Publié le 31 octobre 2025. Les États-Unis sont confrontés à une vague croissante de critiques internationales concernant leurs opérations militaires contre des navires soupçonnés de trafic de drogue en mer des Caraïbes, une politique qui inquiète notamment Londres au point de suspendre le partage de renseignements.
- Le Haut-Commissaire aux Nations Unies aux droits de l’homme a dénoncé les frappes américaines comme « inacceptables » et a appelé à la fin des exécutions extrajudiciaires.
- Le Royaume-Uni a interrompu le partage de renseignements avec les États-Unis, une décision qui souligne les préoccupations juridiques et politiques liées à ces opérations.
- Bien que la coopération en matière de renseignement ne soit pas totalement rompue, cette décision britannique est perçue comme un signal fort de désapprobation.
Les opérations militaires américaines contre des navires impliqués dans le trafic de drogue suscitent une vive controverse sur la scène internationale. Volker Türk, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a exprimé son indignation face à ces actions, les qualifiant d’« inacceptables » le 31 octobre 2025. Il a insisté sur la nécessité pour les États-Unis de mettre fin à ces opérations et de garantir le respect des procédures légales.
« Les États-Unis doivent y mettre un terme et prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher les exécutions extrajudiciaires de personnes à bord des navires, quel que soit le comportement criminel qui leur est reproché. »
Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme
Cette prise de position n’est pas isolée. Des organisations de défense des droits de l’homme, des experts en droit international et des militants s’inquiètent de la légalité de l’utilisation de missiles et de drones contre des navires sans jugement préalable. Dans ce contexte, la décision du Royaume-Uni d’arrêter de partager des informations de renseignement avec les États-Unis prend une dimension particulière.
Londres fournissait des renseignements à la Joint Interagency Task Force South, une initiative basée en Floride qui regroupe les efforts de plusieurs pays dans la lutte contre le trafic de drogue dans la région des Caraïbes. Cette force bénéficiait notamment des informations provenant de territoires britanniques d’outre-mer tels qu’Anguilla, les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans, Montserrat et les îles Turques et Caïques. Selon Pedro Ramos Josa, politologue et docteur en paix et sécurité, cette collaboration remontait à plus de huit décennies.
« En annonçant la cessation des flux de renseignements avec cette organisation, le gouvernement de Keir Starmer rompt en partie une relation de plus de huit décennies avec Washington en matière de liens bilatéraux en matière de renseignement », explique l’expert.
Cependant, cette rupture est qualifiée de « partielle » par d’autres observateurs. Evan Ellis, professeur d’études latino-américaines à l’Institut d’études stratégiques de l’US Army War College, souligne que « l’infrastructure organisationnelle, la collaboration et la politique à long terme se poursuivent, tout comme la coopération dans les opérations mondiales », car « le Royaume-Uni est un collaborateur fondamental pour les États-Unis ».
Selon Ellis, la décision britannique est davantage motivée par des considérations politiques internes. « Ils ont des réserves sur la légalité de ces opérations et ne veulent pas que les renseignements qu’ils fournissent sur les Caraïbes ou sur les trafiquants de drogue soient utilisés à cette fin. Politiquement, en Grande-Bretagne, ils ne veulent pas être accusés d’avoir du sang sur les mains. »
Ramos Josa ajoute que cette situation illustre les divergences d’approche en matière de lutte contre le trafic de drogue dans la région. L’administration Trump considérait le trafic de drogue comme une menace à la sécurité nationale pouvant être neutralisée par des moyens militaires, tandis que le gouvernement Starmer privilégie une approche plus traditionnelle, axée sur l’application de la loi et le respect du droit international. Il s’agit, selon l’expert, de maintenir une séparation claire entre les opérations de défense et de sécurité.
La question qui se pose est de savoir si cette décision britannique aura un impact concret sur les opérations américaines dans les Caraïbes, où les États-Unis ont déployé des moyens militaires importants, notamment le porte-avions USS Gerald Ford, l’un des plus puissants et des plus modernes au monde.
« Je ne vois pas que cela ait un quelconque impact sur la procédure et la campagne contre les navires qui transportent de la drogue », estime Ellis, tout en reconnaissant que ce geste politique « présente quelques inconvénients pour le gouvernement des États-Unis ». Ramos Josa partage cet avis, soulignant que la décision de Londres a une portée plus politique qu’opérationnelle. « Sur le plan pratique, les États-Unis disposent de nombreux moyens propres, opérant principalement depuis leurs bases de Porto Rico et du Salvador, d’où ils lancent leurs attaques avec des drones MQ-9 et des avions de combat F-35. »
L’expert espagnol estime que cette situation est un avertissement de Londres, en cas de prise de mesures plus risquées, telles que des opérations directes sur le sol vénézuélien ou une tentative de changement de régime. Ellis, cependant, nuance cette interprétation. « Nous parlons d’attaques contre des cibles du Cartel des Soleils et d’autres groupes que les États-Unis ont déclarés terroristes, et non d’attaques contre le Venezuela, car cela impliquerait d’attaquer un peuple ou un gouvernement légitime. » Il souligne également que le gouvernement Edmundo González, élu le 28 juillet 2024, a exprimé son soutien aux actions américaines.
(cp)