Publié le 4 octobre 2023 par Aude Mackau, Allociné. Avant de devenir une star du cinéma français, Gérard Lanvin a vécu une expérience singulière sur les planches du Splendid, en tant que remplaçant improvisé de Thierry Lhermitte. Retour sur un épisode méconnu, marqué par le trac et une ambiance particulière.
Gérard Lanvin a accepté de dépanner son ami Thierry Lhermitte au sein de la célèbre troupe du Splendid, à la fin des années 1970. Lhermitte, alors en préparation de l’adaptation cinématographique de leur pièce Amour, coquillages et crustacés (qui deviendra Les Bronzés réalisé par Patrice Leconte), avait besoin de prendre du soleil pour incarner son personnage de prof de sport. Il s’était donc envolé pour le Sénégal, laissant un vide sur scène.
« Thierry Lhermitte jouait le prof de sport. Contrairement aux autres acteurs qui jouaient les clients, qui pouvaient arriver évidemment pâlots, Thierry avait besoin d’un peu de crédibilité, c’est-à-dire d’être bronzé. Il a dit à ses potes : ‘Je vais être obligé de partir une quinzaine de jours avant.’ Sauf qu’il jouait évidemment le spectacle Amour, coquillages et crustacés, qui est devenu Les Bronzés. Il m’a demandé, parce qu’on était potes : ‘Tu ne peux pas me remplacer ? Parce que je dois partir au Sénégal, etc…’ », a raconté Gérard Lanvin à AlloCiné.
L’acceptation de Lanvin ne s’est pourtant pas faite sans heurts. Malgré sa familiarité avec l’univers du café-théâtre, où il jouait avec sa propre troupe, il a été confronté à une atmosphère tendue. Les autres membres du Splendid, irrités par le départ anticipé de Lhermitte, n’ont pas caché leur mécontentement.
« Les autres faisaient la gueule à Thierry parce qu’il était parti dix jours avant et qu’eux étaient obligés de rester dans leur café-théâtre à jouer ça avec moi. Mais ils ne faisaient pas la gueule parce que c’était moi, ils faisaient la gueule parce qu’il était parti. »
Gérard Lanvin
L’intégration de Lanvin a été d’autant plus compliquée qu’aucun des comédiens ne souhaitait répéter avec lui. Il a finalement pu compter sur l’aide de son colocataire de l’époque, Coluche, pour se préparer : « Et personne n’a voulu répéter avec moi. Donc, je me suis appuyé sur Coluche, puisqu’on habitait ensemble. Il m’a fait répéter le rôle. »
Malgré ce manque de répétitions, Gérard Lanvin a assuré une unique représentation. Une expérience intimidante, marquée par le trac : « Donc, le problème, si vous voulez, c’est que tout d’un coup, vous rentrez dans une équipe qui attend de voir ce que vous allez faire à la place de Thierry. Et donc quand même, vous avez un peu le trac, c’est normal. Il faut avoir du doute, c’est notre ligne de flottaison, je l’ai. Mais le trac, c’est très désagréable. »
Il garde néanmoins un souvenir positif de cette époque, où les jeunes artistes construisaient leurs propres lieux de jeu, allant jusqu’à « voler des clous au BHV ensemble » pour aménager leurs théâtres.
Thierry Lhermitte est finalement revenu deux jours après le passage de Lanvin, inquiet de voir un remplaçant potentiellement capable de le suppléer. « Thierry est revenu, deux jours après. Il m’a dit : ‘Je vais revenir parce que…’ J’ai cru comprendre qu’il s’inquiétait peut-être d’avoir un remplaçant qui était peut-être suffisant pour assurer la relève dans la pièce. Il a compris que les autres faisaient la gueule, il est revenu. »
Malgré cette situation, aucune rivalité ne s’est installée entre les deux hommes. Gérard Lanvin témoigne d’une grande affection pour Lhermitte : « Moi, j’aime beaucoup Thierry parce que c’est quelqu’un, par rapport à plein d’acteurs, qui n’en a rien à faire. Il fait ça pour s’amuser, et il a toujours cette naïveté. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. »
La saga Les Bronzés est disponible en VOD.