Publié le 17 janvier 2026 à 11h48. La médecine personnalisée progresse à grands pas en cardiologie et en neurologie, où l’analyse génétique des patients devient un facteur déterminant dans le choix des traitements les plus adaptés.
- La génétique joue un rôle croissant dans la compréhension et le traitement des maladies cardiaques et cérébrales.
- Des chercheurs à Francfort explorent de nouvelles approches pour adapter les thérapies en fonction du profil génétique de chaque patient.
- L’intelligence artificielle et les nouvelles techniques de stimulation cérébrale ouvrent des perspectives prometteuses pour améliorer la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux et des maladies neurodégénératives.
À Francfort, des équipes médicales pionnières s’attachent à repenser les protocoles de soins en intégrant de plus en plus les données génétiques des patients. L’objectif : s’éloigner du principe d’un diagnostic unique pour un traitement unique, afin de proposer des thérapies plus efficaces et mieux ciblées.
David M. Leistner, chef de la clinique de cardiologie et d’angiologie, et Christian Grefkes-Hermann, directeur de la clinique de neurologie, ont été nommés à des chaires universitaires en 2022 et 2023 pour faire progresser la médecine de précision dans leurs domaines respectifs. Leur travail s’inscrit dans une tendance globale où la constitution génétique du patient est de plus en plus considérée comme un élément clé pour comprendre sa réponse aux traitements.
Cardiologie : la génétique au cœur du risque et du traitement
En cardiologie, l’évaluation du risque de maladies cardiaques et la prédiction de leur évolution prennent désormais en compte un ensemble de facteurs, dont l’âge, le sexe, les antécédents médicaux, le mode de vie et, surtout, la prédisposition génétique. Par exemple, les troubles du métabolisme lipidique, tels que l’excès de cholestérol, sont fortement influencés par la génétique. Selon le Dr. Leistner, environ 75 % de la population allemande présente un taux élevé de lipoprotéine a, et 60 % souffrent probablement d’hypercholestérolémie familiale, caractérisée par des taux de cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol) anormalement élevés.
Il souligne également que le cholestérol HDL (le « bon » cholestérol) perd son effet protecteur après 30 ans. Pour le cardiologue, il est crucial de traiter efficacement les taux élevés de LDL, et si nécessaire, de réaliser des tests génétiques pour identifier les maladies héréditaires. Il préconise une intervention précoce, dès l’âge de 30 ans, plutôt qu’une simple observation des dépôts dans les vaisseaux sanguins.
Les nouveaux inhibiteurs de la PCSK9, plus efficaces que les statines mais également plus coûteux, représentent une avancée prometteuse. Ces anticorps monoclonaux bloquent une enzyme qui détruit les récepteurs du cholestérol LDL dans le foie, permettant ainsi une meilleure élimination du « mauvais » cholestérol. Des comprimés aux effets inhibiteurs de PCSK9 sont actuellement en développement.
La génétique joue également un rôle important dans d’autres maladies cardiaques, telles que la cardiomyopathie hypertrophique et la cardiomyopathie dilatée, où les tests génétiques peuvent orienter le choix du traitement, y compris l’implantation d’un défibrillateur.
Une approche personnalisée, tenant compte du genre
Le centre médical universitaire de Francfort se distingue également par sa médecine cardiaque sensible au genre. Un centre de santé cardiaque des femmes a été créé pour tenir compte des spécificités des maladies cardiaques chez les femmes, qui peuvent se manifester différemment que chez les hommes. Des recherches sont menées sur l’influence des œstrogènes sur les modifications de la paroi vasculaire et la formation de plaques.
Au-delà des facteurs génétiques, la situation de vie et les attentes du patient sont prises en compte. Le Dr. Leistner souligne que l’objectif n’est pas toujours la survie la plus longue possible, mais aussi une meilleure qualité de vie.
Neurologie : vers une meilleure compréhension des maladies cérébrales
En neurologie, les liens avec la cardiologie sont nombreux, notamment en ce qui concerne les accidents vasculaires cérébraux, considérés comme une manifestation cardiovasculaire dans le cerveau. Cependant, la personnalisation des traitements est moins avancée qu’en cardiologie, en raison de la complexité du cerveau et des difficultés à mesurer certains processus. L’intelligence artificielle permet d’analyser plus finement les données issues de l’EEG et de l’IRM.
Les chercheurs s’efforcent de comprendre pourquoi les femmes souffrent d’accidents vasculaires cérébraux moins fréquents mais plus graves que les hommes, et de prédire le degré de rétablissement après un accident vasculaire cérébral. Une nouvelle technique de stimulation cérébrale permet d’évaluer l’état des structures cérébrales et leur capacité à se rétablir.
Le traitement des accidents vasculaires cérébraux aigus est devenu plus spécifique grâce aux examens IRM, qui permettent de déterminer si une lyse ou une thrombectomie peuvent améliorer l’état du patient. Une clinique ambulatoire dédiée au traitement des séquelles d’un accident vasculaire cérébral, utilisant des procédures de stimulation cérébrale, a été créée en Hesse.
En neurologie, la génétique joue également un rôle crucial, bien que moins prépondérant qu’en cardiologie. Le Lecanemab et le donanemab, nouveaux médicaments contre la maladie d’Alzheimer, représentent une première application majeure des facteurs génétiques dans ce domaine.
Si le mode de vie joue un rôle dans le risque de démence, le Dr. Grefkes-Hermann estime que l’influence de la génétique est souvent sous-estimée. À l’avenir, des tests génétiques pourraient permettre de déterminer le risque de maladie d’Alzheimer avant l’apparition des premiers symptômes, mais la question de savoir si tout le monde souhaite connaître ce risque se pose.
Malgré les progrès, le développement de thérapies efficaces contre les maladies neurodégénératives reste un défi majeur. Des marqueurs génétiques sont nécessaires, mais il est essentiel de réfléchir aux implications de ces informations pour les patients. (pam)