Publié le 31 octobre 2025 à 14h02. Vladimir Poutine a menacé l’Ukraine de représailles « stupéfiantes » suite aux frappes ukrainiennes sur le territoire russe, tout en se vantant des capacités de ses nouveaux armements, alors que les capacités militaires de la Russie sont de plus en plus scrutées.
- Les capacités de production de missiles et de drones de la Russie sont limitées, malgré les affirmations de Moscou.
- L’opération « Filet d’araignée » des services de sécurité ukrainiens a significativement affaibli la capacité russe à lancer des frappes massives avec des missiles de croisière.
- La Russie s’appuie de plus en plus sur des drones kamikazes, mais même cette capacité a des limites.
Vladimir Poutine, déjà sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la Cour pénale internationale, a promis une réponse « stupéfiante » aux attaques en profondeur sur le sol russe. Il a ensuite mis en avant les « Pétrels » (Burevestnik) et les « Poséidons », deux nouveaux systèmes d’armement russes. Cette déclaration, venant d’un homme qui avait auparavant prédit des « conséquences terribles » pour ceux qui soutiendraient l’Ukraine et affirmé que « nous n’avons encore rien vraiment commencé », a suscité de vives interrogations quant à la nature de cette riposte annoncée.
Depuis quatre ans, les dirigeants russes et leurs porte-parole menacent régulièrement l’Ukraine de conséquences désastreuses en cas d’attaques sur le territoire russe. Cependant, la nature et l’intensité des frappes ukrainiennes, ainsi que les actes de sabotage, ont considérablement évolué depuis le 24 février 2022, et pas en faveur des forces d’occupation russes.
Tout au long de 2025, la Russie a intensifié ses attaques en combinant des frappes de drones, mais ces raids, ainsi que les tirs massifs de missiles, y compris des modèles comme le RS-26 Rubezh (également connu sous le nom d’Oreshnik), ne sont pas nouveaux. La question demeure : qu’est-ce qui pourrait constituer une réponse véritablement « stupéfiante » selon la perspective de Poutine ?
Pour répondre à cette question, il est essentiel d’examiner les capacités actuelles de la Russie en matière de missiles. Depuis le début de l’invasion à grande échelle en 2022, les missiles de différents types et modifications ont été les principaux instruments de terreur de la Russie contre l’Ukraine. Le commandement russe espérait briser le moral des Ukrainiens en terrorisant la population civile et en exerçant une pression constante sur les arrières de l’Ukraine, accélérant ainsi sa défaite et sa capitulation. Ce calcul s’est avéré erroné, et les stocks de missiles soviétiques et russes de la Russie ont rapidement diminué.
Face à cette pénurie, l’armée russe a cherché une alternative moins coûteuse et plus largement disponible : les drones kamikazes Shahed-136. Utilisés pour la première fois en septembre 2022 avec seulement 38 unités, l’ennemi en avait déployé 5 651 (Shahed-136/Gerbera/Parody) en septembre 2025. Au second semestre 2025, le nombre moyen de drones utilisés lors des frappes en Ukraine est resté stable, oscillant entre 5 000 et 6 000 unités par mois. La production quotidienne de Shahed-136 s’élève actuellement à environ 100 unités (avec une marge de +/- 15 %), permettant à la Russie d’utiliser au moins 3 000 drones kamikazes par mois. Cependant, il semble difficile d’augmenter significativement cette production ou le nombre de lancements.
La Russie manque également de suffisamment de rampes de lancement pour augmenter considérablement ses capacités de lancement. L’armée russe développe activement son infrastructure de lancement, comme en témoigne la découverte d’une nouvelle rampe de lancement près du village d’Aleshki, dans la région de Briansk, à 35 kilomètres de la frontière ukrainienne, et l’utilisation de l’aérodrome de Kacha en Crimée occupée.
Néanmoins, les drones kamikazes russes ne sont pas susceptibles de surprendre les Ukrainiens avec une nouvelle forme de terreur significative, leur contribution combinée représentant moins de 500 unités par attaque. Avant d’envisager une attaque de missiles « stupéfiante », il est donc crucial d’évaluer les capacités de production et les stocks de missiles de la Russie.
Voici un aperçu des stocks actuels :
- X-101 : environ 2 unités produites par jour, avec un stock d’environ 400 unités.
- 3M14 « Kalibr » : environ 1 unité produite par jour, avec un stock de plus de 450 unités.
- 9M723 OTRK « Iskander-M » : environ 2 unités produites par jour, avec un stock d’environ 250 unités.
- 9M728 OTRK « Iskander-K » : environ 1 unité produite par jour, avec un stock d’environ 300 unités.
- X-22/32 : informations limitées sur la production actuelle, mais une restauration et une modernisation de modèles soviétiques sont en cours, avec un stock estimé à plus de 250 unités.
- Kh-47M2 « Dague » : environ 1 unité produite tous les 3 à 4 jours, avec un stock de plus de 100 unités.
- 3M22 « Zircon » : environ 1 unité produite tous les 4 à 5 jours, avec un stock d’environ 50 unités.
- KN-23 : missile balistique nord-coréen, copie du 9M723, fourni par la Corée du Nord. Environ 50 missiles disponibles.
Bien que cet arsenal puisse sembler impressionnant, la Russie ne pourra pas l’utiliser à son plein potentiel en 2025, en raison d’un manque de vecteurs et de lanceurs pour déployer ces armes efficacement.
Cette situation est due, en partie, à la limitation de la capacité russe à lancer des frappes massives avec des missiles de croisière Kh-101, conséquence directe de la réussite de l’opération « Filet d’araignée » du SBU le 1er juin 2025. Cette opération a détruit ou endommagé des dizaines de porte-avions principaux des missiles Kh-101, ainsi que des bombardiers stratégiques Tu-95MS et Tu-160, et des lanceurs de missiles Kh-22/32 Tu-22M3. La Russie ne dispose plus de suffisamment de lanceurs pour lancer 100 missiles X-101 en un seul vol et économise les ressources des avions anciens.
Les dernières frappes avec le X-101 ont eu lieu les 5 et 30 octobre, alors que les stocks et la préparation des porteurs permettraient des frappes tous les 5 à 7 jours. Le dernier lancement du X-101, comptant une cinquantaine de missiles, remonte au 25 décembre 2024.
De même, il est plus difficile pour la Russie de lancer massivement des missiles 3M14 « Kalibr » en raison des pertes et des dommages subis par les navires de guerre en mer Noire. En 2025, la marine russe n’a lancé que 16 à 18 missiles de ce type sur l’Ukraine à la fois.
Les lancements de missiles balistiques 9M723 (« Iskander-M ») et 9M728 (« Iskander-K ») sont devenus plus fréquents, et ces missiles sont principalement utilisés pour frapper les zones arrière proches et moyennes de l’Ukraine. Le nombre maximum de missiles de ce type lancés lors d’une seule attaque a été de 14 missiles 9M723 et 12 missiles 9M728, soit un total de 26 armes, impliquant au moins 13 lanceurs.
Les stocks de missiles russes sont aujourd’hui inférieurs à ceux de 2022, en raison de l’utilisation intensive de toutes les armes et du rythme de production relativement lent de l’industrie militaro-industrielle russe. La croissance de la production est lente et ne répond pas aux besoins du commandement russe en matière d’intensification du terrorisme contre l’Ukraine.
En matière de terrorisme, la Russie s’appuie désormais sur des drones kamikazes, mais même cette capacité a des limites en termes de production et de sites de lancement. Il serait difficile de lancer, par exemple, mille Shahed-136 en une seule nuit.
En ce qui concerne les lancements de missiles, les limites sont dues au manque de transporteurs et de lanceurs pour une frappe massive qui dépasserait les objectifs de 2022, 2023 ou même 2024. Une frappe combinée serait également limitée, avec une capacité maximale d’environ 100 à 120 unités, à moins d’être renforcée par de nouvelles armes de terreur, comme des canons à réaction.
En conclusion, bien que la Russie dispose de réserves importantes d’armes terroristes, elle n’est pas en mesure de les utiliser à leur plein potentiel. À court terme, la Russie ne disposera pas des outils nécessaires pour intensifier considérablement le terrorisme en Ukraine, et les attaques resteront régulières et systémiques. Cela ne signifie pas que l’ennemi ne cherchera pas de moyens d’intensifier le génocide des Ukrainiens, mais il ne dispose pas aujourd’hui de capacités technologiques illimitées pour cela.
Cependant, cela ne signifie pas non plus que Vladimir Poutine n’ordonnera pas l’utilisation d’une arme non conventionnelle, comme le RS-26 « Rubezh »/« Oreshnik ». Par exemple, un Sarmat défectueux pourrait être utilisé, avec plus de chances d’exploser dans son silo de lancement ou de s’écraser sur le territoire russe que d’atteindre sa cible, mais sous une forme exclusivement conventionnelle. Rien de nouveau, rien de « stupéfiant ».
Cependant, l’absence d’une arme « assommante » ne justifie pas d’ignorer les alertes aériennes. Le terrorisme systémique continuera, sans catalyseur brutal et inattendu, et sans relâche. La sécurité personnelle des citoyens ukrainiens reste et restera une priorité.
Ce matériel a été publié dans le cadre d’un projet commun OBOZ.UA et du groupe « Résistance informationnelle ».