Donald Trump a confirmé le vendredi 5 juin 2026 réfléchir à une prise de participation de l’État dans les grandes entreprises d’intelligence artificielle. L’objectif affiché est de créer un partenariat avec les citoyens américains pour que ces derniers profitent directement des retombées économiques de l’IA, notamment via des dividendes.
Le président américain a officialisé cette réflexion lors d’un échange avec la presse à bord de son avion. L’idée ne repose pas sur une nationalisation forcée, mais sur un modèle où l’État entrerait au capital de géants technologiques pour redistribuer la valeur créée. Selon BFMTV, Donald Trump envisage une rencontre rapide à la Maison Blanche avec les dirigeants du secteur, probablement dès la semaine prochaine.
L’enjeu est autant politique qu’économique. En transformant le succès de l’IA en un gain tangible pour le contribuable, l’administration cherche à légitimer une technologie qui divise encore l’opinion.
Le mécanisme d’un partenariat avec le peuple américain
L’approche suggérée s’écarte des régulations classiques pour adopter une logique d’investissement. Le concept central est celui d’une cession volontaire d’actions par les entreprises privées au profit du gouvernement fédéral. Une fois ces parts acquises, l’État percevrait des dividendes qu’il pourrait ensuite reverser aux ménages.
« Il y a quelque chose de très intéressant là-dedans, cela devient presque un partenariat avec le peuple américain, et nous y réfléchissons »
Donald Trump, président des États-Unis, via BFMTV
Ce modèle vise un but précis : « les Américains puissent profiter du succès de l’IA ». En devenant actionnaire indirect, le citoyen moyen ne serait plus seulement un utilisateur ou une victime potentielle des automatisations, mais un bénéficiaire financier de la croissance du secteur.
L’impulsion de Sam Altman et le Public Wealth Fund
Anthropic
Cette initiative n’est pas née dans les bureaux de l’administration, mais semble avoir été portée par les acteurs mêmes du secteur. Fortuneo rapporte que Sam Altman, patron d’OpenAI, a initié ces discussions dès 2025.
Le projet s’appuie sur l’idée d’un « Public Wealth Fund ». Ce fonds souverain serait alimenté par des dons d’actions et investirait dans des actifs de long terme. L’objectif est de créer un véhicule financier capable de redistribuer les rendements de l’intelligence artificielle à l’ensemble de la population.
L’intérêt pour OpenAI est double. D’une part, cela offre une voie pour apaiser les critiques sur la concentration du pouvoir technologique. D’autre part, cela permet d’aligner les intérêts de l’entreprise avec ceux de l’État américain dans une course mondiale à la suprématie numérique.
L’ombre des introductions en Bourse d’OpenAI et Anthropic
Le timing de ces discussions est loin d’être fortuit. OpenAI et Anthropic, les deux piliers actuels du secteur, préparent leurs introductions en Bourse (IPO). OpenAI s’apprête notamment à déposer une demande confidentielle pour entrer sur le marché public.
C’est dans ce contexte de valorisation massive — OpenAI étant estimée à plus de 850 milliards de dollars — que la question de la répartition du capital devient brûlante. Cependant, l’adhésion n’est pas uniforme. D’après des informations rapportées par Boursorama via NOTUS, Anthropic ne serait pas engagée dans des discussions concernant l’apport de capitaux propres au gouvernement.
L’écart de stratégie entre OpenAI et Anthropic montre que le modèle du “partenariat public” reste une option exploratoire et non une norme sectorielle.
Une extension du modèle d’investissement public américain
cluster (priority): Boursorama
L’entrée de l’État au capital d’entreprises d’IA s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis le début du second mandat de Donald Trump. L’administration a déjà adopté une posture d’investisseur direct dans des secteurs jugés stratégiques pour la sécurité nationale et la souveraineté technologique.
Semi-conducteurs : Le gouvernement a pris des participations dans l’entreprise Intel.
Informatique quantique : En mai, l’administration a annoncé une prise de participation de 2 milliards de dollars dans neuf entreprises spécialisées.
Minerais critiques : Des investissements ont été réalisés pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement.
Cette stratégie s’accompagne d’un contrôle accru. Mardi dernier, le président a signé un décret imposant aux développeurs d’IA de soumettre volontairement leurs modèles les plus performants à des tests de cybersécurité gouvernementaux avant toute commercialisation.
Freins sociaux et résistances locales
Malgré l’enthousiasme politique, le projet se heurte à une réalité sociale complexe. L’IA suscite une méfiance profonde chez une partie de l’électorat, principalement en raison des menaces sur l’emploi et la sécurité. Un sondage NBC révélé en mars indique que 57 % des électeurs estiment que les dangers de l’IA surpassent ses bénéfices.
Au-delà de l’opinion, le déploiement physique de l’IA pose problème. La construction rapide de centres de données, indispensables au fonctionnement des modèles, fait face à des résistances locales croissantes.
L’idée de redistribuer des dividendes aux ménages pourrait être l’outil politique nécessaire pour briser ces résistances. En transformant l’IA d’une menace technologique en une source de revenu direct pour le citoyen, l’administration Trump tente de transformer un risque social en un atout électoral.
L’issue de ces réflexions dépendra désormais des modalités techniques des futures réunions à la Maison Blanche et de la volonté des entreprises de céder une part de leur contrôle en échange d’une stabilité politique et d’un soutien institutionnel massif.
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.