Publié le 2024-02-29 14:35:00. Un enregistrement vocal amateur réalisé par son père dans les années 1950 a hanté l’enfance et l’âge adulte de l’auteur, le poussant à utiliser les technologies modernes pour tenter de restaurer ce fragile témoignage d’une époque révolue et d’un lien familial précieux.
Dans les années 1950, n’importe qui pouvait s’offrir une séance d’enregistrement rudimentaire à Londres. Pour quelques shillings, il était possible de graver une chanson ou un poème sur un disque 78 tours, marqué du tampon de la Mecolico (The original Mechanical-Copyright Protection Society) avec la mention « Enregistrement privé ». C’est ainsi que le père de l’auteur a laissé une trace de sa voix, interprétant un air de la comédie musicale My Fair Lady.
Contrairement aux interprétations habituelles, joyeuses et entraînantes, la version de son père était plus lente, empreinte d’une mélancolie discrète. L’auteur se souvient que son père possédait une belle voix de baryton et complétait ses revenus en chantant dans les pubs londoniens, où le succès était aléatoire, dépendant de l’humeur et de la générosité de la clientèle.
L’enregistrement n’était pas le fruit d’une ambition démesurée. Son père, conscient de ses limites, ne rêvait pas de gloire. Il s’agissait plutôt d’un moyen de gagner un peu d’argent supplémentaire, une activité qu’il appréciait néanmoins, peut-être même avec une pointe d’excitation. L’auteur imagine que c’est cette envie de capturer un instant, de laisser une trace, qui l’a poussé à réaliser ce disque de deux minutes et trente-huit secondes.
Le père n’a jamais évoqué cet enregistrement. Le disque, lui, était toujours présent, voyageant de maison en maison. Il était parfois joué sur un vieux tourne-disque portable, mais sans aucune explication. Lorsque l’auteur, enfant, osait poser la question, son père esquivait, jugeant la raison trop futile pour être partagée. Plus tard, il prétendit l’avoir perdu, puis déclaré qu’il était cassé.
Ce n’est qu’après le décès de son père que l’auteur retrouva le disque, caché dans une boîte poussiéreuse au fond du garage, parmi de vieux meubles et des objets inutiles. Il était rayé et sale, mais l’auteur s’en empara, cherchant dans ce vestige une manière de conjurer le deuil.
De retour chez lui, il nettoya le disque du mieux qu’il put et investit dans un tourne-disque bon marché capable de le numériser en MP3. Le résultat fut désastreux. L’enregistrement original, déjà imparfait, avait été dégradé par le temps, saturé de sifflements et de craquements. L’auteur passa des heures à tenter d’améliorer la qualité sonore, utilisant divers logiciels de montage, mais le résultat restait insatisfaisant : sa voix résonnait à travers un voile sonore, comme étouffée par le temps.
Pourtant, il continua à l’écouter. Le disque est sur ses playlists depuis quinze ans. Il y a une note particulièrement haute à la fin de la chanson, et à chaque fois, il craint qu’elle ne soit fausse. Mais elle est toujours juste.
L’auteur n’a jamais cessé de chercher à améliorer l’enregistrement. Au fil des années, les technologies ont évolué, lui permettant de réduire considérablement le bruit de fond. Mais c’est récemment qu’il a découvert le potentiel de l’intelligence artificielle. Après avoir testé plusieurs plateformes en ligne, il trouva un outil capable de séparer la voix de son père de l’accompagnement au piano. Après quelques ajustements, il obtint enfin un résultat satisfaisant : une version claire et nette de la voix de son père, une voix jeune qu’il n’avait jamais connue, ignorant qu’elle serait entendue, sept décennies plus tard, par son fils.
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