Publié le 6 janvier 2026 19h40. L’attentat survenu le 10 septembre 2025, qui a coûté la vie au militant conservateur Charlie Kirk, met en lumière une radicalisation en ligne de plus en plus insidieuse, où les mèmes et les références à la culture internet servent de marqueurs identitaires pour des individus embrassant des idéologies extrêmes.
- L’auteur de l’attaque de l’Université d’Utah Valley a laissé des traces numériques révélant une immersion profonde dans des communautés en ligne extrémistes.
- L’article souligne que le web n’est plus un simple outil, mais un espace social complexe avec ses propres dynamiques et influences.
- Il appelle à une approche communautaire pour contrer la radicalisation en ligne, en promouvant des plateformes alternatives et une culture numérique positive.
Le 10 septembre 2025, un homme armé a ouvert le feu lors d’un événement organisé par Turning Point USA sur le campus de l’Université d’Utah Valley, tuant Charlie Kirk, figure du mouvement conservateur américain. L’enquête a rapidement révélé un profil type de radicalisation en ligne, troublant de similitudes avec d’autres auteurs d’attentats récents. Le tireur a laissé derrière lui une empreinte numérique riche en références à la culture internet, rappelant les méthodes du terroriste de la mosquée de Christchurch en Nouvelle-Zélande, qui avait diffusé son attaque en direct (voir l’article du New York Times), ou du tireur du supermarché de Buffalo, radicalisé sur le forum 4chan (étude de l’université Montclair).
Les armes utilisées par l’agresseur étaient ornées de messages cryptiques, tirés de sous-cultures internet obscures. Il ne s’agissait pas d’une déclaration idéologique cohérente, mais plutôt d’un langage codé, de mèmes et de blagues internes, permettant au tireur de signaler son appartenance à certaines communautés en ligne. Ce phénomène, souligne l’auteur, est particulièrement inquiétant et remet en question notre compréhension d’internet.
L’article critique l’approche courante qui considère internet comme un simple « outil », une vision souvent défendue par des sources catholiques. Une telle perspective, selon l’auteur, minimise la complexité du monde numérique et place la prudence individuelle au centre du discernement éthique. Le pape François lui-même a qualifié internet de « don de Dieu » (déclaration de Reuters), tout en mettant en garde contre ses dérives. Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi adopte une approche similaire dans ses directives sur l’intelligence artificielle, publiées sous le titre Ancien et nouveau (document du Vatican), en insistant sur la mauvaise utilisation humaine des technologies.
L’auteur argumente qu’internet n’est pas un simple objet, mais un espace social à part entière, régi par des forces culturelles, technologiques et économiques qui dépassent le contrôle individuel. Comme les systèmes économiques ou les cultures, internet peut être porteur de péché ou de grâce, influençant les attitudes et les comportements de ses utilisateurs. Il ne s’agit pas d’utiliser internet de manière responsable, mais de naviguer, de résister ou de se laisser façonner par lui.
L’auteur retrace son propre parcours sur internet, débuté au début des années 2000 avec des sites comme FunnyJunk.com et les forums de jeux vidéo. Il décrit l’émergence de communautés en ligne comme Reddit et 4chan, des espaces où les règles du monde réel ne s’appliquaient plus, et où l’anonymat favorisait l’éclosion de comportements toxiques. Avec l’avènement des algorithmes et la monétisation des données personnelles, ce processus de radicalisation est devenu artificiel et systématisé.
De plus, l’omniprésence d’internet dans la vie quotidienne – l’éducation, le travail, les relations amoureuses – rend de plus en plus difficile d’échapper à ces influences. L’auteur cite Jean Baudrillard et sa notion de « précession des simulacres », où la réalité est remplacée par des représentations jusqu’à ce qu’il devienne impossible de les distinguer. Dans ce contexte, considérer internet comme un simple outil est non seulement erroné, mais dangereux.
L’auteur rejette l’idée d’une solution individualiste, comme celle proposée par le pape François pour l’année jubilaire 2025, qui consiste à encourager les fidèles à s’éloigner temporairement des réseaux sociaux (article d’America Magazine). Une telle approche, selon lui, ne profite qu’à ceux qui ont les ressources et le privilège de se déconnecter. Il plaide plutôt pour une réponse communautaire, basée sur la construction d’alternatives : des plateformes qui refusent l’amplification algorithmique et le défilement infini, et qui valorisent la formation humaine et intentionnelle.
L’auteur cite l’exemple de Substack, une plateforme de newsletters qui privilégie les abonnements directs et les interactions sociales, ou encore de Discord et Slack, des salons de discussion privés qui favorisent la conversation communautaire. En soutenant ce type de plateformes, l’Église peut promouvoir un modèle de communauté en ligne qui valorise la culture et la formation humaine. En fin de compte, il s’agit de créer un environnement en ligne où il est plus facile pour les gens d’être bons, comme le suggérait Peter Maurin.
Image : Unsplash/Dipqi Ghozali
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