Publié le 9 décembre 2025 à 14h55. Le festival du film arménien de Londres, qui s’est tenu récemment, a mis en lumière les défis identitaires et les aspirations à la liberté d’une nation tiraillée entre son passé soviétique, les tensions géopolitiques actuelles et une diaspora massive.
- Le documentaire « Mes fantômes arméniens » de Tamara Stepanyan, sélectionné pour représenter l’Arménie aux Oscars, explore l’histoire du cinéma arménien à travers le prisme du deuil personnel et de la quête de liberté.
- L’Arménie est confrontée à des enjeux de souveraineté et d’identité exacerbés par les conflits récents et la complexité de sa position géopolitique entre les États-Unis, la Russie et l’Iran.
- La diaspora arménienne, trois fois plus nombreuse que la population du pays, joue un rôle crucial dans la préservation de la culture et de l’identité arméniennes, tout en agissant comme un complément à l’État-nation.
Le festival du film arménien de Londres, pour sa deuxième édition, s’est tenu du 4 au 7 décembre à l’ICA (Institute of Contemporary Arts). L’événement a ouvert ses portes avec la projection du biopic « Monsieur Aznavour », interprété par Tahar Rahim dans le rôle de l’emblématique chanteur franco-arménien Charles Aznavour. Au programme également, « Die Like a Man » d’Eric Nazarian, un film poignant tourné en quinze jours avec des acteurs non professionnels à Los Angeles.
Au cœur de ces œuvres, un thème récurrent : la liberté. « Mes fantômes arméniens », en particulier, se penche sur l’héritage des pionniers du cinéma arménien, à travers un montage nostalgique d’archives personnelles et de films de l’ère soviétique. Le film est né du deuil de Tamara Stepanyan suite à la perte de son père, l’acteur Vigen Stepanyan, en 2021. Elle y explore l’état d’un cinéma national « organiquement lié à un univers politique, social et culturel aujourd’hui disparu ». Une réflexion qui trouve un écho particulier dans le contexte actuel de l’Arménie.
Selon Sossie Kasbarian, maître de conférences en politique à l’Université de Stirling, la diaspora arménienne est bien plus qu’un simple exil. Elle constitue un espace dynamique d’identité et de culture transnationales, capable de compléter l’État-nation.
« L’expérience d’être arménien dans la république et d’être arménien dans la diaspora occidentale post-génocide sont deux expériences historiques distinctes, et leur production culturelle en sera le reflet. »
Sossie Kasbarian, maître de conférences en politique à l’Université de Stirling
L’Arménie, pays enclavé, est confrontée à des défis majeurs. Deux ans après un soulèvement populaire en 2018 qui a renversé l’ancienne garde politique, le pays a été plongé dans la guerre avec l’Azerbaïdjan pour le contrôle du Haut-Karabakh. L’offensive azerbaïdjanaise de 2023 et les actes de nettoyage ethnique qui ont suivi ont forcé des milliers d’Arméniens à fuir la région, ravivant les traumatismes du passé.
Cette situation complexe s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, avec des enjeux majeurs entre les États-Unis, la Russie et l’Iran. L’Arménie semble se tourner vers l’Occident, comme en témoigne sa demande d’adhésion à l’Union européenne. En août dernier, un traité de paix négocié par les États-Unis entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, incluant des dispositions pour une « route Trump pour la paix et la prospérité internationales », a suscité un certain espoir de désescalade.
Kira Adibekov, impliquée dans le projet Tumo, qui offre une éducation créative gratuite aux adolescents, souligne que « la Russie a troqué la République d’Artsakh contre un accord avec la Turquie et l’Azerbaïdjan ». Elle estime que la perspective d’un accord négocié par les États-Unis a apporté un certain calme dans la région, ouvrant la voie à des initiatives comme Tumo.
Tatevik Ayvazyan, l’une des organisatrices du festival et membre de la Société cinématographique arménienne, rappelle l’histoire de la migration qui a façonné la diaspora arménienne en Grande-Bretagne.
« La communauté arménienne du Royaume-Uni est arrivée par vagues, fuyant les massacres hamidiens, précurseurs du génocide arménien. Ils sont venus de Chypre, d’Iran après la révolution, d’Irak après la guerre, d’Union soviétique après l’éclatement. Il y a une quantité horrible de bagages, issus du génocide, du déplacement. »
Tatevik Ayvazyan, organisatrice du festival du film arménien de Londres et membre de la Société cinématographique arménienne
Ayvazyan conclut : « Nous voulons avoir un art intelligent et sensibilisant aux tragédies auxquelles nous avons été confrontés… [mais il y a aussi] l’importance de parler et de s’engager avec d’autres cultures, car les histoires de déplacement, de guerre et d’identité ne nous sont pas propres. Chaque guerre et chaque génocide qui se produisent dans le monde nous touchent. »
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