifiés. Les estimations varient, mais jusqu’à la moitié des emplois peu qualifiés pourraient être menacés (voir étude). Il sera nécessaire de requalifier la main-d’œuvre et de réduire les inégalités en matière de compétences technologiques pour atténuer les coûts à court terme et la montée des inégalités, tant au sein des pays qu’entre eux.

Par ailleurs, les pays d’Asie du Sud-Est vieillissent, mais à des rythmes différents. La population en âge de travailler des pays CLM n’a pas encore atteint son maximum, tandis que celle des autres États membres de l’ASEAN est en déclin (Figure 3). Ces tendances démographiques divergentes présentent des défis et des opportunités liés à l’augmentation et à la diminution de la main-d’œuvre. La libéralisation de la mobilité transfrontalière de la main-d’œuvre permettrait aux travailleurs des pays les plus pauvres de trouver un emploi dans les pays où la main-d’œuvre diminue, soutenant ainsi la croissance dans les deux régions. Cependant, il faudra surmonter les sensibilités politiques liées à la libéralisation de ces flux dans une région aussi diversifiée.

Source: McKibbin, Hogan et Noland (2024)
Source: McKibbin, Hogan et Noland (2024)
Source: Itakura, (2022)

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.