Publié le 13 janvier 2024 10h54. L’administration américaine, sous l’impulsion de Donald Trump, a ouvertement exprimé son intérêt pour l’acquisition du Groenland, suscitant des inquiétudes au sein de l’Union européenne et de l’OTAN quant à une possible annexion et aux conséquences géopolitiques d’une telle action.
- L’Union européenne et l’OTAN étudient des options diplomatiques et économiques pour dissuader les États-Unis d’une annexion du Groenland.
- Le Danemark, auquel est rattaché le Groenland, bénéficie de la protection de l’OTAN, mais l’île autonome n’en est pas membre.
- Des investissements européens accrus pourraient constituer une alternative à l’influence américaine sur le territoire groenlandais.
La volonté affichée par l’ancien président américain Donald Trump d’acquérir le Groenland, territoire autonome du Danemark, a mis l’Union européenne et l’OTAN face à un dilemme délicat. Trump a publiquement déclaré qu’il envisagerait une annexion « d’une manière ou d’une autre », soulignant l’importance stratégique de l’île pour la sécurité nationale américaine.
Le Groenland, bien que largement autonome, reste lié au Danemark, qui est membre de l’OTAN. Cette affiliation offre à l’île une certaine protection en vertu du traité de défense danois, mais ne lui confère pas directement le statut de membre de l’alliance. Les dirigeants européens ont réaffirmé leur soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Groenland, ainsi qu’à son droit de déterminer son propre avenir.
Lundi dernier, l’OTAN et le Groenland ont annoncé leur intention de renforcer la coopération en matière de défense dans la région. Cependant, aucune stratégie claire n’a encore été définie pour dissuader efficacement Donald Trump ou pour réagir en cas d’annexion effective. Plusieurs pistes sont à l’étude, notamment une action diplomatique renforcée et la mise en place de sanctions économiques potentielles.
Sur le plan diplomatique, le secrétaire d’État américain Marco Rubio doit rencontrer mercredi les ministres des Affaires étrangères du Danemark et du Groenland. En amont, les ambassadeurs du Danemark aux États-Unis, Jesper Møller-Sørensen, et le représentant du Groenland à Washington, Jakob Esposithsen, s’emploient à obtenir le soutien des législateurs américains. L’argument principal de cette démarche consiste à rappeler que le traité de défense américano-danois de 1951, actualisé en 2004, permet déjà une présence militaire américaine significative sur l’île, y compris la construction de nouvelles bases.
La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a également mis en garde contre les conséquences d’une attaque américaine contre le Groenland, la qualifiant de « fin de l’OTAN ». L’objectif est de sensibiliser les républicains américains, au-delà du cercle rapproché de Trump, aux risques d’une telle action.
En matière de sanctions économiques, l’Union européenne, avec son marché de 450 millions de personnes, dispose d’un levier important. Des mesures de rétorsion pourraient être envisagées, allant de la fermeture de bases militaires américaines en Europe à l’interdiction pour les investisseurs européens d’acquérir des obligations d’État américaines. L’instrument anti-coercition de l’UE, qui permet d’imposer des tarifs douaniers, de restreindre l’accès au marché unique et de geler les investissements, pourrait être activé.
Parallèlement, l’Union européenne pourrait augmenter ses investissements au Groenland. L’économie de l’île dépend fortement des subventions annuelles du Danemark, qui s’élevaient à environ 4 milliards de couronnes danoises (environ 530 millions d’euros) l’année dernière, représentant près de 20 % de son produit intérieur brut. Des promesses d’investissements massifs de la part de Donald Trump pourraient être contrées par une offre similaire de l’UE, afin de maintenir le Groenland à l’écart de l’influence économique américaine.
Une proposition de la Commission européenne, publiée en septembre dernier, suggère de doubler l’engagement financier de l’UE envers le Groenland, égalant ainsi la subvention annuelle danoise. L’île pourrait également bénéficier de jusqu’à 44 millions d’euros de financements européens destinés aux territoires associés à l’Union situés dans des régions éloignées.
Même si Washington pourrait proposer des sommes supérieures, les Groenlandais, une fois indépendants, pourraient se montrer réticents à accueillir des entreprises américaines motivées par le profit et pourraient souhaiter préserver leur système de protection sociale.
Enfin, l’Union européenne dispose d’une force de réaction rapide capable de déployer jusqu’à 5 000 soldats de différents États membres pour répondre à des crises en dehors des frontières de l’UE. Selon certains experts et responsables politiques, cette capacité pourrait influencer les calculs des États-Unis.
« Personne ne croit qu’une guerre entre les États-Unis et l’Union européenne soit souhaitable ou gagnable. »
Sergei Lagodinsky, député allemand au Parlement européen
Lagodinsky souligne que toute action militaire américaine contre l’UE aurait des conséquences désastreuses sur la coopération en matière de défense, les marchés financiers et la confiance mondiale dans les États-Unis, ce qui pourrait inciter Donald Trump à reconsidérer sa position.
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