Publié le 4 novembre 2024. Le président colombien Gustavo Petro a multiplié les voyages à l’étranger depuis son accession au pouvoir, accumulant un bilan de déplacements et de dépenses qui suscite des interrogations, notamment au regard des difficultés économiques actuelles du pays.
- Entre août 2022 et octobre 2024, Gustavo Petro a effectué 40 voyages internationaux, pour un coût total dépassant les 7,87 milliards de pesos colombiens (environ 1,96 million de dollars américains par voyage).
- En 2024, le président a passé 37 jours hors de Colombie, répartis sur 14 tournées internationales, avec des dépenses de transport aérien, d’hébergement et de nourriture s’élevant à plus de 3,185 millions de dollars.
- Cette cadence de voyages dépasse celle de son prédécesseur, Iván Duque, et s’inscrit dans une approche diplomatique privilégiant les rencontres bilatérales en Amérique latine, en Afrique et au Moyen-Orient, avec une forte dimension politique et idéologique.
Le président Gustavo Petro est revenu d’une tournée diplomatique au Moyen-Orient, marquée par des rencontres avec le prince saoudien Mohammed Ben Salman, ainsi que les dirigeants du Qatar et de l’Égypte. Cette semaine chargée à l’international s’inscrit dans une dynamique de voyages particulièrement intense depuis le début de son mandat.
Selon les données du Département administratif de la Présidence (Dapre), le président Petro a visité 25 pays et passé 127 jours hors de Colombie depuis août 2022. Ce rythme éclipse celui de son prédécesseur, Iván Duque, qui avait effectué 25 voyages à l’étranger sur une période comparable, une période toutefois marquée par la pandémie de COVID-19. La différence ne réside pas seulement dans le nombre de déplacements, mais aussi dans leur nature : Duque privilégiait les forums multilatéraux et les questions économiques, tandis que Petro se concentre sur les relations bilatérales, notamment avec des pays d’Amérique latine, d’Afrique et du Moyen-Orient, en mettant l’accent sur des enjeux politiques et idéologiques.
Les destinations les plus fréquentes de Gustavo Petro sont le Venezuela, le Brésil et le Mexique, des pays avec lesquels il entretient des affinités politiques, ainsi que les États-Unis, où il a participé à des événements internationaux tels que l’Assemblée générale des Nations Unies. Plus récemment, il s’est rendu en Europe, en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, dans le cadre d’une stratégie visant à « diversifier les alliances » et à « rompre la dépendance à l’égard du Nord ». Cette politique de voyages a suscité des critiques, d’autant plus que le gouvernement colombien est confronté à des restrictions budgétaires.
En 2024, alors que l’exécutif a échoué à faire adopter une nouvelle réforme fiscale visant à collecter 9,8 milliards de dollars, le président Petro a annoncé un plan d’austérité des dépenses, censé inclure une rationalisation des voyages officiels. Cette promesse contraste avec l’agenda international chargé du président et les nouveaux voyages déjà prévus pour 2025. Selon la presse, plus de 30 voyages internationaux sont déjà programmés pour l’année prochaine, ce qui porterait le total des déplacements de Gustavo Petro à environ 73 depuis le début de son mandat.
La tournée actuelle au Moyen-Orient, avec des étapes en Arabie saoudite, en Égypte et au Qatar, illustre cette dynamique. Le Qatar, en particulier, a joué un rôle important dans la politique colombienne récente en accueillant les pourparlers exploratoires entre le gouvernement et le clan du Golfe, en tant que médiateur diplomatique. Lors de ce voyage, le président Petro a également inauguré deux nouvelles ambassades, à Riyad et à Doha.
L’inauguration de l’ambassade en Arabie saoudite a notamment suscité des interrogations en raison du luxe apparent des installations, visible sur les photographies publiées par le président sur son compte X. Le nouveau siège diplomatique est équipé d’une piscine intérieure et de mannequins présentant des costumes traditionnels colombiens.
Parallèlement à ses déplacements, le président Petro a considérablement augmenté son activité sur les réseaux sociaux. Depuis le 26 octobre, il a multiplié ses publications, atteignant 75 messages en une seule journée, le 28 octobre. Ses voyages, ses rencontres avec d’autres dirigeants et ses prises de position, comme sa proposition de « médiation pour désamorcer le conflit avec Trump » et son affirmation selon laquelle « Nous sommes le gouvernement le plus performant au monde en matière de saisie de cocaïne », sont largement commentés sur les réseaux sociaux.
Avec encore 280 jours à passer à la présidence, la question du nombre de voyages et de publications à venir reste ouverte. L’opposition s’interroge sur l’impact réel de cette diplomatie active et sur son coût pour le pays. Lire aussi : L’envers du décor des ambitions de Petro en tant que « leader mondial » : 5 échecs.