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Piscine Molitor devient un hôtel de luxe

Inaugurée en 1929 à deux pas de Roland-Garros, la piscine Molitor à Paris a traversé un siècle marqué par le chic Art déco, un quart de siècle de squat clandestin par des…

Piscine Molitor devient un hôtel de luxe

Inaugurée en 1929 à deux pas de Roland-Garros, la piscine Molitor à Paris a traversé un siècle marqué par le chic Art déco, un quart de siècle de squat clandestin par des graffeurs européens, et une réouverture en mai 2014 sous forme d’un hôtel de luxe doté de 124 chambres.

L’histoire de ce bâtiment parisien emblématique ressemble à un roman d’aventures urbaines. Le chantier initial a démarré après qu’Antoine Belverge a obtenu un bail de la Ville de Paris en 1929 pour ériger un complexe sur une surface de 5 300 mètres carrés. L’architecte Lucien Pollet a imaginé un imposant vaisseau de béton comprenant deux bassins distincts : un grand bassin extérieur de 50 mètres et un bassin intérieur de 33 mètres abrité sous une verrière lumineuse. L’inauguration de ce lieu de vie s’est déroulée en présence de champions olympiques de renom, parmi lesquels le nageur et futur interprète de Tarzan au cinéma, Johnny Weissmuller.

Le laboratoire des tendances et le berceau du bikini

Pendant six décennies, l’établissement s’est imposé comme l’adresse nautique la plus courue de la capitale française. Ses cabines colorées et son atmosphère avant-gardiste ont attiré le gotha parisien, tout en servant de décor régulier à des tournages cinématographiques et à des présentations de mode. C’est précisément dans ce cadre que le couturier Louis Réard a dévoilé, le 5 juillet 1946, une création minuscule qu’aucune mannequin professionnelle n’avait osé porter. Face au refus général, le créateur a dû engager une danseuse de cabaret pour présenter ce sous-vêtement révolutionnaire sur les bords du bassin, donnant officiellement naissance au bikini, selon les détails rapportés par le site d’information Letribunaldunet.

Mais l’usure du temps a fini par frapper l’infrastructure. En 1989, au terme du bail initial, le chlore avait rongé le béton armé pendant soixante ans et le système de filtration était totalement hors d’usage. Face à des coûts de rénovation jugés exorbitants, la Ville de Paris a refusé de renouveler l’accord, provoquant la fermeture immédiate et inopinée du site. Bien que l’établissement ait été inscrit aux monuments historiques dès l’année suivante, il est resté à l’abandon en plein cœur de la ville, attirant rapidement une population inattendue.

Vingt-cinq années de ruine, de tags et de fêtes clandestines

Loin des baigneurs en maillot de bain, le site déserté est devenu le terrain de jeu favori d’une vaste communauté artistique. Des graffeurs de toute l’Europe ont afflué pour investir les murs extérieurs, les grilles et les bassins désormais asséchés. Certains passionnés traversaient même le continent en train grâce au pass Interrail dans le seul but de laisser leur empreinte sur les parois de béton. La structure s’est ainsi transformée en une cathédrale clandestine de l’art urbain et un squat géant marqué par des pillages et des dégradations progressives. L’apogée de cette période underground s’est matérialisée le 14 avril 2001, lorsqu’un événement marquant a rassemblé les amateurs de musique électronique dans l’enceinte abandonnée.

Piscine Molitor devient un hôtel de luxe

Le collectif Heretik System y organise même une free party clandestine qui marque les esprits parisiens.

Letribunaldunet, reportage rétrospectif

Cette liberté sauvage a toutefois freiné pendant des années les ambitions institutionnelles. Dès 1997, le conseil de Paris avait validé un projet prévoyant la démolition partielle du complexe. Une association de défense du patrimoine a immédiatement saisi la justice, obtenant l’annulation de la délibération par le tribunal administratif en 2000 en raison d’un manque de transparence sur l’implication de promoteurs privés. Quatorze années de procédures judiciaires et de rebondissements se sont écoulées avant l’émergence d’une issue concrète.

La métamorphose en complexe hôtelier haut de gamme

Après trois années de travaux intensifs, les portes ont rouvert au public le 19 mai 2014 sous une forme radicalement transformée. L’ancien site thermal et squat est devenu le cœur d’un établissement hôtelier de grand standing proposant 124 chambres et suites, agencées autour du grand bassin extérieur à la manière des cabines d’un paquebot transatlantique.

Piscine Molitor devient un hôtel de luxe

La direction artistique de la structure, confiée à Sylvia Randazzo, a pris le parti de conserver la mémoire des décennies de vandalisme artistique. Plutôt que de décaper les murs, la direction a convié d’anciens graffeurs du site — parmi lesquels Jace, Kouka, Mademoiselle Maurice, Bradley Theodore et Shuck One — à peindre les nouvelles cabines. L’héritage de l’art urbain cohabite désormais avec le raffinement du design hôtelier. La marque MGallery Hotel Collection du groupe Accor gère aujourd’hui le complexe, qui fonctionne à la fois comme un hôtel, un restaurant, un bar, un espace spa et un lieu d’événements artistiques destiné à une clientèle locale et internationale.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.