La Réserve fédérale américaine pourrait être contrainte d’injecter massivement des liquidités dans le système financier dans un avenir proche. Cette intervention serait motivée par la crainte d’une envolée des taux d’intérêt à long terme et par la fragilité croissante du secteur bancaire.
L’accumulation de dettes publiques, notamment avec le plan de relance budgétaire prévu en 2026, combinée à une inflation persistante au-dessus des objectifs fixés, pourrait exercer une pression insoutenable sur les rendements des obligations d’État américaines. Parallèlement, le système financier, déjà soumis à des tensions, risque de se gripper, nécessitant une injection de réserves – autrement dit, de liquidités – pour éviter une crise.
L’injection de liquidités prend généralement la forme d’un assouplissement quantitatif (QE). Lors d’un QE, les banques centrales créent de nouvelles réserves bancaires, souvent considérées comme des liquidités. L’objectif principal de cette opération est de déclencher ce qu’on appelle l’« effet de rééquilibrage du portefeuille ».
Depuis la crise financière mondiale de 2008, les régulateurs ont imposé aux banques de détenir davantage d’actifs liquides de haute qualité (HQLA) afin de faire face à d’éventuels retraits massifs de dépôts. Les réserves bancaires et les obligations sont classées comme des HQLA car elles peuvent être rapidement converties en espèces. Cependant, les banques ne considèrent pas les réserves et les obligations comme interchangeables, surtout lorsque les réserves augmentent considérablement suite à un QE.
Les réserves bancaires, à faible rendement et sans échéance, peuvent devenir un fardeau pour les banques si elles sont détenues en grande quantité, en particulier par rapport aux obligations, qui offrent des rendements plus élevés et une meilleure couverture contre les fluctuations des taux d’intérêt. C’est là que l’effet de rééquilibrage du portefeuille entre en jeu.
Lorsqu’une banque centrale lance un QE, elle achète des obligations et injecte des réserves dans le système bancaire. Surchargées de réserves peu rentables, les banques cherchent alors à réorienter leurs portefeuilles vers des obligations. Elles commencent par les obligations les plus sûres, puis se tournent vers des actifs plus risqués à la recherche de rendements plus élevés. Ce mouvement déclenche un cycle vertueux de réduction de la volatilité et d’incitation à la prise de risque.
En résumé, les banques centrales élargissent leur bilan en achetant des obligations. Les banques commerciales, bénéficiaires du QE, voient la composition de leur portefeuille évoluer vers davantage de réserves et moins d’obligations. Mais, les réserves étant moins attractives que les obligations réglementaires, elles cherchent à rééquilibrer leurs actifs. Elles se mettent alors à acheter les mêmes obligations que celles acquises par le QE, ce qui contribue à réduire la volatilité et à comprimer les écarts de crédit. Enfin, les gestionnaires d’actifs et les investisseurs sont encouragés à prendre davantage de risques, soutenant ainsi les flux de crédit et de capitaux.