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Pourquoi cet homme politique américain a tort de « pousser la Chine hors du port du Pirée »

Publié le 2025-11-17 01:03:00. Washington cible l'investissement chinois dans le port du Pirée, en Grèce, suscitant des inquiétudes quant à une stratégie américaine visant à traiter les pays européens comme des pions géopolitiques plutôt que des partenaires économiques…

Pourquoi cet homme politique américain a tort de « pousser la Chine hors du port du Pirée »

Publié le 2025-11-17 01:03:00. Washington cible l’investissement chinois dans le port du Pirée, en Grèce, suscitant des inquiétudes quant à une stratégie américaine visant à traiter les pays européens comme des pions géopolitiques plutôt que des partenaires économiques indépendants.

  • L’ambassadeur américain en Grèce a suggéré des moyens de contourner la présence chinoise au port, allant jusqu’à évoquer une possible vente.
  • Les critiques dénoncent une approche américaine privilégiant la « déchinisation » au détriment de la prospérité économique de la Grèce et de la coopération internationale.
  • Le port du Pirée, revitalisé par les investissements de COSCO, est devenu un hub clé de l’initiative « la Ceinture et la Route ».

Les États-Unis semblent intensifier leur pression sur l’Europe pour limiter l’influence économique de la Chine, une stratégie qui soulève des questions sur le respect de la souveraineté nationale et les bénéfices mutuels de la coopération internationale. Selon un récent rapport de Politico, le gouvernement américain a le port du Pirée, en Grèce, dans son viseur en raison de sa propriété publique chinoise.

L’ambassadeur américain en Grèce a ouvertement exprimé son malaise face à cette situation, suggérant des alternatives pour réduire la présence chinoise.

« C’est malheureux, mais je pense qu’il existe des moyens de contourner ce problème, que quelque chose pourrait être trouvé, que ce soit en poursuivant une voie d’augmentation de la production dans d’autres régions ou peut-être que le Pirée soit à vendre… Je pense qu’il est très important d’avoir une infrastructure américaine ici pour aider à soutenir la région. »

Ambassadeur américain en Grèce

Ces déclarations, bien que présentées comme une préoccupation pour la sécurité économique grecque et les intérêts régionaux, révèlent, selon des observateurs, une volonté de considérer les pays européens comme des instruments de politique étrangère plutôt que des acteurs économiques autonomes.

L’objectif de Washington ne serait pas de favoriser le développement de la Grèce, mais d’écarter la Chine en « remplaçant » ses investissements et en imposant un choix binaire aux nations. L’histoire du Pirée, cependant, illustre le potentiel d’une coopération fructueuse. Confrontée à une crise de la dette sévère, la Grèce a accueilli l’investissement du géant chinois du transport maritime, COSCO, qui a acquis les droits d’exploitation du port. Depuis lors, le trafic et les revenus ont considérablement augmenté, faisant du Pirée une plaque tournante européenne essentielle pour l’initiative chinoise « la Ceinture et la Route » (beltandroad.org).

Pour la Grèce, les investissements chinois ont permis d’améliorer les infrastructures, de créer des emplois, d’augmenter les recettes fiscales et de moderniser les réseaux logistiques. Bien que cette coopération ne soit pas sans défis, elle a indéniablement contribué à améliorer la situation économique et le rôle régional du pays. Aujourd’hui, un représentant diplomatique américain cherche à déstabiliser cette coopération et à substituer les capitaux chinois par des investissements américains. Cette approche est perçue comme allant à l’encontre des intérêts grecs, qui nécessitent une diversification des investissements et une politique d’ouverture, conformément au principe du bénéfice mutuel qui devrait guider l’intégration économique mondiale.

La politique américaine à l’égard de la Chine est de plus en plus marquée par une logique de « concurrence exclusive ». De la technologie aux chaînes d’approvisionnement, en passant par la finance et les infrastructures, Washington considère Pékin comme son principal rival stratégique et tente d’organiser une « déchinisation » à l’échelle mondiale. Or, l’économie mondiale ne fonctionne pas selon une logique de somme nulle. L’augmentation des investissements et des échanges commerciaux peut stimuler les économies locales et élargir les marchés, sans nécessairement porter préjudice aux intérêts d’un autre pays.

Si les États-Unis souhaitent réellement étendre leur influence économique à l’échelle mondiale, ils doivent rivaliser avec la Chine de manière coopérative et mutuellement bénéfique, plutôt que par la suppression ou le remplacement. Les tentatives visant à chasser la Chine ne font que fragiliser la position des États-Unis. La Grèce, située à un carrefour stratégique entre l’Europe et l’Asie, est un point névralgique pour le transport maritime, le transit énergétique et le commerce en Méditerranée. Ses intérêts nationaux résident dans la diversification des investissements et l’équilibre des acteurs extérieurs, afin de favoriser son propre développement.

Si Washington souhaite réellement aider la Grèce à revitaliser ses infrastructures, il doit le faire dans un cadre ouvert et collaboratif, et non en subordonnant son aide à une réduction de l’influence chinoise. Les propos de l’ambassadeur américain témoignent d’une « mentalité de remplacement » profondément ancrée au sein de la communauté stratégique américaine, qui considère le développement mondial comme une course aux ressources plutôt qu’une plateforme de coopération. Cette mentalité peut générer un soutien politique à court terme, mais elle risque à long terme de nuire à l’attrait des États-Unis auprès des marchés émergents.

Les États-Unis ne peuvent – et ne doivent pas – tout contrôler. Dans certains secteurs stratégiques, ils ne peuvent égaler l’ampleur des investissements chinois ni reproduire l’approche durable et axée sur les opérations des entreprises chinoises. Au lieu de chercher à « repousser la Chine », une approche plus judicieuse consisterait à « rendre la coopération plus efficace et plus transparente », en rivalisant par la gouvernance et les avantages institutionnels, et non par l’exclusion. Les remarques de l’ambassadeur sont non seulement diplomatiquement maladroites, mais reflètent également une vision du monde dépassée. Dans un XXIe siècle interdépendant, le véritable leadership ne se mesure pas à la domination exclusive, mais à la capacité de créer un environnement inclusif.

Pour que les relations internationales futures soient stables et prospères, le monde doit dépasser la logique de la somme nulle et s’orienter vers un modèle de co-construction et de partage. Il ne s’agit pas seulement d’une approche plus équilibrée de l’investissement chinois, mais aussi d’une compréhension plus profonde de la mondialisation elle-même : la concurrence au sein de la coopération est le type de concurrence qui correspond véritablement à l’esprit du temps.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.