La tension monte entre Washington et Mexico alors que l’administration Trump continue de menacer une intervention militaire sur le sol mexicain pour démanteler les cartels de la drogue. Malgré une collaboration accrue en matière de sécurité, Donald Trump estime que les efforts actuels sont insuffisants et accuse le gouvernement mexicain de tolérer, voire de collaborer avec, les organisations criminelles.
Le point de rupture semble s’être rapproché après la récente menace de Trump d’agir unilatéralement, ce qui a conduit à un appel téléphonique avec la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum. Selon des sources proches des deux administrations, cet échange aurait permis d’apaiser temporairement la situation, avec un engagement mutuel à renforcer la coopération.
Depuis son entrée en fonction en janvier 2025, Trump a évoqué à au moins douze reprises la possibilité d’une intervention armée contre les cartels, une idée fermement rejetée par Sheinbaum. Elle insiste sur le fait que la souveraineté nationale est non négociable, tout en soulignant la collaboration existante entre les deux pays dans la lutte contre le crime organisé. Les deux gouvernements se sont vantés de saisies record de drogues, d’armes et de précurseurs chimiques, ainsi que de la destruction de laboratoires clandestins.
Cependant, cette collaboration prend une tournure inédite avec la remise, par le gouvernement Sheinbaum, de dizaines de prisonniers liés au trafic de drogue aux autorités américaines, sans passer par les procédures d’extradition habituelles. En 2025, 55 prisonniers ont été transférés, dont Rafael Caro Quintero, ancien chef du cartel de Guadalajara, recherché depuis 40 ans par la DEA pour le meurtre de l’agent Enrique Camarena Salazar en 1985.
Malgré ces efforts, Trump accuse le Mexique d’être en partie gouverné par ces organisations criminelles et affirme que Sheinbaum craint de les affronter. Il a même déclaré que le Mexique est incapable de contrôler la situation, ce que Sheinbaum réfute, attribuant ces accusations à l’opposition locale qui tente de la discréditer via le hashtag #NarcoPresidenta sur les réseaux sociaux.
La situation est d’autant plus délicate que des analystes suggèrent que certains membres du parti Morena, au pouvoir, pourraient être liés à des cartels. La révocation de visas de plusieurs responsables politiques mexicains par le Département d’État américain alimente ces spéculations. Un décret signé par Trump il y a un an affirme explicitement l’existence d’une « alliance intolérable » entre les cartels et le gouvernement mexicain, mettant en danger la sécurité nationale des États-Unis.
La présidente Sheinbaum a récemment abordé la question de la « narcopolitique » lors de sa conférence de presse quotidienne, en réponse à un article du Washington Post évoquant une demande explicite de la Maison Blanche d’agir légalement contre les politiciens de Morena liés au crime organisé. Elle a nié avoir reçu une telle demande, mais le simple fait de soulever la question est perçu comme un signal fort.
Un tel coup d’autorité, bien que potentiellement bien accueilli par l’opinion publique mexicaine, pourrait engendrer des tensions internes au sein du parti Morena, où la lutte pour le contrôle de la « Quatrième Transformation » est intense. Sheinbaum contrôle les structures gouvernementales, mais son autorité politique au sein du parti reste concurrencée par l’ancien président López Obrador.
À ce stade, la stratégie de sécurité de Sheinbaum marque une rupture avec l’approche de son prédécesseur, Andrés Manuel López Obrador, qui privilégiait les « câlins, pas les balles » – une politique axée sur le soutien économique aux jeunes vulnérables pour les éloigner des cartels. Cette approche s’est avérée un échec, les organisations criminelles ayant profité de la situation pour étendre leurs activités illégales, notamment le trafic d’êtres humains, d’armes et l’extorsion.
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