Home DivertissementPoem of the week: Missing You by Miles Burrows | Poetry

Poem of the week: Missing You by Miles Burrows | Poetry

by Antoine Girard

Un poème récent de Miles Burrows, publié dans son recueil Slow Puncture, explore avec une ironie mordante les thèmes du vieillissement, de la perte d’identité et de la cruauté subtile des rapports sociaux. À travers une métaphore déconcertante, le poète interroge notre regard sur la fragilité et la déchéance.

Le poème, intitulé « Missing You », prend la forme d’une sorte de conseil de famille, où l’on débat du sort d’un proche très âgé, incarné de manière à la fois cruelle et comique par la lune elle-même. Dès les premiers vers, la question lancinante se pose : « Savais-tu que la lune était si vieille / qu’elle pourrait bien devoir être placée ? »

Burrows déploie une galerie de personnages et de situations absurdes. La lune-personne, sur scène imaginaire, accumule les impairs et les oublis. On lui reproche de « fouiller dans les chambres à coucher » ou encore d’avoir rangé des céréales soufflées au réfrigérateur. Ces détails anodins, relevés avec une impatience grandissante, symbolisent la perte de contrôle et la dégradation cognitive.

Le poète joue avec les contrastes entre la réalité scientifique et la perception humaine. Alors que la lune s’éloigne en réalité de la Terre, elle est ici perçue comme « s’approchant de plus en plus, comme le font les personnes âgées ». Des références incongrues à des domaines variés – l’art, la science, ou encore Encelade, une lune de Saturne où une journée dure plus longtemps qu’une année – viennent ponctuer le texte, soulignant le chaos mental du personnage.

L’œuvre de Burrows, qui a débuté sa carrière littéraire vers l’âge de 30 ans avec la publication de son premier recueil chez Cape, puis a exercé la médecine avant d’être reconnu pour son style plus subversif par Carcanet en 2017 avec Waiting for the Nightingale, se caractérise par un humour grinçant et une capacité à déconstruire les clichés. Son recueil Take us the Little Foxes (2021) a précédé Slow Puncture.

Le poème déconstruit les images romantiques traditionnelles de la lune, la transformant en un corps vieillissant, marqué par la tremblement des mains, la voix hésitante et le regard vide. Les similitudes frappantes – « Tes yeux sont comme deux catacombes / Et me font penser à des chambres meublées » – évoquent à la fois l’isolement et l’encombrement, la solitude et l’invisibilité.

Une allusion à la guerre civile espagnole, qui, selon le calendrier modifié d’Encelade, se déroulerait « ce soir », suggère une forme de conflit latent, une guerre menée par les proches contre la lune-personne, mais aussi contre leur propre mortalité. La dernière ligne, évoquant des « croyances abandonnées », renforce cette impression de désillusion et de perte de sens.

Malgré la noirceur ambiante, Burrows parvient à conserver une touche d’humour, notamment dans la référence au « travail de grand-père à Leeds », qui maintient un lien incongru avec la réalité de la lune-personne, fière de ses origines populaires. L’œuvre de Burrows, à la fois satirique et auto-dépréciative, témoigne d’un talent rare et singulier.

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