Publié le 7 décembre 2023. Face à une demande croissante et à une pénurie de compétences, les universités chinoises se mobilisent pour former une nouvelle génération d’experts en intelligence artificielle, notamment dans le domaine prometteur de la robotique humanoïde.
- La Chine investit massivement dans la formation en intelligence artificielle (IA) pour répondre aux besoins d’un marché en pleine expansion.
- Des universités prestigieuses comme Beihang et Zhejiang préparent le lancement de programmes spécialisés d’ici 2026, avec des débouchés directs vers des entreprises leaders.
- Le marché chinois de l’IA devrait atteindre 400 milliards de yuans (environ 55 milliards d’euros) d’ici 2030 et dépasser 1 000 milliards de yuans (environ 140 milliards d’euros) en 2035.
Les plus grandes universités chinoises sont en train de restructurer en profondeur leurs programmes d’études pour intégrer massivement l’intelligence artificielle. L’objectif affiché est de combler un déficit de compétences crucial pour soutenir l’essor de ce secteur stratégique. Des cursus spécialisés, axés notamment sur la robotique humanoïde, sont en cours de développement et devraient voir le jour d’ici 2026.
L’université de Beihang, réputée pour son expertise dans le domaine aérospatial, et l’université du Zhejiang, qui a vu émerger de nombreuses entreprises innovantes dans l’IA telles que DeepSeek, sont à l’avant-garde de cette transformation. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie nationale visant à créer un écosystème complet d’IA, reliant le monde académique, l’industrie et la recherche et développement.
Au-delà de la création de nouveaux cursus, les universités chinoises s’efforcent de proposer des parcours professionnels clairement définis. L’Institut de technologie de Pékin prévoit ainsi d’inscrire 120 étudiants dans son programme d’IA, dont la moitié devrait intégrer directement le marché du travail après l’obtention de leur diplôme. Les opportunités sont nombreuses, notamment au sein de géants technologiques comme Huawei et Tencent, mais aussi dans les entreprises aérospatiales et les constructeurs automobiles publics.
L’intérêt pour l’intelligence artificielle, et plus particulièrement pour les robots humanoïdes, est en forte croissance en Chine. Les entreprises et les particuliers sont de plus en plus attentifs aux systèmes intelligents capables d’interagir physiquement avec leur environnement. L’histoire de la robotique humanoïde remonte au WABOT-1, développé par l’université Waseda en 1973.
La Chine, forte du soutien de son gouvernement et de la taille considérable de son marché, s’est rapidement imposée comme l’un des acteurs les plus dynamiques de ce domaine. Les centres de recherche, les universités et les entreprises du monde entier sont engagés dans une course à l’innovation. Selon les stratégies nationales, l’IA est identifiée comme l’un des principaux moteurs de croissance du pays pour les cinq prochaines années, aux côtés de la technologie quantique, de l’énergie hydrogène, de la technologie de fusion, de la biotechnologie et des communications 6G.
Le Centre de recherche sur le développement du Conseil d’État prévoit que le marché chinois de l’IA atteindra 400 milliards de yuans d’ici 2030 et dépassera 1 000 milliards de yuans d’ici 2035. Cette croissance rapide entraîne une pénurie aiguë de compétences, en particulier dans les domaines des algorithmes, de la robotique humanoïde et des systèmes d’IA autonomes.
Un rapport de l’Institut de recherche Big Data de Liepin révèle que le salaire annuel moyen des professionnels de l’IA s’élève à 333 400 yuans (environ 46 000 euros), surpassant ainsi la plupart des autres secteurs technologiques. Des entreprises de premier plan telles que ByteDance, JD.com, Huawei et BYD sont activement à la recherche d’ingénieurs en IA, proposant des salaires mensuels allant de 25 000 à 90 000 yuans (environ 3 500 à 12 600 euros).
Selon l’Humanoid Robot Applications Alliance, plus de 120 levées de fonds pour des projets de robots humanoïdes sont prévues en Chine d’ici 2025, représentant plus de 80 % des événements mondiaux. L’Institut de technologie de Pékin estime que l’industrie manque actuellement d’environ un million de travailleurs qualifiés.
L’université Jiao Tong de Shanghai prévoit également de lancer un programme de licence en intelligence artificielle, dirigé par le professeur Lu Cewu, co-fondateur de la société d’IA Noematrix basée à Shanghai. Cette double casquette illustre la volonté de lier étroitement l’enseignement universitaire aux besoins de développement des entreprises du secteur.