Publié le 20 décembre 2025 à 18h54. Des milliers de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein ont été rendus publics, révélant des liens avec des personnalités politiques, économiques et artistiques, mais suscitant la controverse quant à l’étendue réelle de la divulgation.
- Près de 4 000 documents, dont de nombreuses photos censurées, ont été publiés par le ministère américain de la Justice.
- L’opposition démocrate accuse l’administration américaine de chercher à protéger Donald Trump, dont la proximité avec Epstein est déjà connue.
- Les documents révèlent des noms tels que Bill Clinton, Michael Jackson, et des références à Jean-Luc Brunel, un agent de mannequins français impliqué dans l’affaire.
Le ministère américain de la Justice a rendu publique une partie des dossiers liés à Jeffrey Epstein, un financier décédé en 2019 et reconnu coupable d’exploitation sexuelle de mineures. Cette publication, ordonnée par une loi adoptée en novembre dernier par le Congrès américain, intervient après des années de pressions pour une transparence totale sur cette affaire qui a secoué les États-Unis.
La divulgation de ces documents, qui s’élève à près de 4 000 éléments, inclut des photos, des listes de contacts et des échanges qui ont été en grande partie expurgés pour protéger l’identité des victimes. Parmi les images diffusées, on trouve des clichés de personnalités connues, souvent accompagnées de personnes anonymisées, ainsi que des documents liés à l’enquête sur Ghislaine Maxwell, complice d’Epstein et condamnée à 20 ans de prison en 2022 pour exploitation sexuelle.
Un document du FBI datant de 1996 confirme que les autorités américaines avaient été alertées dès cette époque sur les agissements de Jeffrey Epstein. Maria Farmer, une artiste ayant travaillé pour le financier, y accuse Epstein d’avoir volé et revendu des photos personnelles de ses sœurs, âgées de 12 et 16 ans, et de l’avoir menacée si elle en parlait. Elle l’accusait également de lui avoir demandé de photographier de jeunes filles dans des piscines.
L’affaire prend une dimension internationale avec la mention de Jean-Luc Brunel, un agent de mannequins français accusé de violences sexuelles par Virginia Giuffre, l’une des victimes d’Epstein. Brunel a été retrouvé mort dans sa cellule parisienne en 2022, avant de pouvoir être jugé. Un annuaire retrouvé dans les dossiers contient également les noms d’Alec Baldwin, Dustin Hoffman, de membres de la famille Kennedy et du magnat des médias Rupert Murdoch, ainsi que celui de Donald Trump, entouré à la main.
L’ancien président américain Bill Clinton apparaît à plusieurs reprises dans les documents, notamment sur une photo le montrant dans un jacuzzi avec une personne dont l’identité a été masquée. Le ministère de la Justice a affirmé qu’il s’agissait d’une victime. CNN rapporte également une image de Clinton à Londres avec son ancien conseiller Doug Band et l’acteur Kevin Spacey, visé par des accusations de violences sexuelles.
La publication de ces documents a suscité des réactions mitigées aux États-Unis. Ro Khanna, un élu démocrate à l’origine de la loi obligeant à la divulgation, a regretté que le ministère n’ait pas respecté les exigences de la loi, notamment en omettant de publier l’acte d’accusation initial contre Epstein. La BBC souligne que le chef des sénateurs démocrates, Chuck Schumer, a accusé l’administration de chercher à dissimuler la vérité pour protéger Donald Trump.
Le ministère de la Justice a justifié la censure de certains documents par la nécessité de protéger l’anonymat des victimes, mais cette explication n’a pas satisfait toutes les parties prenantes. Des victimes ont exprimé leur frustration face à l’opacité persistante de l’affaire.
« Ils confirment tout ce que nous disions depuis le début concernant la corruption et les retards de la justice. Que protègent-ils ? La dissimulation continue. »
Jess Michaels, victime
Le ministère de la Justice a annoncé que la publication des « Epstein Files » se poursuivra dans les semaines à venir, avec la diffusion de plusieurs centaines de milliers d’autres documents. Une loi adoptée en novembre imposait au gouvernement américain de publier l’intégralité des documents non classifiés d’ici au 19 décembre, mais le processus s’avère plus long que prévu.