Home AffairesPerte de forêt tropicale : les entreprises européennes encouragent-elles la déforestation ?

Perte de forêt tropicale : les entreprises européennes encouragent-elles la déforestation ?

by Amélie Bernard

Publié le 2025-10-14 00:35:00. La lutte contre la déforestation mondiale est compromise, selon un nouveau rapport alarmant, alors que l’Union européenne reporte l’entrée en vigueur d’une réglementation clé destinée à limiter l’importation de produits liés à la destruction des forêts tropicales.

  • Un rapport révèle que la déforestation mondiale est loin d’être maîtrisée, avec environ 8,1 millions d’hectares de forêts perdues en 2024, soit l’équivalent de la superficie de l’Autriche.
  • La nouvelle réglementation européenne sur la déforestation (EUDR), initialement prévue pour 2023, est de nouveau reportée en raison de difficultés techniques et de pressions de certains secteurs.
  • Des associations environnementales craignent que ces retards compromettent l’objectif de stopper la déforestation d’ici 2030 et accusent les lobbies de vouloir affaiblir la réglementation.

La déforestation continue à un rythme inquiétant, malgré l’engagement de 145 pays en 2021 à inverser cette tendance d’ici 2030. Selon l’évaluation récente de la « Déclaration forestière 2025 », environ 8,1 millions d’hectares de forêts ont disparu en 2024 seulement. Cette perte massive a des conséquences désastreuses sur la biodiversité, le stockage du carbone et les populations locales.

L’Union européenne tente de jouer un rôle dans la lutte contre la déforestation en adoptant une nouvelle réglementation, l’EUDR (Entwaldungsverordnung EUDR), en juin 2023. Cette loi vise à interdire l’importation de produits tels que le bois, l’huile de palme, le soja, le cacao, le café, le caoutchouc, la viande bovine et leurs dérivés si leur production est liée à la déforestation après le 31 décembre 2020. Les entreprises importatrices devront notamment fournir les coordonnées géographiques des zones de production pour garantir la traçabilité.

Cependant, la mise en œuvre de cette réglementation est retardée. La Commission européenne propose désormais un nouveau report d’un an, invoquant une surcharge du système informatique nécessaire à son application. Cette décision suscite de vives critiques de la part des organisations environnementales.

Alois Rainer, ministre allemand de l’Agriculture (CSU), se félicite de ce report, estimant que la réglementation est excessivement bureaucratique et qu’elle pénaliserait les agriculteurs et les importateurs. Volker Treier, responsable du commerce extérieur à la Chambre de commerce et d’industrie allemande (DIHK), partage ce point de vue, qualifiant la réglementation de « ni pratique ni juridiquement sûre » et craignant des exigences excessives pour les petites et moyennes entreprises.

Les associations environnementales, telles que le WWF et FERN, mettent en garde contre les conséquences de ces retards. Elles soulignent que chaque report augmente le risque de déforestation et compromet l’atteinte de l’objectif de 2030. Selon le WWF, un report supplémentaire d’un an entraînerait la perte de plus de 30 millions d’arbres.

« Chaque fois qu’une telle réglementation est rouverte, le risque est grand que les lobbyistes profitent de ce moment pour édulcorer encore davantage la réglementation. »

Elisabeth Hoch, Co-auteure de la Déclaration forestière Bilan 2025

L’impact de la consommation européenne sur la déforestation est significatif. Les importations de l’UE sont associées à la destruction d’environ 190 000 hectares de forêt chaque année, soit l’équivalent d’un tiers de la superficie de la Forêt-Noire. L’Allemagne est le deuxième pays de l’UE responsable de la déforestation causée par les marchandises importées, après les Pays-Bas.

Les experts soulignent que la déforestation est un problème complexe, lié à la production de produits de base tels que l’huile de palme, le cacao et la viande bovine. La culture de ces produits en Amérique du Sud, en Asie du Sud-Est et en Afrique conduit souvent au défrichage de vastes étendues de forêts tropicales pour créer de nouvelles terres agricoles.

Malgré les obstacles, Elisabeth Hoch reste prudemment optimiste : « Je voudrais croire qu’il y a encore une chance que la réglementation ne soit pas reportée », a-t-elle déclaré lors de la présentation du rapport.

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