L’écrivaine, comédienne et traductrice Polina Panassenko a remporté le Prix littéraire Le Monde 2026 pour son roman À voix haute. Cette distinction couronne une œuvre intime et historique sur les silences familiaux hérités de l’époque stalinienne et des purges en URSS.
Le parcours littéraire de Polina Panassenko s’enrichit d’une nouvelle reconnaissance. L’autrice franco-russe a décroché le Prix littéraire « Le Monde » 2026 pour son livre À Voix haute. Le prix a été décerné, jeudi 3 septembre au soir, à l’hôtel de Massa, siège de la Société des gens de lettres, à Paris.
Un pèlerinage littéraire sur les traces des répressions soviétiques en URSS
Dans ce roman qui traverse trois décennies, l’autrice plonge dans le passé de la Russie, à l’époque du stalinisme et des purges, et explore les zones d’ombre de sa propre histoire familiale. La narratrice a vingt ans lorsqu’elle part à Moscou pour intégrer l’École du Théâtre national. C’est à cette occasion qu’elle retrouve son grand-père, mais comprend rapidement qu’une zone de silence entoure sa famille, révélant les silences de tout un pays.
Lorsqu’elle pose des questions sur le passé familial, son grand-père lui répond de manière énigmatique : plutôt que de raconter, il lui confie des objets – une photographie, un vêtement, une pièce de monnaie ayant appartenu à un ancêtre. Peu à peu, la jeune femme découvre que le grand-père de son grand-père a été victime de la machine répressive soviétique. Cette découverte devient le point de départ d’une enquête qui la conduit jusqu’à la Kolyma, dans l’Extrême-Orient russe, sur les traces de cet homme dont l’histoire a été effacée, à l’époque où il faut effacer tout ce qui est dangereux
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La continuité artistique d’une œuvre ancrée dans la double culture
Ce nouveau roman s’inscrit en tant que pendant symbolique et versant Est de Tenir sa langue, un premier roman remarquable et remarqué publié en 2022 aux éditions de L’Olivier. Ce livre initial racontait les déboires administratifs de l’autrice pour conserver la russité de son prénom en France et l’arrivée de sa famille à Saint-Etienne aux lendemains de la chute de l’Union soviétique. En 2022, elle publie son premier roman aux éditions de L’Olivier, qui explore des thèmes comme l’identité, l’exil, la langue, la mémoire et l’appartenance.
À travers ces écrits, l’écrivaine et comédienne franco-russe dissèque les complexités de la double culture, qu’elle compare au fait qu’elle ressemble parfois à ces palais des glaces qu’on trouve dans les fêtes foraines: un labyrinthe où chacun cherche son reflet face à des miroirs déformants. Elle travaille également comme traductrice du russe vers le français, notamment pour des œuvres théâtrales, ce qui nourrit cette attention minutieuse portée aux mots, aux gestes, aux peurs et aux frontières linguistiques.
Cartographie de la peur et transmission intergénérationnelle
L’ouvrage lauréat interroge la manière dont cette histoire collective continue de résonner intimement dans le corps, la vie, les gestes, les peurs et les mots des jeunes générations. Dans l’univers familial décrit, le silence n’est donc pas seulement une absence de mots : il devient une manière de vivre, un héritage invisible qui se transmet de génération en génération, car dans cette famille, on a appris à ne pas parler. À parler doucement. À se méfier. À ne pas poser certaines questions.

Cet héritage invisible façonne ce que l’autrice dessine comme une cartographie de la peur
: remonter à l’origine des silences, comprendre ce qui n’a pas été transmis, et saisir comment la peur de parler peut se transmettre. Le théâtre occupe une place essentielle dans la vie de la narratrice et dans son parcours, agissant comme un miroir de cette pratique pour découvrir ce que signifie véritablement parler, tandis que jouer, chercher, nommer et écrire deviennent autant de façons de résister à l’effacement.