Home Technologie et scienceQuelle est l’interdiction des médias sociaux en Australie et l’Irlande pourrait-elle emboîter le pas ?

Quelle est l’interdiction des médias sociaux en Australie et l’Irlande pourrait-elle emboîter le pas ?

by Thomas Caron

Publié le 6 décembre 2025 à 21h03. L’Australie s’apprête à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, une mesure qui suscite le débat et que l’Irlande envisage également de mettre en œuvre, soulevant des questions sur la protection de la jeunesse et le respect de la vie privée.

  • L’Australie deviendra le premier pays au monde à interdire aux moins de 16 ans l’utilisation des réseaux sociaux à partir du 10 décembre 2025.
  • Les plateformes de réseaux sociaux devront prendre des « mesures raisonnables » pour vérifier l’âge de leurs utilisateurs, sous peine d’amendes pouvant atteindre 50 millions de dollars australiens (environ 28,5 millions d’euros).
  • L’Irlande étudie actuellement la possibilité d’adopter une interdiction similaire, tout en tenant compte des réglementations européennes en matière de protection des données.

L’Australie franchit une étape inédite dans la régulation des réseaux sociaux en interdisant leur accès aux mineurs de moins de 16 ans. Cette décision, adoptée le 28 novembre 2024 avec le projet de loi modifiant la sécurité en ligne (âge minimum des médias sociaux), vise à protéger les jeunes des dangers et des contenus préjudiciables qui prolifèrent sur ces plateformes. Une étude récente révélait que 96 % des enfants australiens utilisent les réseaux sociaux, et que 70 % d’entre eux y ont été exposés à des contenus potentiellement nocifs.

À compter du 10 décembre, les applications telles que TikTok, Instagram, YouTube, Snapchat, X (anciennement Twitter), Facebook et Reddit ne pourront plus accueillir de nouveaux utilisateurs de moins de 16 ans. Les plateformes devront également empêcher les utilisateurs actuels mineurs de conserver leurs comptes, sous peine de sanctions financières considérables. Le gouvernement australien insiste sur le fait que la vérification de l’âge ne peut se limiter à une simple demande de pièce d’identité.

Meta, la société mère de Facebook et Instagram, n’a pas encore précisé comment elle procédera à la vérification de l’âge, craignant probablement que la divulgation de ses méthodes ne permette aux utilisateurs de les contourner. Snapchat, quant à lui, prévoit d’utiliser des signaux comportementaux et les dates de naissance fournies lors de l’inscription. Facebook et Instagram offriront aux utilisateurs concernés la possibilité de télécharger leurs données et de suspendre temporairement leur compte jusqu’à leur majorité, ou de le supprimer définitivement.

Les arguments en faveur de cette interdiction mettent en avant les effets négatifs des réseaux sociaux sur le bien-être des jeunes. Une étude menée par ExpressVPN l’année dernière a révélé que 45 % des membres de la génération Z réduisent déjà leur temps d’écran pour améliorer leur santé mentale. Les partisans de l’interdiction espèrent ainsi lutter contre la dépendance, l’exposition à des contenus inappropriés, le harcèlement en ligne et le sentiment de manquer quelque chose (FOMO).

Cependant, des organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, expriment leur inquiétude. Amnesty International estime que supprimer l’accès aux plateformes sociales ne résout pas le problème de fond, à savoir les pratiques prédatrices des entreprises en matière de collecte de données et de manipulation algorithmique. L’organisation s’inquiète également des risques liés à l’utilisation de technologies de vérification de l’âge potentiellement intrusives et aux atteintes à la vie privée.

En Irlande, le débat est également en cours. Le gouvernement irlandais considère que les moins de 16 ans ne devraient pas avoir accès aux réseaux sociaux. L’âge numérique du consentement en Irlande est fixé à 16 ans, conformément à la réglementation européenne. Cependant, plus de la moitié des États membres de l’UE ont abaissé cet âge à 15, 14, voire 13 ans en matière de traitement des données personnelles. Un groupe de travail sur la santé en ligne au sein du ministère de la Santé irlandais examine actuellement la possibilité de ramener l’âge du consentement numérique à 13 ans. Irish Times rapporte que le ministère de la Communication étudie également l’opportunité d’une approche à l’échelle européenne.

Le Tánaiste (vice-Premier ministre) Simon Harris se prononce en faveur d’une limitation de l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs.

« Le gouvernement a des obligations en matière de protection de l’enfance, et les parents irlandais – et pas seulement irlandais – s’inquiètent réellement de la sécurité des enfants sur Internet. »

Simon Harris, Tánaiste

Il a également déclaré :

« Je suis tout à fait favorable à l’idée que les médias sociaux soient réservés aux personnes de plus d’un certain âge. Je pense que ce serait un soutien important pour les parents. »

Simon Harris, Tánaiste

Une mise à jour sur cette question est attendue au sein du Cabinet la semaine prochaine.

La mise en œuvre d’une telle interdiction soulève des défis pratiques, notamment la nécessité d’un système de vérification de l’âge fiable et sécurisé. Le ministre des Médias, Patrick O’Donovan, estime qu’il est inefficace de se fier aux déclarations d’âge des utilisateurs. Le gouvernement irlandais envisage donc de développer un portefeuille numérique lié à MyGovID, l’identité en ligne existante utilisée pour accéder aux prestations sociales. Cette solution pourrait cependant susciter des controverses en raison des préoccupations liées à la protection de la vie privée et à la collecte de données personnelles.

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