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Peter Whybrow Néquation | Psychiatrie

by Sophie Martin

Publié le 8 octobre 2025 à 15h30. Le neuropsychiatre Peter Whybrow, figure marquante dans la compréhension et le traitement des troubles bipolaires, est décédé à l’âge de 86 ans. Son approche novatrice, combinant hormones thyroïdiennes et lithium, a révolutionné la prise en charge des patients souffrant de formes sévères de cette maladie.

  • Le Dr. Whybrow a développé une thérapie combinant thyroxine et lithium, particulièrement efficace pour stabiliser les patients bipolaires présentant des cycles rapides.
  • Ses recherches ont mis en évidence un lien étroit entre l’axe thyroïdien, les hormones sexuelles et la susceptibilité aux troubles de l’humeur, notamment chez les femmes.
  • Il a été un pionnier dans l’intégration des neurosciences, de la génétique et des sciences du comportement dans le traitement des maladies mentales.

Peter Whybrow s’est intéressé très tôt aux liens entre les fonctions physiologiques et la santé mentale. Son parcours a débuté dans les années 1980, lorsqu’il a été confronté à un cas clinique particulièrement complexe : un médecin de 41 ans, dont la thyroïde avait été partiellement retirée dix ans auparavant, a développé un comportement erratique, des épisodes de dépression profonde alternant avec des phases maniaques intenses. Les traitements conventionnels à base de lithium se sont avérés inefficaces, voire aggravants.

En collaboration avec son collègue Marc Bauer, le Dr. Whybrow a eu l’intuition que le problème pouvait être lié à un déséquilibre thyroïdien. Il a donc décidé d’ajouter de la thyroxine (l’hormone produite par la glande thyroïde, qui régule le métabolisme énergétique du corps) au traitement par lithium. L’amélioration a été spectaculaire et immédiate : les cycles rapides ont cessé et le patient a retrouvé une stabilité durable.

Cette découverte a ouvert la voie à de nouvelles perspectives thérapeutiques pour les patients bipolaires souffrant de cyclothymie et d’autres formes graves de la maladie. Le Dr. Whybrow a constaté que de nombreux patients, en particulier les femmes pré-ménopausées, présentaient des interactions hormonales œstrogène-thyroïde perturbées, favorisant l’instabilité de l’humeur. Il a démontré que l’administration de fortes doses de thyroxine permettait d’améliorer significativement l’état de près de 75 % de ces patientes.

Né à Hatfield, dans le Hertfordshire, en 1939, Peter Whybrow était le fils de Doris Abbott et de Charles Whybrow, un oboïste talentueux contraint d’abandonner sa passion après avoir perdu l’usage de ses lèvres pendant la Seconde Guerre mondiale. Témoin des difficultés de son père à surmonter les traumatismes de la guerre, il s’est naturellement orienté vers une carrière médicale.

Après des études de médecine à l’University College de Londres, il s’est spécialisé en chirurgie et a étudié le carcinome thyroïdien. Il a rapidement constaté que l’ablation de la thyroïde, suivie d’un traitement à l’iode radioactif, pouvait entraîner des troubles de l’humeur et des déficits cognitifs chez les patients, en raison d’une carence en thyroxine. Cette observation a suscité son intérêt pour l’axe cerveau-thyroïde et les mécanismes complexes qui régissent l’équilibre émotionnel.

Dès 1962, alors qu’il était encore étudiant, il publiait ses premières recherches sur les effets psychédéliques du peyotl, un cactus utilisé dans les rituels amérindiens. Il soulignait l’importance de prendre en compte les croyances et le contexte culturel dans l’étude des médicaments et des pratiques thérapeutiques. Il a ensuite développé une approche intégrative de la psychiatrie, combinant les données de la recherche médicale fondamentale avec les connaissances issues des sciences sociales et de l’anthropologie. Centre d’Eudaimonia et d’épanouissement humain à l’Université d’Oxford, qu’il a contribué à fonder en 2020.

Au cours de sa carrière, le Dr. Whybrow a occupé des postes de direction prestigieux dans plusieurs universités américaines, notamment à la Dartmouth Medical School, à l’Université de Pennsylvanie et à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). Il a dirigé le Semel Institute for Neuroscience and Human Behavior et le Resnick Neuropsychiatric Hospital, contribuant à en faire l’un des principaux centres mondiaux de recherche et de traitement en psychiatrie.

Il a également publié de nombreux articles scientifiques et ouvrages de vulgarisation, dont A Mood Apart: A Thinker’s Guide to Emotion and Its Disorder (1997), American Mania: When More Is Not Enough (2005) et The Well-Tuned Brain: Neuroscience and the Life Well Lived (2015). Ces livres explorent les liens entre les neurosciences, la culture et le bien-être émotionnel.

Peter Whybrow a été marié à Ruth Steele, qu’il a épousée en 1962, puis à Eva Redei. Il a ensuite partagé la vie de Nancy Main, décédée en 2017. Il laisse dans le deuil ses filles Kate et Helen, ses quatre petits-enfants, Chase, Gavin, Willa et Wren, ainsi que son frère John.

Peter Charles Whybrow, neuropsychiatre, né le 13 juin 1939 ; décédé le 25 août 2025.

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