Publié le 30 décembre 2025 à 09h18. La mode, traditionnellement source de plaisir esthétique, est devenue en 2025 un terrain de controverses inattendues, alimentées par les réseaux sociaux et les réactions passionnées, parfois disproportionnées, qu’elle suscite.
- La publicité pour les jeans de Sydney Sweeney a déclenché une tempête médiatique, allant jusqu’à interpeller l’ancien président Donald Trump.
- Une création de Duran Lantink, présentant des seins prothétiques sur un mannequin masculin, a suscité un débat virulent, relayé jusqu’aux plateformes de podcasts américaines.
- L’industrie de la mode est confrontée à une nouvelle forme de critique, où l’opinion publique, exprimée sur les réseaux sociaux, remet en question les créations et les choix des marques.
La mode, autrefois perçue comme un refuge pour la créativité et l’expression personnelle, semble aujourd’hui constamment sur le point de provoquer une vague d’indignation. Des campagnes publicitaires aux défilés de haute couture, en passant par les choix vestimentaires des célébrités, chaque détail est scruté, analysé et souvent critiqué avec une intensité croissante.
La récente publicité pour les jeans de l’actrice Sydney Sweeney – ou était-ce une allusion à ses « bons gènes » ? – a pris des proportions inattendues. L’ancien président Donald Trump a même pris la parole sur son réseau social Truth Social pour saluer cette campagne comme « la publicité la plus sexy du marché ». Des mois plus tard, Sydney Sweeney continue de se justifier lors d’interviews, et ses coupes de cheveux et ses choix vestimentaires sont politisés.
Le créateur néerlandais Duran Lantink, désormais à la tête de la direction artistique de Jean Paul Gaultier, a également été au centre d’une polémique. Sa création, un haut réaliste et provocateur arborant des seins surdimensionnés portés par un mannequin masculin lors de la Fashion Week de Paris en mars, a suscité de vives réactions. L’ancienne présentatrice de Fox News, Megyn Kelly, a même consacré un segment de son podcast à disséquer ce look.
« Il y aura toujours des personnes perturbées mentalement dans notre société. Et puis il y aura des profiteurs cyniques, comme les créateurs derrière tout cela. La seule solution pour le reste d’entre nous est de dire non, de dénoncer la dépravation et de constater à quel point nous trouvons cela dégoûtant. C’est tout ce que nous pouvons faire – ou nous allons tout perdre au profit de ces gens. »
Megyn Kelly, ancienne présentatrice de Fox News
Les débats ne se limitent pas aux créations audacieuses. Des moments apparemment anodins, comme les photos prises sur le tournage de la série “American Love Story” de Ryan Murphy sur Carolyn Bessette Kennedy et John F. Kennedy Jr., ont déclenché des discussions passionnées sur les réseaux sociaux, les internautes s’érigeant en experts en matière de style. La campagne Miu Miu mettant en scène Kylie Jenner a quant à elle soulevé des interrogations sur l’évolution de la marque.
En octobre, une cliente fidèle de la marque The Row, l’influenceuse Neelam Ahooja, a même publié une « lettre d’adieu » sur Substack, exprimant son désenchantement face à la philosophie de discrétion de la marque.
Le créateur Edward Buchanan a récemment lancé un appel sur Instagram, demandant aux commentateurs des réseaux sociaux de faire preuve de plus de respect envers les designers. Son message a déclenché un débat houleux sur la légitimité de la critique de la mode, interrogeant la nécessité d’une expertise pour juger des créations.
La mode est devenue un terrain fertile pour la « rage bait », un terme désignant le contenu délibérément conçu pour provoquer l’indignation, désigné comme mot de l’année par l’Oxford University Press. Même lorsque les créateurs ou les marques ne cherchent qu’à surprendre ou à répondre aux attentes de leur public, les réactions sont souvent exacerbées.
Le string de la marque Skims, doté d’une perruque pubienne, a suscité une réflexion sur la nature de la nudité, bien que le produit en lui-même ne justifie pas un tel débat. Le mariage de Lauren Sanchez et Jeff Bezos est devenu un référendum sur l’opulence des milliardaires, tandis que la couverture du magazine Vogue consacrée à Lauren Sanchez a été à la fois lue et décortiquée avec une curiosité malsaine.
Au cours de la dernière décennie, l’industrie de la mode a été confrontée à des accusations d’appropriation culturelle et de manque de diversité, souvent initiées sur les réseaux sociaux. Les consommateurs ont le sentiment que leurs critiques peuvent avoir un impact réel sur les marques et les figures influentes de la mode, donnant naissance à une forme de « cancel culture ».
Cependant, cette période a également été marquée par une liberté créative sans précédent. La mode s’est mêlée à Instagram, les marques organisant des défilés spécifiquement conçus pour créer des moments viraux, comme la robe vaporisée de Coperni ou le défilé blizzard de Balenciaga, où les mannequins ont défilé dans une tempête de neige artificielle, portant des sacs poubelles comme accessoires. Ces événements ont ouvert la Fashion Week à un public plus large, mais ont également suscité des controverses, notamment concernant l’interprétation de la démarche artistique de Demna.
La crise de Balenciaga fin 2022, accusée de sexualisation des enfants dans ses campagnes publicitaires, a marqué un tournant. La mode s’est retrouvée au cœur d’un débat public plus large et politisé. Demna a présenté ses excuses pour les images controversées, reconnaissant l’inconvenance de l’utilisation d’enfants dans une campagne mettant en scène des éléments inappropriés.
Cette période a vu une évolution des réseaux sociaux, passant d’une plateforme axée sur l’image à un espace d’échange d’idées. Les utilisateurs ne se contentent plus de partager des photos de leur vie idéale, mais expriment leurs opinions et leurs convictions. De nombreux acteurs de la mode migrent désormais vers Substack, où les arguments et les analyses sont privilégiés par rapport aux selfies.
Le créateur Ryan Yip a récemment évoqué le phénomène de la « zoochose de la mode », expliquant que nous recherchons constamment de la nouveauté et que nous sommes prêts à la provoquer. Il a partagé son analyse sur Instagram.
« Parce que ce que les marques proposent ne nous stimule pas, nous créons la stimulation nous-mêmes. Nous pourrions essayer de lancer une dispute, nous pourrions être plus enclins à être à contre-courant, juste pour pouvoir débattre de quelque chose parce que, Oh mon dieu, je m’ennuie tellement. »
Ryan Yip, créateur
L’avenir de la mode pourrait résider dans une approche plus axée sur l’exploration, la curiosité et le soutien aux créateurs émergents, plutôt que sur la recherche constante d’indignation. Peut-être pourrons-nous ainsi sortir de ce « zoo » médiatique.
À lire aussi
- Osheaga, jour 2 | sombr fait trembler le Parc Jean-Drapeau, avant Tate McRae
- Vicki Wickham, Behind-the-Scenes Force in Pop Music, Dies at 87
- Crédit immobilier : pourquoi le taux fixe à un an devance le deux ans (nouvelles-du-monde.com)
- Camping Paradis : pourquoi TF1 diffuse exceptionnellement la série ce vendredi ? Y aura-t-il des épisodes lundi soir prochain ? (lederniereheure.com)
