Home MondePourquoi la stratégie de l’administration Trump visant à renverser Nicolas Maduro sans tirer un seul coup de feu pourrait-elle aboutir au « syndrome de la mer Rouge » ?

Pourquoi la stratégie de l’administration Trump visant à renverser Nicolas Maduro sans tirer un seul coup de feu pourrait-elle aboutir au « syndrome de la mer Rouge » ?

by Clara Dubois

Publié le 2025-12-05 03:42:00. Le déploiement militaire américain massif dans les Caraïbes, mené notamment par le porte-avions USS Gerald R. Ford, suscite des inquiétudes quant à une répétition du scénario observé en mer Rouge, où une démonstration de force n’a pas permis d’atteindre ses objectifs sans risquer une escalade majeure.

  • L’analyste Germán Ortiz Leiva met en garde contre le risque d’un « syndrome de la mer Rouge » si Washington ne passe pas rapidement à l’action contre le régime vénézuélien.
  • La stratégie américaine pourrait se concentrer davantage sur la dissuasion et la pression psychologique que sur une intervention militaire directe.
  • Le régime de Maduro semble perdre confiance dans ses forces armées, ce qui se traduit par un appel à la mobilisation de l’ensemble de la population.

La présence imposante de la marine américaine au large des côtes vénézuéliennes, avec une capacité de puissance aérienne et amphibie considérable, a intensifié la pression sur le gouvernement de Nicolás Maduro. Cependant, selon des observateurs, l’objectif principal de Washington ne serait pas une victoire militaire rapide, mais plutôt une forme de coercition qui permette d’atteindre ses objectifs sans déclencher un conflit ouvert.

Germán Ortiz Leiva, analyste des médias et professeur à l’Universidad del Rosario en Colombie, estime que chaque jour qui passe sans action décisive affaiblit la crédibilité des États-Unis et donne un temps précieux au régime de Maduro. Il craint que cela ne conduise à un statu quo similaire à celui observé au Yémen, où une force navale américaine supérieure a finalement dû accepter un cessez-le-feu tacite avec les Houthis, faute de pouvoir les vaincre sans entrer en guerre totale.

« Si Washington ne finit pas d’exécuter l’action qu’il juge nécessaire, cet abîme stratégique pourrait se répéter avec le Venezuela. »

Germán Ortiz Leiva, analyste des médias et professeur à l’Universidad del Rosario

Selon Ortiz Leiva, la Maison Blanche a adopté une stratégie de communication basée sur la saturation de l’information, en diffusant un flot constant de rumeurs et de menaces (dates d’invasion, noms de traîtres présumés, etc.) afin de paralyser les dirigeants vénézuéliens et de les empêcher de prendre des décisions rationnelles. Cette approche vise également à contrôler le récit médiatique et à présenter une image de pression extrême et imminente, tout en évitant de s’engager dans des scénarios complexes de chaos régional.

Le discours de Nicolás Maduro a récemment évolué, passant d’un appel à la défense du pays uniquement par l’armée à un appel à la mobilisation de l’ensemble de la population – civils, politiciens, soldats et policiers. Ce changement, selon Ortiz Leiva, témoigne d’un manque de confiance du régime dans la capacité de ses forces armées, malgré les investissements massifs (près de 50 milliards de dollars) réalisés sous l’ère Chávez.

Le déploiement militaire américain est perçu comme un outil de dissuasion symbolique, mais il comporte des risques, notamment celui d’une escalade imprévisible. Comme le souligne Moisés Naím, une déclaration malheureuse ou une provocation inattendue pourrait transformer le scénario actuel en une réalité conflictuelle.

La question centrale reste de savoir combien de temps et à quel prix les États-Unis maintiendront cette stratégie de bluff avant que le « syndrome de la mer Rouge » ne les oblige à se retirer.

Attaque américaine contre un bateau dans le Pacifique Photo:X : @secwar

Membre de la milice bolivarienne du Venezuela. Photo:AFP

Le porte-avions USS Gerald R. Ford. Photo:EFE

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ANA MARÍA RODRÍGUEZ BRAZÓN

CORRESPONDANT HORAIRE

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