Publié le 10 décembre 2025 08h10. La NASA affine ses plans pour les premières missions habitées sur Mars, en privilégiant désormais la maximisation du rendement scientifique plutôt que la simple faisabilité technique. Un nouveau rapport des Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine (NASEM) propose quatre scénarios distincts pour ces explorations.
- Le rapport de la NASEM définit les priorités scientifiques pour les trois premiers atterrissages habités sur Mars.
- Il propose quatre « campagnes » d’exploration, adaptables en fonction des avancées technologiques et de la tolérance au risque.
- La recherche de traces de vie, passée ou présente, est au cœur des objectifs scientifiques.
L’agence spatiale américaine se prépare à franchir une nouvelle étape décisive dans l’exploration spatiale habitée. Pour guider cette ambition, les Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine (NASEM) ont publié une stratégie globale, marquant un tournant dans la planification des missions martiennes. Le document ne se contente plus d’évaluer la faisabilité technique, mais se concentre sur l’optimisation du retour scientifique.
La principale conclusion du rapport est l’abandon de l’idée d’une mission unique et rigide. Les scientifiques préconisent une approche plus flexible, articulée autour de quatre « campagnes » différentes, sélectionnables en fonction des capacités technologiques disponibles et du niveau de risque acceptable.
Quatre voies vers la réussite scientifique
L’option privilégiée par les experts, baptisée « Campagne A », prévoit un atterrissage dans un site soigneusement sélectionné, où des astronautes séjourneraient initialement pendant 30 jours. Une livraison de fret robotisée précéderait ensuite l’arrivée d’un second équipage pour un séjour prolongé de 300 jours. Ce scénario, également appelé « 30-Cargo-300 », permettrait une exploration approfondie d’une zone spécifique.
Une alternative, la « Campagne D », met l’accent sur la diversité. Elle consisterait en trois missions distinctes, chacune atterrissant dans un lieu différent de Mars, mais pour des séjours courts d’environ 30 jours.

La recherche de la vie sur Mars est une priorité
Quel que soit le scénario retenu, le rapport identifie onze priorités scientifiques. La question de l’habitabilité de la planète rouge est au premier plan. Les astronautes devront rechercher activement des preuves de vie passée ou présente, ainsi que des indices de chimie prébiotique dans la zone d’atterrissage.
James Pawelczyk, professeur de physiologie à la Pennsylvania State University, souligne l’importance de ces investigations. Il a participé au comité directeur ayant élaboré le rapport. Dans un article publié sur Phys.org, il explique que les missions ne se limiteront pas à l’étude de la géologie martienne, mais porteront également sur la « science d’être sur Mars ».
L’homme comme cobaye
Une part significative des onze objectifs concerne les effets de l’environnement martien sur le corps humain. Il s’agit d’évaluer les conséquences physiologiques et psychologiques de l’isolement, où la Terre apparaîtrait comme un simple « petit point bleu » dans le ciel.
Le septième objectif, particulièrement ambitieux, vise à déterminer si l’environnement martien peut influencer la reproduction ou le génome sur plusieurs générations. Des tests préliminaires seront d’abord menés sur des plantes et des animaux modèles.
Le rapport souligne également la nécessité de caractériser les dangers liés à la poussière et aux radiations martiennes, directement sur place. Ces données sont essentielles pour élaborer des modèles de risque pour les futures colonies permanentes.
Équilibre entre protection et curiosité
La protection planétaire reste un enjeu crucial. James Kasting, professeur émérite de géosciences à la Pennsylvania State University, insiste sur la nécessité de trouver un équilibre. Il est impératif d’éviter de contaminer Mars avec des microbes terrestres, ce qui compliquerait la recherche de vie. Cependant, les mesures de protection ne doivent pas entraver les investigations scientifiques.
Le rapport précise que les équipements scientifiques ne doivent pas être considérés comme de simples accessoires, mais comme des éléments indispensables à la réussite des missions. Chaque campagne implique des exigences spécifiques en matière de matériel et de capacités de laboratoire.
NASA : Feuille de route avec des questions ouvertes
La capacité de la NASA à mettre en œuvre cette feuille de route au cours des vingt prochaines années dépendra des budgets alloués et du développement des systèmes de lancement. Néanmoins, le rapport fournit une justification scientifique solide pour ces investissements massifs.
Comme le conclut James Pawelczyk : « Le message que nous envoyons avec ce rapport est que la science nous guide. » Il reste à déterminer si la technologie sera à la hauteur des ambitions des scientifiques.
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